Santé Marginalisés, les médecins généralistes montent au créneau





Lors de leur premier congrès national organisé samedi, les médecins généralistes défendent leur spécialité et appellent à reconnaître les performances de la «première ligne». Tunis - Le Quotidien Le premier Congrès national de médecine générale organisé samedi à Tunis, tombe à point nommé. La situation des médecins généralistes est, en effet, difficile. Ils passent incontestablement par une crise et revendiquent leur droit à la reconnaissance de leurs efforts. Ce Congrès est la première manifestation du genre organisée par la Société des médecins généralistes de Tunisie (SMGT). Celle-ci, a été créée en octobre 2005 et compte s’engager dans la promotion de la médecine générale. Le docteur Khaled Abdellah, vice-président de la SMGT pense que les médecins généralistes sont écartés des projets de la CNAM et de la réforme du cursus universitaire. Leur rassemblement leur permettra désormais de ne plus être considérés comme la cinquième roue de la médecine. Au programme du Congrès, le professeur Michel Roland a présenté l’expérience belge dans la pratique de la médecine générale: «J’aurais souhaité qu’on présente l’expérience tunisienne» . «Nous avons un excellent système mais nous ne savons pas en parler. D’ailleurs on oublie également d’attribuer les grandes performances à la première ligne. Nous avons une médecine générale performante qui n’est pas reconnue», explique le docteur Ali Garraoui, le directeur régional de la santé de Bizerte. Il va sans dire que la médecine générale en Tunisie passe actuellement par une très mauvaise période. L’automédication d’une part et la grande consommation dans les villes sont à l’origine de la perte de confiance entre le malade et le médecin généraliste. Nos concitoyens ont tendance à s’adresser directement aux spécialistes. La plupart se justifient par le coût de la consultation et de l’ordonnance. Le docteur Alain Nys, chef de service à l’hôpital américain de Paris, affirme que l’urbanisation de la société a déplacé et changé le rôle de certains praticiens. Autrefois, dans les villages français, l’instituteur, le prêtre et le médecin avaient le savoir. Chose valable aussi pour les médecins tunisiens en dehors des grandes villes: «Le médecin généraliste n’est pas un carnet d’adresses où on cherche les contacts des spécialistes», ajoute le Dr Nys. D’après le Dr Garraoui, il faut absolument réussir dans le milieu urbain, à convaincre les gens de se fixer sur un médecin généraliste. Certes, la société valorise tout ce qui est plus cher dans les différents milieux. Mais ce n’est pas toujours ce qu’il y a de plus efficace: «Il faut rétablir la confiance et donner aux médecins généralistes du secteur public les moyens de leur ambition», souligne le directeur régional de la santé de Bizerte. Pour ce faire, les pouvoirs publics sont appelés à reconnaître les performances de la «première ligne» et les favoriser. Mais il est important par ailleurs que les universitaires cessent de réfléchir et décider à la place des gens du terrain. L’un des intervenants remet en question à cet effet le concours de résidanat. Ce dernier «copié sur le système français», semble être responsable de la dévalorisation de la médecine générale. Et le Dr Garraoui de préciser que cette médecine est plutôt une pratique et un comportement. En somme les médecins généralistes qui bataillent depuis plusieurs années sont déterminés à rendre à leur spécialité ce qui leur revient de droit. Une spécialité qui semble être reléguée au rang de parent pauvre de la médecine dans une société qui parle beaucoup et de certains spécialistes qui sont aussi «ramasseurs d’argent». Les gens croient tout savoir: «Il y a un côté pervers de la vulgarisation. C’est une arme à double tranchant» précise le Dr Nys. A son avis, nous assistons à une époque où la technologie est en train de prendre le pas sur l’humain: «Et c’est redoutable. Car la médecine n’est pas une technologie», conclut-il. M. KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com