Scandale à Washington : La CIA protégeait des criminels de guerre nazis





Des archives déclassifiées de la CIA révèlent que l'agence de renseignements américaine a protégé Adolf Eichmann dans son exil et recruté des criminels de guerre allemands pour infiltrer les services secrets russes. La presse internationale a estimé que cela peut servir de leçon pour les activités actuelles des services de renseignements, en pleine "guerre" contre le terrorisme. Le Quotidien-Agences «La CIA savait où se cachait Eichmann", titre The New York Times, alors que son confrère, The Washington Post, parle de "liens prouvés" de la CIA "avec des anciens nazis". Les deux grands quotidiens de la côte est des Etats-Unis se font l'écho des révélations retentissantes faites mardi 6 juin 2006 par un groupe d'experts et d'élus américains qui ont analysé des archives de l'agence de renseignements américaine. "Les papiers sur Eichmann font partie des 27 000 pages nouvellement déclassifiées remises par la CIA aux Archives nationales sous la pression du Congrès", précise The NY Times. Engagé dans le parti nazi dès 1932, Adolf Eichmann a fait carrière chez les SS, obtenant un grade équivalent à lieutenant-colonel. Il a servi au sein du bureau nazi des Affaires juives et fut en charge de la logistique de la "solution finale". Capturé après la guerre, il s'évade des prisons américaines et se cache en Europe avant de réussir à embarquer pour l'Argentine en 1950 sous le pseudonyme de Ricardo Klement. Il fut enlevé par des agents du Mossad, les services secrets israéliens, en 1960, puis jugé l'année suivante et exécuté en 1962. Les documents de la CIA éclairent sous un nouveau jour les dernières années d'Eichmann, révélant que l'agence a protégé ce criminel nazi et compliqué son arrestation. "Des officiers du renseignement israélien qui ont publié leurs mémoires ont affirmé qu'Israël savait dès 1957 qu'Eichmann vivait en Argentine, mais ils manquaient d'informations sur son pseudonyme", rappelle Ha'Aretz. D'après l'historien Timothy Naftali, membre du groupe de travail sur les documents de la CIA, "les agents israéliens ont abandonné leurs recherches parce que, sans ce pseudonyme, Eichmann demeurait difficile à localiser en Argentine", ajoute le quotidien israélien de gauche. De son côté, la Süddeutsche Zeitung révèle que "dans les années 1950, Eichmann n'intéressait personne, ni les Allemands, ni les Américains, ni même les Israéliens. En effet, un accord ultra-secret avait été négocié en 1958 entre Shimon Pérès et le ministre allemand de la Défense Franz Josef Strauss, selon lequel Israël était équipé gratuitement d'armement allemand, de chars d'assaut et d'avions de la Bundeswehr." D'après un rapport exhumé par le groupe de travail sur les archives, la CIA fut avertie en 1958 de la présence d'Eichmann en Argentine, le pseudonyme qui lui était alors prêté étant Clemens, un nom légèrement erroné mais suffisamment proche pour que l'ex-SS puisse être retrouvé. Toutefois, les services secrets américains se sont bien gardés de transmettre l'information à Israël. The Guardian donne plusieurs explications à l'attitude de la CIA. Cette dernière aurait estimé que la poursuite de criminels nazis relevait de la compétence des Britanniques ou des Allemands de l'Ouest. Cela dit, "ce n'était pas qu'une question d'inertie bureaucratique. Il y avait de bonnes raisons de ne pas poursuivre Eichmann", affirme le quotidien britannique. A Bonn, on redoutait que le criminel en exil ne fasse des révélations explosives sur Hans Globke, qui, comme Eichmann, avait servi au bureau nazi des Affaires juives. Or Globke était devenu le conseiller à la sécurité nationale du chancelier Konrad Adenauer. Mais, "ce n'était pas qu'une affaire ouest-allemande. Globke était le principal point de liaison entre le gouvernement de Bonn, la CIA et l'OTAN. Selon Naftali, 'Globke était une bombe à retardement pour l'OTAN'", rapporte The Guardian.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com