Mondher Zouhir : Dans le tumulte des passions





L’artiste nous prend par la main dans une balade à travers le temps et l’espace. Où les couleurs de nostalgie ressortent à la surface avec bonheur et grâce à un petit fil de fraîcheur. Dès qu’on a foulé le seuil de la galerie Bel Art d’El Menzah VI, la première chose qui nous a retenu l’attention et carrément frappés, c’est cet éclairage agencé là où il faut et qui a donné du relief aux expressions picturales. Au total, vingt-cinq travaux, qui limitent la démarche de l’artiste Mondher Zouhir. Mais sa démarche est multiple. Car on y trouve un peu de tout. De la peinture, du collage, des techniques mixtes et même des installations ou plutôt les quelques trouvailles qui nous annoncent le léger tournant de l’artiste et son évolution au fil des ans. Ses peintures et ses coups de fusain sont souvent travaillés et revus «Ca m’arrive souvent de reprendre quelques touches, de les accentuer ou de l’ombrager avec un autre regard. Car ces peintures me parlent et je suis en perpétuel dialogue avec elles. Il y a toujours quelque chose à ajouter», nous raconte l’artiste. Qui ajoute : «J’aime souvent travailler sur l’échelle, les modules et les articulations...». C’est ainsi qu’il aime toucher au corps d’une femme et en faire une œuvre haute en sensualité. Le monde de Mondher Zouhir est fait d’ombre et de lumière. Les couleurs regorgées de soleil se couchent sur un fond de toile, peu animé mais plein d’ardeur. Où on sent ce désir confiné de se libérer. Regardez-bien les oiseaux et les paysages, les natures mortes, les lumières du Nord et du Sud, les dédales d’une Médina à l’heure de la sieste grenadine ou les dunes du Sahara au moment où le soleil se couche et vous êtes sûrs d’entendre des murmures qui éveillent vos sens et vous réveillent d’un silence lointain. En insistant encore du regard, vous vous trouvez comme transportés dans les travaux de Mondher Zouhir et devenus entièrement impliqués. Scène après scène et les dernières mises en scène sont ces installations intelligentes d’une écorce d’un tronc d’arbre et autres objets de récupération se métamorphosant en petites merveilles refusant de ternir dans des lieux humides. Entre les lignes en courbes, les formes multiples et les voûtes gracieuses, l’artiste navigue heureux avec sa palette et ses pinceaux et en toute quiétude dans le tumulte de ses passions et avec du figuratif un peu trop «abstraitisé». L’exposition se prolonge jusqu’au 24 juin et les friands de l’art pictural ont encore le temps pour aller jeter un coup d’œil sur la synthèse de 25 ans de carrière que Mondher Zouhir nous offre depuis le 8 de ce mois. Mondher Zouhir est le fils de Fethi Zouhir, résistant, ambassadeur, avocat, bâtonnier auprès de tribunaux à deux ou trois mandats, ministre de la Santé publique (1965) et qui a terminé sa carrière comme vice-président de l’Assemblée nationale. Il est aussi l’enfant de Fethia Kheïri, une légende de la chanson tunisienne qui a commencé à ses début dans le théâtre. L’artiste a fait ses études à Paris. Où en parallèle de son cycle de formation scientifique, il a fréquenté l’Ecole des Beaux-Arts (sise à la mairie-même de Montparnasse). Ce soixante-huitard, un brin bohème, a côtoyé toutes les tendances de la France des années soixante-dix. Une France qui bouillonne de l’intérieur et qui appelle au bien-être. Il a aussi vécu toutes les ambiances heureuses de ces années-là dans le Kurrfursten damn au Centre Berlin qui jonche de terrasses fréquentées par les artistes les plus célèbres du 20ème siècle. Comme Paul Klee ou encore la défunte inoubliable Romy Schneïder. Mondher Zouhir est le résultat de toutes ces années-là et ses multiples expositions de groupe ou personnelles depuis 1992 dans son pays natal nous racontent l’itinéraire d’un homme de tout camp. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com