Hervé Di Rosa : Les images du monde en verre





En partenariat avec la ville de Tunis, l’Institut français de coopération (IFC) a invité dans nos murs Hervé Di Rosa, un artiste habité par les images du monde. Dans son exposition qui aura lieu du 21 avril au 22 mai au palais Kheïreddine dans la Médina, il y a beaucoup à voir sur les «fixés sous-verre».Quand on dit «fixé sous-verre» on pense directement à cette peinture «de très belles compositions dans la pure tradition du décor calligraphique et floral… Cette expression artistique constitue l’une des manifestations de la culture populaire tunisienne…», écrit Mohamed Masmoudi dans «La peinture sous verre en Tunisie» (Editions Cérès-Tunis 1972; Collection Art et Histoire). Quand Hervé Di Rosa a visité notre pays il y a 17 ans à l’occasion de son exposition qui a eu lieu au 87, avenue de la Liberté au siège de l’IFC, il est tombé presque amoureux de notre Médina. Et il a été frappé par les images reproduites sous-verre reflétant des «thèmes religieux» ou «profanes» et des contes et légendes tirés de la mémoire d’un peuple. Marqué aussi par les petites histoires qu’on raconte sur l’Imam Ali, Les Hassen et Housseïn, le Bouraq, les Antar et Abla, le «Jha», «Les Mille et Une Nuits», les calligraphies et autres compositions florales et que les artisans tunisiens ont fixées avec bonheur sous-verre depuis la fin du 19ème siècle. A cette époque, les couleurs étaient autres que celles qu’on voit aujourd’hui dans nos souks et au gré des jours, ces produits artisanaux destinés aux touristes ne cessent de perdre de leur authenticité. Ce phénomène n’est pas spécifique à la Tunisie. Pour Hervé Di Rosa qui affectionne les objets à âme et histoire, il est temps de reprendre le tout et de le conserver autrement sans qu’il ne perde de son expression. Alors, il se lance dans une aventure un peu singulière en allant fouiner dans les mémoires des gens, qui peuvent être ces «millions d’images créées en Asie, en Amérique Latine, en Afrique…et qui parlent des formes les plus populaires de nos ancêtres», nous confie l’enfant de Sète à côté de Montpellier, où il a créé Le Musée international des arts modestes (MIAM) et qu’il a peuplé de pas mal de collections de figurines des années 1950-1960 e qui abrite «les créations les plus inattendues d’artistes du Nord et du Sud», partageant cette passion d’art modeste d’après la note distribuée par l’IFC. L’aventure d’Hervé Di Rosa s’inscrit dans les «métissages entre des techniques locales et sa vision picturale». Explication: de ces produits dits artisanaux, il extrait un petit quelque chose, le travaille de tout son art et lui donne un autre regard, une autre vision à lire, à contempler, à analyser. Cette expérience, il l’a déjà «faite avec les icônes en Bulgarie, peintures d’enseignes au Ghana, tissus du Bénin, peintures sur peaux en Ethiopie, câbles téléphoniques torsadées en Afrique du Sud, terre cuite et argent au Mexique, bronze du Cameroun, laques du Vietnam, lithographies à Cuba…», nous raconte l’artiste français autour d’une table dans un bistrot de l’avenue principale de Tunis. Il est invité cette fois-ci par l’IFC. «C’est Anita Dolfus qui m’a convaincu et j’ai accepté, heureux, ce travail», ajoute-t-il. En fait, Hervé Di Rosa est déjà venu à Tunis en janvier dernier pour mettre en route son projet et c’est grâce à son commissaire d’expo, Martine Bouissard. Tiens! Encore une femme! Oui. Car il aime «travailler avec elles». Avec Hatem Ben Cheïkh qui l’a aidé à réaliser onze applications (hélas, le public n’en verra que dix), Hervé Di Rosa se voit heureux de se retrouver dans ce pays après un petit tour du monde et cette 15ème escale en dit long sur son travail. D’ailleurs, l’étage du Musée de la ville de Tunis sera consacré à une rétrospective de 25 ans de carrière au service des arts modestes. Quant au rez-de chaussée, il y aura notamment Othman Khadhraoui avec ses délires si naïfs, si savoureux et si féériques. «Mon travail est un échange. J’ai utilisé des techniques nouvelles avec d’autres traditionnelles, dans les ateliers de Hatem Ben Cheïkh ou de Khadhraoui…», raconte l’artiste qui réside actuellement à Miami et qui se prépare pour une exposition pour le 25 mai au Bass Museum of Art (sa première personnelle aux USA). «Là, mon travail va être sur les paysages et les sculptures en résine», nous explique-t-il. Un mois après, l’artiste débarquera en Corée avec un autre lot d'idées des plus thématiques aux plus populaires en passant par le légendaire et le mythologique et sauver l’âme de nos ancêtres. En Tunisie, le «sous-verre» est en train de perdre de son âme. Donc à sauver! Du moins ce que pense Hervé Di Rosa qui tire ses origines de l’Italie (ses parents étaient parmi les premiers immigrés) et qui est en visite chez nous avec sa petite «tribu». Femme et enfants. Dont deux petites jumelles âgées de moins de 3 ans. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com