«L’Homme en Islam» : Ecrit de la plénitude





Une odeur d’encre fraîche se dégage du nouvel ouvrage de Abdelwahab Bouhdiba «l’Homme en Islam» paru chez «Sud Editions» en février 2006. Le livre sent bon l’analyse d’un sociologue émérite et visionnaire des choses de la culture. Il s’offre à nous dans un style laconique, sans ambages et sans paroles superflues. Une documentation pléthorique faite de Hadiths authentifiés, de versets coraniques et de témoignages de spécialistes en matière de religion islamique… le tout déroule comme il se doit la vision moderne que Bouhdiba renvoie à l’Islam et au musulman. On a longtemps reçu en effet le discours islamique relatif à l’ontologie, où l’on accepte les composantes de notre religion en tant que telles. Bouhdiba renoue ici avec la rationalité d’un professeur de sociologie islamique pour nous livrer l’islam selon une approche anthropologique. Signalons dans la foulée que Bouhdiba qui exerce actuellement en tant qu’enseignant à l'Université de Tunis est aussi le président de l’Académie tunisienne des sciences, des lettres et des arts «Beït El Hikma». Il est membre des Académies arabes du Caire et de Damas et de l’Académie européenne des lettres, des sciences et des arts. Abdelwahab Bouhdiba est par ailleurs le récipiendaire du prix international «Sharjah» pour la culture arabe, décerné par l’Unesco en 2004. Pour revenir au contenu de l’ouvrage d’une manière sommaire, retenons entre autres qu’il analyse la relation de l’être avec Dieu en Islam; religion qui, par excellence, rend à l’Homme sa dimension humaine en tant que sujet libre qui réfléchit. A titre indicatif, reprenons l’exemple invoqué par l’auteur où il parle du Prophète Mohamed qui, un jour à Médine, entouré de ses compagnons, trace sur le sol avec son bâton un croquis pour schématiser la grande épopée humaine»… C'est un rectangle traversé dans le sens de la longueur par un trait débordant largement le petit côté et portant de petits traits. Le rectangle, expliquait le Prophète, est le terme de la vie humaine enfermée dans une finitude inéluctable, temporelle autant que morale. L’homme s’y meut comme il l’entend. L’espérance lui permet d’en transcender les limites, d’avancer, d’agir, de bâtir. Les accidents de la vie représentés par les petits traits portés sur la partie inférieure, constituent autant d’obstacles qui barrent le chemin et font échec à ses efforts… Le finitude humaine loin d’être immobile et stérile est un champ d’action dynamique et continu». L’auteur rappelle aussi que même après le temps de la prophétie qui s’est achevé avec Mohamed la place a été laissée à la méditation personnelle du texte sacré par la voie de l’Ijtihad. En fait il cite, en matière du droit musulman, le Coran puis la Sunna (c’est-à-dire les précédents exemplaires du Prophète: gestes, faits et propos), puis le raisonnement par analogie (qiâs), ensuite le consensus omnium (ijmâ) et enfin l’ijtihad que l’auteur regrette qu’il soit relégué à la dernière position. Pis encore, qu’il ne soit plus de mise actuellement. Bouhdiba conclut son écrit en apothéose avec un chapitre qu’il titre «Et maintenant». Il y rappelle que l’humanisme musulman, qu’il a analysé avec une étonnante précision, a émigré vers l’Occident et «attend d’être réimplanté dans nos cultures». Si l’on suit le déroulement de l’écrit on en retirerait le vif enseignement qui dit qu’il faut commencer par soi-même. Le Musulman doit, en effet, méditer sur sa relation avec Dieu, avec sa religion pour enfin se réconcilier avec son être et acquérir la karâma, dignité humaine. Et c’est l’essentiel. Mona BEN GAMRA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com