«Derviches tourneurs Konya» : Le mysticisme sur scène





Un spectacle calme. Des danseurs exécutant des pas silencieux rappelant la démarche d’un paon. Telle était l’ambiance du spectacle animé par les «Derviches tourneurs Konya» de Turquie. Vers 21h25, la lumière s’éteint. Les rideaux de la scène se lèvent. Et ce fut l’apparition des sept instrumentistes habillés tous en manteaux sombres, ils passent directement à l’action. C’est la flûte qui entre en jeu. La première partie de ce spectacle était purement musicale. D’une durée de 30 minutes, cette partie était concoctée à base du «Dhikr». La danse y était curieusement absente. Au début de cette partie, l’ambiance musicale était d’une haute facture mystique. Elle a été marquée par un dialogue insolite et harmonieux entre la flûte et le nay. Le tout était teinté d’invocations et des chants de louanges de Dieu et du Prophète Mohammed. La prestation des Derviches tourneurs de Konya durant cette première partie a fait planer un calme mystique dans les enceintes du Théâtre Municipal. Comme si le public, venu nombreux, voulait s’identifier à l’ambiance mystique créée par la Troupe turque, laquelle incite à la réflexion mystique sur l’Au-delà de l’existence mais à travers la musique soufie. La «Sema» dans tous ses états La deuxième partie de ce spectacle était entièrement dédiée à la «Sema», une danse mystique exécutée par des Mevlivis? D’une durée de 45 minutes, elle a embarqué l’assistance au cœur des cérémonies religieuses des Mevlivis. Tels des pèlerins, ils s’adonnent à des rotations autour de la scène du Théâtre Municipal avant d’ôter leur manteau sombre. Les sept instrumentistes et vocalistes reprennent du service, en jouant et en chantant les louanges mystiques. De leur côte les sept danseurs tourneurs, entrent dans le vif du sujet. Ils se livrent d’abord à des acrobaties, avant de commencer à tourner en rond, comme dans les grandes cérémonies religieuses «Konya»: une ville de la Turquie. Leur danse avait une connotation cérémoniale très symbolique. Chaque détail du cérémonial est empreint d’un symbolisme, à la fois mystique et philosophique. Le manteau sombre dont les Derviches-danseurs se dépouillent avant d'entrer en mouvement, représente l’enveloppe matérielle à laquelle l’homme renonce avant de s’unir à Dieu au moment de sa mort. Les larges robes blanches représentent le suaire, les toques coniques et le sépulcre. La tête penchée vers la droite, leur main droite levée vers le ciel et le regard rivé vers la terre, l’exécution lente du mouvement évoquent le mouvement des planètes dans le ciel. La musique, quant à elle, est un complémentaire de la danse «Sema», comme on en voit dans les cérémonies religieuses des Mevlivis. Les chants d’invocation, du nom d’Allah, tiennent aussi une place notoire dans le rituel «Mevlivis». D’origine mystique persanne, la danse «Sema» a été fondée par la confrérie de l’illustre Jallaleddine Rumi qui s’était établie à Konya au 13ème siècle. C’est lui aussi qui a fondé l’ordre des musiciens dont la danse extatique fait une fusion symbolique entre l’homme et l’Etre Suprême. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com