Mouvement syndical : Salah Zghidi et Jounaïdi Abdeljawed témoignent sur les dessous de la crise du 26 janvier 1978…





Une tribune de discussion sur le rôle des deux acteurs syndicaux Salah Zghidi et Jounaïdi Abdeljawed dans le mouvement syndical entre 1976 et 1986 s’est tenue hier au siège de la Fondation Temimi pour la Recherche scientifique et l’Information à Tunis. Tunis — Le Quotidien Parmi tous les épisodes mouvementés de l'histoire du mouvement syndical en Tunisie, celui qui a eu lieu entre 1976 et 1986 constitue, de toute évidence, un cas à part. Cette décennie a été marquée par des rapports tumultueux entre l’UGTT et le gouvernement dont le point culminant a été la crise du 26 janvier 1978. Et c’est pour cette raison, d’ailleurs, que la Fondation Temimi pour la Recherche Scientifique et l’Information a tenu à braquer de nouveau un coup de projecteur sur cet épisode en invitant deux acteurs syndicaux qui représentaient l’opposition syndicale à l’époque à savoir. M.M. Salah Zghidi et Jounaïdi Abdeljawed. De par leur appartenance à la gauche syndicale et au Parti Communiste Tunisien (PCT), ces deux acteurs ont avancé une autre lecture des événements bien différente de celles déjà connues. Ayant milité au sein de l’Union Tunisienne des Etudiants de la Tunisie (UGET) en France et en Tunisie entre la période allant de 1961 à 1968, M. Salah Zghidi a continué le combat au sein de l’UGTT en dépit de l’opposition d’une grande partie de la gauche tunisienne au militantisme dans les «syndicats jaunes». Elu secrétaire général de la fédération des banques, il a été parmi les signataires de la pétition des 600 qui dénonce le pacte social conclu le 19 janvier 1977 entre le gouvernement et l’UGTT. D’autant plus que ce pacte a mis en veilleuse la politique contractuelle préconisant des négociations salariales triennales. «La pétition a provoqué le mécontentement de Habib Achour, secrétaire général de la centrale syndicale, qui n’a pas hésité à porter plainte contre le journal «Le Monde» pour avoir publié un article à ce sujet. Après la libération des membres du Bureau exécutif de l’UGTT en 1981, Achour a accusé ouvertement la gauche syndicale d’avoir été derrière cette pétition», a indiqué l’ancien syndicaliste. Quand les événements sanglants et douloureux du 26 janvier 1978 éclatèrent la fédération des banques était très récemment constituée. Mais 80% du personnel des banques ont observé la grève qui n’a pas eu lieu pour des revendications salariales. «Pour le gouvernement c’était un grève politique car son essence était l’indépendance de l’action syndicale. Et c’est ce qui explique la réaction violente du gouvernement qui a réprimé ces événements, licencié des centaines de travailleurs et emprisonné la direction syndicale», ajoute M. Zghidi. Ainsi, les syndicalistes de gauche se sont trouvés dans une situation particulière. * Clandestinité Bien qu’ils étaient des «opposants» à la direction de l’UGTT, les syndicalistes de gauche ont réclamé la libération de cette direction et refusé toute collaboration avec Béchir Bellagha qui a été désigné secrétaire général de l’organisation ouvrière et les structures syndicales fantoches créées par le pouvoir. Privés des locaux de l’UGTT et du journal «Echaâb», les syndicalistes ont trouvé plusieurs ruses pour échapper à la surveillance de la police. Ils se sont réunis plusieurs fois autour des tombes au cimetière du Jellaz où ils faisaient semblant de réciter la «Fatiha» . L’action syndicale clandestine a continué même après l’élargissement en 1981 de tous les membres de la direction syndicale. Concernant la présence de la gauche au sein des structures de l’UGTT, M. Zghidi a fait remarquer que le congrès de Gafsa a constitué, à cet égard, un véritable tournant. Ce congrès a consacré pour la première fois l’élection d’un militant de gauche en tant membre du Bureau exécutif de l’UGTT, à savoir Taïeb Baccouche. Mais la gauche syndicale a dû attendre le congrès de décembre 1984 pour présenter une liste composée de Jounaïdi Abdeljawed, Salah Zghidi, Mohamed Salah Khériji et Tahar Chaïb. Quant à M. Jounaïdi Abdeljawed, son parcours a été également très riche. Ayant adhéré au PCT en 1961, il s’est trouvé une année après le représentant des étudiants de la 1ère année de l’Ecole Normale Supérieure de Tunis au sein de l’UGET. Après l’interdiction du PCT en 1963, le jeune militant a fait partie du courant progressiste qui a participé au congrès de l’organisation estudiantine tenu en 1965 avant d’être exclu. C’est à cette époque qu’il a commencé à militer au sein de l’UGTT. Dès qu’il a occupé un poste d’enseignant au sein de l’Ecole Normale Supérieure de l’Enseignement technique, M. Abdeljawed avait participé activement à la création du syndicat de l’enseignement secondaire dont le premier congrès s’est tenu en mai 1968 à Kairouan. Au cours de ce congrès des militants qui n’appartiennent pas au Néo-Destour ont été pour la première fois élus membres du Bureau exécutif du syndicat. * Pression Après le limogeage de Béchir Bellagha et son «remplacement» par Habib Achour dans le cadre d’un accord selon lequel l’UGTT devrait cautionner la politique du gouvernement après la fin du collectivisme et la dissolution des coopératives, le congrès extraordinaire du syndicat de l’enseignement secondaire a abouti à l’élection du premier secrétaire général d’un syndicat national et membre de la commission administrative de la centre syndicale qui n’appartient pas au parti au pouvoir. L’événement n’est pas passé inaperçu au sein du PSD. Durant le congrès de Monastir, les responsables du parti divisés en deux clans — le premier regroupe Béchir Zarg Layoune, Ahmed Mestiri et Béhi Ladgham alors que le deuxième avait pour mentors Mohamed Sayah, Habib Achour et Hédi Nouira — ont exercé une forte pression sur Achour à qui on a reproché l’intégration des «opposants» au sein de l’UGTT. Ainsi, ont été exclus plusieurs syndicalistes de gauche sous le prétexte fallacieux de s’adonner à des activités clandestines. Ce n’est qu’en 1974 que M. Abdeljawed est revenu au devant de la scène après l’élection de Taïeb Baccouche secrétaire général du syndicat de l’enseignement supérieur. «A nos yeux l’élection de Taïeb Baccouche parmi les membres du Bureau exécutif de l’UGTT était un événement important d’autant que nous le considérons comme un militant de gauche même s’il ne s’en réclame pas», a souligné M. Abdeljawed. Et de renchérir : «Habib Achour a voulu à cette époque attirer les élites pour renforcer l’immunité de l’UGTT». L’ancien syndicalistes estime également que la crise du 26 janvier a été le résultat d’un grand complot orchestré par les ennemis de l’UGTT parmi les candidats à la succession de Bourguiba. «Des gens comme Mohamed Sayah ne reculaient devant rien pour préserver leurs intérêts quitte à provoquer un carnage», a précisé M. Abdeljawed. Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com