«10 Courts Dix regards» : Une nouvelle génération est née





Quand il y a un événement qui crève l’écran, nos salles obscures ne désemplissent point. Ce qui s’est exactement passé avant-hier soir lors de la projection de la collection «10 Courts Dix regards». Au programme de «Tous les cinémas du monde» de Cannes 2006. «Pourvu qu’on ne lâche pas ces jeunes qui promettent. Je veux dire matériellement», commente Jamel Sassi à la sortie de la salle Le Mondial. Où il n’y avait pas de place même pour une aiguille. De l’autre côté renchérit Fatma Skandarani: «Mais ça y est on ne peut qu’être tranquille. La relève y est et avec un sang nouveau». «Bravo aux jeunes et un grand merci à tous ceux qui leur ont tendu la main pour les prendre au large de l’écran», nous a confié un autre membre - qu’on connaît de tête et son nom nous a échappé à ce moment-là -, de la famille culturelle et artistique. Sur son visage s’affiche une certaine satisfaction. Comme toute cette marée humaine qui a envahi la rue Ibn Khaldoun soudainement et même empêché pour un bout de la nuit de lundi au soir la circulation. La collection «10 Courts Dix regards» qui nous propose une nouvelle démarche de production filmique va assurer la relève et accompagner des jeunes auteurs du cinéma tunisien. Bien sûr, autour de cette première édition née dans des conditions heureuses avec notamment Long et Court et Ulysson de Tunisie, Rouge Marine de France et avec la participation du ministère de la Culture et de la Sauvegarde du Patrimoine, du Service de Coopération et d’Action culturelle de l’ambassade de France, de l’IFC et de l’association du Court métrage et du Documentaire, un Ibrahim Letaïef et un Riadh Thabet, deux professionnels. Qui n’ont pas tardé à créer les bonnes conditions pour que leurs cadets se mettent au travail et avec tant de sérieux. Il a seulement suffi de leur donner le coup de pouce pour, primo, écrire leur scénario, secundo, travestir leur émotions en images et monter le tout dans seulement un temps bref ne dépassant guère les 13 minutes. Cette première collection d’une bobine de 100 minutes tout au plus et sur un support de 35 millimètres nous a finalement révélé des noms et des compétences. A partir d’une idée toute simple, chacun des dix jeunes cinéastes, nous a donné à voir, et intelligemment, de quoi il est capable. Et quand ils se sont trouvés dans des conditions professionnelles et favorables, ils n’ont pas manqué de bien tirer au but. Grâce à pas mal d’efforts conjugués, une foule de nos futurs cinéastes vont se trouver sur les marches de Cannes. Ceci ne va qu’insuffler dans leur être de l’enthousiasme pour continuer l’aventure. Maintenant, ils ont un regard sur le réseau et peuvent à tout moment se lancer avec bonheur. Et Cannes va certainement leur ouvrir une fenêtre pour leur avenir. A l’appui, un échantillon de ce «10 Courts Dix regards». Tout dépend de l’habileté de chacun, de son savoir-faire et surtout de l’art de convaincre. La matière est déjà là et les Amel Smaoui, Walid Tayaâ, Atef Ben Mahmoud, Taoufik Béhi, Mohamed Ben Bécher, Mohamed Kaïs Zaïed, Amine Chiboub, Wissem Tlili, Jalel Bessaâd et le duo Leyla Bouzid et Walid Mattar ne vont certainement pas nous décevoir. Surtout que derrière eux se tient une foule de professionnels et des gens qui croient en eux. Et grandement. Zohra ABID ________________________________ Que racontent les films ? «Histoire d’un mec malheureux» Avec Amel Smaoui, l’auteur de «Il faut que je leur dise», l’idée est pétillante. C’est l’histoire d’un garçon maniéré. La trentaine bien sonnée et il est entièrement à côté de la plaque. Alors que tout le monde a des préjugés sur son comportement efféminé, il n’a qu’une seule chose en tête. C’est d’être mal dans sa peau avec un jean trop serré offert par ses parents. «Témoignage d’un exclu» Alors que ces maçons ne cessent de construire des châteaux et des cités, la vraie vie leur échappe et leur jeunesse se déconstruit, avalée par le temps et le manque à gagner. C’est avec humour que l’auteur Wissem Tlili nous a régalés avec son «Perversions». «Les rites de tous les jours» Pour Leyla Bouzid et Walid Mattar, leur film «Sbah El Khir» (Bonjour) nous a soulevé le voile sur des nuits et des jours et démontré l’angoisse des gens absorbés par les mêmes rituels. Et les couples même jeunes de perdre de leur vie toute saveur. «La vie est un enclos» Taoufik Behi, dans son «Train-train», a préféré aborder l’histoire de la solitude infernale. Un couple rongé par la monotonie de tous les jours. Surtout quand le malheur se loue et échancre la distance entre un mari handicapé et sa jeune épouse qui se regarde encore dans le miroir. Et il ne lui reste que de l’abandonner sur les rails d’un train de banlieue. «Le bonheur en débauche» «Le bonheur» de Mohamed Ben Bécher ne fait pas entorse à ce qu’on attendait. Tout tourne autour de l’amour et le sacrifice. Mais la mise en scène de cette idée bien tramée nous tourne le dos avec des moments inattendus, enrichis avec de l’argent facile. «L’émotion donne vie» Dans ses «Conversation», Mohamed Kaïs Zaïed a ouvert un autre dossier et à rythme lent. Tout se passe dans une chambre d’hôpital. Où loge un invalide de guerre et à ses côtés un déprimé. Ce dernier avec ses délires lui raconte une scène, des scènes de la vie à partir d’une fenêtre. Ainsi, il apprend à reprendre goût à la vie. Le jour où le déprimé quitte le lieu, l’invalide se trouve et pour du vrai, devant une fenêtre donnant sur un mur «verdoyant» par l’humidité. «Série noire» Amine Chiboub démontre dans son «Contretemps», le chantage des malfrats. Entre eux une complicité et de la méfiance. Il suffit de perdre l’heure et le pas pour que les enjeux deviennent graves et meurtriers. Même si l’histoire est de pur hasard. Walid Tayaâ avec son film «Bahja» a mis le couteau sur la blessure et l’a bien remué. Toute la vieille Bahja plâtrée et alitée et d’un certain niveau intellectuel et la jeune infirmière branchée sur les feuilletons mexicains, collée à son portable et d’une culture superficielle, il y a tout un monde... jusqu’à la mort. «Le corps féminin est une prison» Atef Ben Mahmoud avait dans «Après l’orage... Le beau temps» une série d’anecdotes de la vie d’une jeune citadine. Sur son chemin à Aïn Drahem, elle «perd les pédales» et s’énerve. Car elle est prise au piège par un corps et un besoin urgent. La police l’a suivie en cascade jusqu’à... qu’elle se soulage la vessie chez elle et échappe à l’interrogatoire. «La mort à petite dose» L’aîné de ces nouveaux cinéastes, Jalel Bessaâd nous a mis dans son «Zappin» au goût du jour. Une télé bombardée par l’actualité accablante de tous les jours. Mais qui nous est indispensable. Elle occupe notre séjour et notre vie, violant notre intimité et colorant notre être d’une tragédie nouvelle qui s’ajoute à toutes les autres défuntes et les futures qu’on va découvrir dans les prochains rendez-vous de l’info. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com