La “saga” des religions : Lire D. Brown ou M. Gouja ?





Alors que le film “Da Vinci Code”, issu du livre du même nom, fait aujourd’hui l’actualité la plus brûlante et la plus controversée dans le monde de la littérature et du cinéma; on se rend compte que ce qui est en jeu, en réalité, c’est la “sensibilité” de tous quand il s’agit de sujet relatifs à la religion. Et c’est dans ces conditions qu’un Tunisien, M. Moncef Gouja, vient de publier un livre sur une période religieuse non moins controversée : la Fitna qui fit suite à l’assassinat du calife Othman Ibn Affan. Deux styles complètement différents qui nous interpellent chacun à sa manière. D’une lecture fort engageante, comme savent si bien le faire les thrillers, “Da Vinci Code” devient bien vite un défi à la culture de chacun d’entre-nous car il met sens dessus dessous des concepts quasi consensuels aussi bien que les pièces d’un puzzle intellectuel qui défient l’imagination. Ainsi donc, Jésus (Que la Paix Soit sur Son Etre) se serait marié et aurait une descendante dont il existe des traces jusqu’à aujourd’hui, le Saint Graâl serait Marie Madeleine (le sang du Christ au propre et non au figuré), et Léonard de Vinci qui aurait été Grand Maître d’un immense Prieuré de Sion, et l’Opus Dei qui aurait un bras “terroriste”,... De quoi en perdre son latin comme ce fut le cas partout dans le monde où l’on ne compte plus les réactions outrées contre cette “apostasie”. Pourtant, on semble oublier qu’il ne s’agit ici que d’un roman, un simple roman qui (par définition) est une vision très romancée, pour le moins, de la réalité. Car, dans le cas contraire, on se mettrait à concevoir comme une réalité tangible les mondes où se déroulent les “Guerre des Etoiles”, “Le Seigneur des Anneaux”, “Harry Potter”... L’erreur, si l’on ose dire, n’est pas uniquement celle d’un public qui se trompe de cible mais peut-être aussi celle d’un auteur qui a touché, avec une faramineuse nonchalance, ce que des centaines de millions de gens ont de plus sacré. Mais pas seulement, car par-delà le fait purement religieux, il a également défié les éléments d’une culture universellement arrivée à adoption. C’est d’ailleurs pour toutes ces raisons que notre attention a été particulièrement attirée par le dernier livre du Tunisien Moncef Gouja qui traite pratiquement du même sujet générique : le réexamen des faits de nature “religieuse”. Mais, ici, nous sommes devant un travail diamétralement opposé dans le principe et la manière de mener l’enquête. Déjà, nous ne sommes plus dans le domaine fugace du roman car l’ouvrage “La grande discorde de l’Islam : le point de vue des Kharéjites” avance avec beaucoup de doigté et de sens “scientifique” dans un sujet explosif, allions-nous dire, pour la culture musulmane, encore plus explosif que les thèses de Dan Brown pour le christianisme. La Fitna (ou la Discorde) étant le moment où les Sunnites, les Chiîtes et les Kharéjites se sont affrontés de manière sanglante au moment où chacun interprète à sa manière la légitimité (ou la non légitimité) de l’assassinat du Calife Othman Ibn Affan. Tout de suite, l’ouvrage de Moncef nous a semblé très actuel car il parle de choses dont nous voyons, aujourd’hui encore, l’écho dans les journaux, les télévisions, les sites web ... De fait, l’Ibadhisme qui est le sujet central de son livre et cette tendance kharéjite qui a laissé assez de traces pour se plier à l’étude et à la compréhension profonde. Mais ce n’est pas un livre d’histoire comme on pourrait décrire les ouvrages majeurs de Taha Hussein, Abbas Mahmoud Al Akkad, Hichem Jaïet ... c’est plutôt un essai historique où les idées surplombent l’histoire. N’oublions surtout pas que Moncef Gouja est chercheur mais surtout journaliste dans le sens le plus noble du terme. Et n’ayons pas peur des mots : cet ouvrage est une enquête de journaliste ... en profondeur. Comme s’il était parti en reportage, bloc-notes et dictaphone en main pour interviewer, observer, confronter... Il pose des questions, vérifie ses sources, corrige le tir au fur et à mesure de son avancée. Et si Dan Brown nous prend par surprise, fidèle à son thriller, Moncef Gouja joue la carte de l’interactivité et propose d’emblée ses intentions à son lecteur pour qu’il puisse juger des limites du travail. En toute honnêteté, il veut établir une demi douzaine de faits : - les Kharijites jouèrent un rôle important dans la controverse; - l’écho de ces débats continue à filtrer jusqu’à aujourd’hui; - ces versions obéissent à des arrière-fonds idéologiques ... Une approche qui, justement, enlève beaucoup au “sensationnalisme” latent dans des sujets aussi sensibles que ceux touchant à la dimension religieuse. Et c’est le contraire de cette approche constructive de Moncef Gouja que choisit Dan Brown. Entre les deux ouvrages, et pour user de l’aune du journalisme, la différence est celle qui existe entre une prestigieuse revue internationale et un simple tabloïd à scandale. Manoubi Akrout manoubi.akrout@planet.tn


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com