Artur, Steve et la bonne sève





Nous sommes au sixième concert (déjà!) et avec deux en un. La première partie au goût classique coupée d’un trait traditionnel et entrecoupée d’un autre ethnique. La seconde est un panaché heureux de toutes les sauces et les variantes... Dans les doigts d’Artur Dutkiewicz, le Polonais, une sorte de magie qui ne vous laisse pas insensible. Et on ne peut que se prosterner et écouter religieusement cette belle musique. Le public de dimanche soir, en majorité constitué d’étrangers résidant chez nous et d’étudiants en musique n’ a pas vraiment rempli la salle de l’Acropolium de Carthage - il y a eu au moins un quart de vide -. Mais il était choyé et bien servi. Et le premier temps signé par le pianiste-compositeur et interprète polonais était une invitation à la liberté (comme un avant-goût pour la seconde partie). De sa musique, on dit qu’elle est dans le registre commun, du classique surpiqué généreusement avec des variations de rythm and blues tirées du traditionnel et de l’ethnique qui s’entrelacent à souhait. Avec un clavier sous son emprise, le maître Artur qui visite notre pays pour la première fois était bien dans son assiette. En solo, il nous a gratifiés d’un florilège d’une musique immortelle extraite du répertoire de son compatriote, Chopin. Et la composition de mazurkas nous a fait valser en douce, tellement bien reprise et bien jouée, avec âme et savoir. Puis notre Artur de dimanche de se lancer dans ses superbes improvisations, les unes plus succulentes que les autres. Car il y en a pour tous les goûts. Une sorte de synthèse de grande technicité. Surtout avec son Sentier Azur. C’était une petite merveille et les gens ont apprécié. Quant à la seconde partie et il faut l’avouer qu’elle était attendue. Car Steve Houben n’est pas méconnu de notre public. Il est venu dans nos murs au moins treize fois et la première fois remonte à 1973. Il a notamment donné des concerts à Tabarka et ailleurs. Comme à l’Acropolium dans le cadre de l’Octobre musical de l’an dernier et à Ennejma Ezzahra dans Couleurs Jazz, il n’y a pas très longtemps. Mais il a sillonné notre pays de long en large et il s’est «imprégné des couleurs, saveurs et odeurs de la Tunisie» et il se sent ému à chaque fois qu’il atterrit sur notre terre et il est «ravi de collaborer avec nos musiciens, même s’il est invité en Colombie» pour un travail colossal. Bientôt «Anfass» naîtra. Un projet avec notre jazzman national Faouzi Chekili. Dans son programme qui a duré près d’une heure trente, il nous a offert en toute liberté une palette de tous les répertoires du monde. Mais pas dans le classique qu’il affectionne depuis sa tendre enfance (car il a ouvert les yeux dans le giron d’une maman pianiste). C’est une vraie aventure qu’on ne peut classer nulle part «Insaisissable» dit-on. Et ça vole assez haut, surfant sur le Maghreb, le Brésil et autres horizons. C’était très épicé. Un concert qui grignote un peu de toutes les musiques du monde. Et le mélange était croustillant. Avec tantôt de l’électrique et, en arrière-fond, un swing corsé ou du jazz et du bop sans frontières et rien ne l’arrête. Car Steve Houben ne «s’inspire de rien. Mêmes pas d’une jolie femme». Mais croit profondément au travail qui conduit à aimer les choses et à s’en passionner. Avec Sal La Rocca à la contrebasse et Hans Van Oosterhout à la batterie, il nous a butiné de chaque champ musical du monde une fleur. Et l’odeur était bonne. Et la couleur aussi. Que son genre soit dédié ou non à des architectes belges (sur commande) ou à la musique de plus grands de la Suède des années 1950. Mais avec sa nouvelle expérience Ex, qui vient de voir le jour, il n’y a même pas une semaine, il a clôturé la soirée en beauté. Et le public de l’applaudir pendant au moins une dizaine de minutes en guise de remerciement. Merci les artistes et un autre merci à l’ambassade de Pologne et à la délégation Wallonie - Bruxelles (Belgique) qui ont rendu possible cette soirée de jazz du Vieux Continent, en plein vol. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com