Santé de la reproduction : L’expérience tunisienne adoptée au Niger





Au Niger, il est encore difficile de mettre en place un plan de santé de la reproduction face au blocage culturel incarné par les marabouts ou les chefs coutumiers qui confondent la religion aux coutumes. Une délégation officielle est en visite en Tunisie afin de poursuivre la coopération bilatérale mais surtout triangulaire où le Niger profite de l’expertise tunisienne en la matière. Tunis — Le Quotidien L’expertise tunisienne en matière de santé de la reproduction et de population au Niger a réussi dans la région de Kollo. Ce succès de la coopération Sud-Sud grâce au financement d’un bailleur de fonds du Nord justifie la visite récemment effectuée par une délégation nigérienne en Tunisie. Dans ce cadre, Ary Ibrahim, le ministre de la Santé publique et de la lutte contre les endémies au Niger et Nébiha Gueddana, directeur général de l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP) ont tenu avant-hier une conférence de presse. A cet effet, le Niger se présente comme un pays qui commence à peine à promouvoir la santé de la reproduction. Il a en tout cas un long chemin à faire. Les entretiens et les visites qui ont eu lieu dans nos murs ont permis à la délégation nigérienne de constater le retard de leur population dans ce domaine. La Tunisie représente, en effet, un exemple à suivre et à envier de par les avancées enregistrées dans le domaine de la santé de la reproduction depuis l’indépendance. A ce titre, Ary Ibrahim trouve que les initiatives de l’ancien président Habib Bourguiba ont été révolutionnaires. Il estime qu’il est pour le moins édifiant qu’en Tunisie, on compte aujourd’hui un médecin, un infirmier et une sage-femme pour mille habitants : «Ces dernières années, on a pris des mesures importantes en faveur de la femme. Mais la situation reste incomparable à la Tunisie», souligne le ministre nigérien de la Santé publique et de la lutte contre les endémies. Mais ce qui bloque réellement la santé de la reproduction au Niger ce sont les considérations culturelles et religieuses : «on a des rumeurs folles», avoue Cheikh Yahaya Adamou, président du groupement des associations islamiques pour les questions de population et de développement. Actuellement, le mariage précoce, l’abandon scolaire à treize ans chez la moitié des filles, le nombre d’enfants, etc... sont des problèmes qui freinent l’évolution et qui font l’objet de prêches des religieux nigériens, lesquels sont habituellement des marabouts ou des chefs coutumiers qui confondent la religion aux coutumes et donnent lieu à toutes sortes d’interprétation des textes religieux. * Croyances D’ailleurs, les marabouts ont été consultés, entre autres parties, afin de les convaincre d’adhérer au projet de la santé de la reproduction. Mais, ils ne sont pas les seuls à camper sur leurs positions. Les femmes nigériennes sont également partisanes du mariage précoce des filles. Du moment que ces dernières quittent l’école à treize ans, leurs mamans redoutent une grossesse en dehors du mariage ou la naissance d’un enfant illégitime. Elles préfèrent alors les marier à quinze ans voire moins : «raison pour laquelle, il faut d’abord commencer par scolariser le maximum de filles pour rassurer ces mamans qui, dans les conditions actuelles, ont raison», explique Boukary Zila Mamadou, ministre de la population et de l’action sociale au Niger. Cette action en vue d’abolir les coutumes qui empêchent le développement n’est pas facile. Elle semble être menée contre une culture ancrée et une société où la rumeur n’a pas permis de vacciner des enfants : «lorsqu’on devait faire un vaccin de la polio aux enfants, des rumeurs ont prétendu que le produit avait un effet stérilisant, il a fallu que le ministre en question jure sur le coran que le vaccin était inoffensif sur ce plan», dénonce Cheikh Yahaya Adamou. Et Bana Fatouma, députée nigérienne, de conclure : «on a présenté un projet de loi sur la santé de la reproduction qui n’a toujours pas été adopté», signale-t-elle. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com