Lutte contre la torture : L’ONU et les USA à couteaux tirés





Le comité de l’ONU contre la torture a auditionné dernièrement les Etats-Unis, accusés de nombreux sévices à l’encontre de prisonniers. Le Quotidien-Agences Genève serait-elle en train de retrouver un peu le rôle politique qui faisait son aura durant la guerre froide? Le 5 mai, le Palais des Nations a été le théâtre d’une confrontation inédite. Pendant plus de trois heures, dans une salle comble, les 25 membres de la délégation américaine, tous vêtus de noir, ont répondu aux accusations de tortures, meurtres, mauvais traitements commis par les militaires, gardiens de prisons, services secrets de leur pays. Une liste de 59 questions très précises soumises par le Comité contre la torture. L’exercice n’a pas dû être facile : la plus grande puissance du monde, chef de file international, membre créateur de la Convention contre la torture, s’est retrouvée sur le banc des accusés. "Notre droit interne interdit la torture. Nous ne la tolérons nulle part", a affirmé d’emblée John Bellinger. Le chef de la délégation américaine a ensuite exhorté les experts onusiens de ne "pas croire toutes les allégations entendues, certaines touchant à l’absurdité". Il a rappelé que son gouvernement avait invité plus de mille journalistes et des ONG à Guantanamo. "Ils ont pu observer les conditions de détention. Et le CICR a constaté les améliorations effectuées dans ce centre. Nous avons aussi invité les rapporteurs de l’ONU. Mais ils ont refusé de venir." * Contradictions De leur côté, les dix experts du Comité se sont montrés implacables en pointant les contradictions dans les réponses américaines. "Vous prétendez que la Convention contre la torture ne s’applique pas aux conflits armés. Vous considérez-vous toujours dans un conflit armé dans votre guerre contre le terrorisme ? “ a interrogé le rapporteur espagnol Fernando Mari?o Menendez, président du Comité. “Selon vous, les disparitions forcées ne sont pas une forme de torture. Pourtant, cette pratique est considérée comme telle sur le plan international. Et le viol en prison ? Et le système du "sous-marin", quand on essaie de noyer la personne jusqu’à la dernière limite? Et Si le personnel de l’ONU a refusé de se rendre à Guantanamo, c’est qu’il ne pouvait pas rencontrer les prisonniers seul à seul." Derrière ce match, se joue un autre enjeu d’importance: la crédibilité des ONG .Alors que les Etats-Unis cherchent à en minimiser l’ampleur, le Comité onusien s’appuie en partie sur ces sources que l’Espagnol qualifie d’"extrêmement fiables", n’hésitant pas à citer, par exemple, Human Rights Watch (HRW). C’est la première fois que les Etats-Unis doivent rendre des comptes à l’ONU depuis le 11 septembre 2001. Après les recommandations du Comité, ils auront une année pour rendre compte des mesures prises pour respecter la Convention.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com