Comar d’Or 2006 : Le sacre du printemps





Ce soir au Théâtre Municipal de Tunis, on rend public le résultat du Comar d’Or de la 10ème session dans les deux langues (arabe et française). Des lauréats, des hommages et de la musique en sus. Le clou de la soirée: un Lotfi Bouchnaq avec tous ses succès. Outre les manifestations culturelles (rencontres, débats, concerts...), rythmant tout au long des saisons le sixième étage du siège de la Compagnie méditerranéenne d’Assurances Comar de l’avenue Habib Bourguiba, et celles sportives, notamment le rendez-vous annuel du Marathon de la ville de Tunis, l’entreprise a fait un autre pari et s’est aventurée dans le domaine du livre afin de le promouvoir. Dans ce paysage, un brin grisâtre (si ce n’est pas déjà beaucoup), et sur une petite idée que lui a soufflée le journaliste, écrivain, éditeur et animateur de rencontres littéraires, Hatem Bourial (qui a présidé le jury des premières sessions et qui participe au Comar d’Or 2006 avec «Moi aussi je me souviens») le directeur général de la compagnie Rachid Ben Jemiâ a trouvé le bon filon pour créer l’événement culturel. Et la promotion est double. Puisque d’une pierre on fait deux coups. Car le roman est déjà étroitement associé au nom de l’entreprise des assurances qui fait parler d’elle un peu plus dans la cité. Nous sommes en 1997. L’idée a vite pris forme. Il y a ceux qui ont cru à la continuité. D’autres, plus pessimistes ont vu autrement. Mais nous voilà déjà à la dixième bougie et la moisson s’annonce bonne. Cet événement devenu ancré dans nos traditions et attendu par les gens affectionnant ce genre d’écriture fait chaque année du bruit dans la cité. Avant la distribution des prix, durant et après. Et c’est tant mieux ainsi. Tout au début, le Comar d’Or s’est trouvé seulement avec treize titres écrits dans la langue de Molière. Au fil des ans, nous avons remarqué un accroissement dans le nombre des romans en compétition. En 1998, on passe à 24 titres mais cette fois-ci avec 17 en arabe. 1999, 25 romans lus par les jurys en arabe et en français. Au total et depuis la création du Comar d’Or, nous avons enregistré 229 titres écrits par des romanciers des deux sexes. Il y a donc de quoi s’enorgueillir quand on voit le chiffre de cent révélé par le spécialiste littéraire le père Jean Fontaine sur une période stérile du 20ème siècle. Quant aux primés, ils sont 24 lauréats pour le roman arabe et 27 pour le roman français. Se sont aussi succédé au fil de 9 sessions précédentes 18 membres du jury pour l’arabe et 19 pour le roman français. Ils sont généralement des universitaires, romanciers connus ou journalistes et critiques spécialistes dans la littérature et qui décernent chaque année trois sortes de prix de deux côtés (arabe et français). «Le Comar d’Or» suivi du «Prix spécial du Jury» et enfin «Prix du premier roman». Sans parler des frais de l’organisation et de la publicité, l’entreprise a atteint depuis 1997 le montant de cent quarante-cinq mille dinars (145.000 DT) comme récompense pour ses lauréats. Ce n’est quand même pas rien pour une entreprise privée au profit du roman et nous ne pouvons que nous féliciter de ce mécénat et de ce mariage heureux entre les privés et le monde de la culture et de la création et qui fait notre fierté nationale. Pourvu que cela continue. Pour cette dixième session, l’événement mérite d’être mieux célébré. L’organisation qui n’a pas oublié de rendre hommage à quelques noms ayant marqué le Comar d’Or, comme Noureddine Ben Khedher, de la Maison d’Edition Cérès, mort dernièrement et Hédi Zarrouk, primé en 2005 et qui vient de nous quitter. Sur le podium, ils seront donc ce soir 6 lauréats, trois romanciers en arabe et trois autres pour le roman français qu’ont choisi les deux jurys dans les deux langues parmi les 28 romans en compétition cette année. Nous comptons huit auteurs en langue française qui ont démontré une qualité défendable dans le style comme dans le thème, laissant le jury parfois dans la perplexité. Ces romans sont: «La mort du Sid» (Ed. L’Age d’Homme), de Rafik Ben Salah qui était impressionnant dans sa qualité littéraire de haut débit et de thème fondé. Un peu corsé pour quelques-uns; «Le paradis des femmes» (Ed.Elyzad) de Ali Bécheur (premier primé du Comar d’Or 1997), qui a travaillé dans un style accrochant sur les années de son enfance à Sousse. «Sidi Boîte de Vin» (Ed. Mémoire de Notre Temps) de Hachemi Baccouche nous a saisi avec son idée pétillante et originale à la fois sur un marabout dans une ville française avec toutes les confessions et les idéologies qui peuvent en ressortir. Azza Filali participe avec «Chronique d’un décalage» (Ed. MIM) où elle défriche des mondes et des atmosphères, des femmes et des hypocrisies tramées dans les toiles des temps modernes. Pour Jamel Ghannouchi qui marque sa présence chaque année dans le Comar littéraire, il nous projette avec «Un combat» dans les bras de la résistance et dans la maladie. La benjamine de tous, une Sofia Guellaty, étudiante à Paris, nous propose son premier roman «Le Sablier» (Ed. Joelle Losfeld), qui nous rend compte du mal-être de la solitude dans la ville la plus tumultueuse de l’Hexagone, dans un style léger et dansant sur une musicalité berçante. Et autres Le Testament du Roi Serpent» de Noureddine Ichaoui qui nous met sur les traces du combat de toujours entre l’animalité et l’humanité. Une sorte de fable très piquante (ou plutôt succulente). Bonne chance à tous. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com