«Jazz à Carthage» : Manu Katché ou la rage d’un samedi soir





Contrebasse, piano, trompette, bugle ou service d’une batterie. Autant en emporte la baguette... «électrique» de Manu Katché. Avec la complicité de son Quartet Tendances. Manu n’est pas noir. Manu n’est pas blanc. Manu n’a ni une peau rouge ni jaune. Mais il est tout cela à la fois, qui plus est, il est auréolé d’un regard pétillant, voire un brin malicieux. Dans sa tête à béret gris, les idées, les trouvailles et même les improvisations sont claires. Dans son être, il incarne toutes les couleurs de la vie et les résonances du vécu. Avec ses baguettes magiques aux multiples sonorités, Manu Katché se lance et se lâche les rênes tantôt dans la brousse, tantôt dans l’Arizona. De temps à autre il vous prend par les «cordes» pour escalader les montagnes ou il vous tire en bas pour traverser des rivières et des ruisseaux. Sa musique «battante» est ainsi faite. Elle ruisselle provocante, dérangeante, étonnante et... à sensibilité à fleur de peau, qui vous touche de l’intérieur et vous tenaille le ventre. Accompagné de son Quartet Tendances, les Alex Tassel (bugle, trompette), Frank Avitable (piano) et Gildas Boclé (contrebasse), Manu Katché qui tient tout le monde et à la «baguette», nous a fait visiter un univers chaleureux, profond et grouillant d’émotions électriques à nous rendre compte de l’état d’esprit de la vie urbaine de nos jours. Certes, il n’est ni cet Al Jarreau ou ce Billy Paul, deux légendes vivantes et sans âge (qu’on a vus la veille et l’avant-veille), mais il est ce musicien de son siècle, des temps modernes et il n’est pas des moindres. Et ce n’est pas pour ses beaux yeux qu’on l’a toujours félicité. Mais pour ses distinctions. Comme dans la Victoire de la musique pour La Boîte de Jazz, de Michel Jonasz en 1986, et pour un Indien dans la ville, une année plus tard... Ce qui lui a valu en somme un Grammy en 2004. L’année où il a donné naissance à son album Neighbourhoud et à sa consécration internationale. Samedi dernier, son public de Carthage, venu en grand nombre à l’Acropolium, a savouré une musique sans géométrie et qui refuse les limites. Elle est ponctué d’improvisations aux accents mélodieux et aux rythmes dynamiques et aérés. A l’image de ce nouveau monde tout agité, tout en énergie et qui ne connaît pas de repli. Mais tous logés dans le même village planétaire qui bouillonne et nourris d’une rage de démon nous poussant à nous exprimer avec bruit. Manu l’a bien compris et saisit comme il faut les secrets puisqu’il en possède toutes les clefs. Les clefs de toutes les notes de musique étaient dans ses baguettes des merveilles et à ses pieds. Le public a aimé les envolées, les délires, les airs et a longuement applaudi cette nouvelle vague de jazz et la soirée de s’inscrire comme les précédentes dans le registre de la réussite. Attendons la suite pour mieux juger la facture générale de Jazz à Carthage. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com