Testour Au cœur de la Tunisie andalouse





Testour, cette ville du Nord ouest veille jalousement sur son passé andalou. Aujourd’hui encore, elle garde indéniablement ses traditions et les empreintes de ce passé glorieux. En témoignent d’ailleurs ses monuments, ses traditions et les habitudes de ses habitants au quotidien. Tunis-Le Quotidien A Peine que vous y approchiez, Testour s’offre à vous telle une somptueuse cité des mille et une activités socio-économiques. A quelques mètres de son entrée sud, elle donne à voir un paysage de la ville espagnole de Séville. Il fait dix heures du matin en cette journée du dimanche, quand nous sommes arrivés. La route menant vers l’entrée sud était bondée de marchands d’abricots. C’est la période. Loin et face à la mosquée, les cafés étaient bondés de monde. Mais ce qui attire le plus le visiteur dans la cité du Malouf, autre dénomination de Testour, ce sont ses monuments, chargés d’histoire et d’empreintes andalouses. Ses Zawiyas, mosquées, et autres monuments offrent aux visiteurs une rétrospective exhaustive sur son passé andalou encore vivace et fortement encré dans les habitudes des testouriens. Il suffit de faire quelques pas dans les ruelles égayant sa grande mosquée pour s’en rendre compte. Le premier monument qui vous raconte le passé de Testour, c’est la Zawiya Sidi Nasri El Garwachi construite en 1733. Mais en quittant ce monument, le visiteur s’engouffre dans la «Hara», ancien quartier des juifs, juxtaposé à la mosquée. La particularité de cette mosquée par rapport aux autres lieux de culte de la Tunisie c’est qu’elle porte l’étoile de David sur sa toiture. Construite entre 1610 et 1632, soit pendant la période de l’exode des immigrés andalous de la Grenade après sa chute en 1492 vers cette région, ce monument religieux se distingue par son architecture foncièrement andalouse. Sa toiture est portée par 48 chapiteaux tandis que sa décoration intérieure est conçue selon un style à la fois arabe et andalou. Mais une question reste centrale : Pour quoi cette mosquée porte-t-elle l’étoile de David ? Selon les sources orale et écrite, il y’avait dans cette ville une forte communauté juive qui avait des relations privilégiées avec les musulmans. Et lors de la construction de cette mosquée, ils auraient fortement contribué à son édification. En reconnaissance à leur service, les musulmans ont accepté que l’étoile de David figure sur la toiture de la mosquée. Mais cette mosquée n’est pas la seule qui porte l’empreinte andalouse. La Grande Mosquée située à quelques encablures de la première, dont il ne reste que quelques chapiteaux et des pans de murs, endosse quelques râpes andalous parmi tant d’autres monuments testouriens. Tout juste à coté, la Zawiya du Saint Sidi El Aryane, construite en 1752 par ce savant mystique qui porte le même nom, continue à rappeler aux habitants de la cité du Malouf leur passé de résistant héroïque. D’ailleurs, la légende populaire dit de Sidi Ali El Aryane, qu’il aurait utilisé ses pouvoirs mystiques pour protéger les combattants qui se sont battus pour défendre la ville contre l’invasion des envahisseurs turcs au 17éme siècle. En plus de ces monuments, Testour compte d’autres, témoignages vivant de son passé des plus percutants à l’instar de «Masjed Essaghir», une petite mosquée construite en 1610 et de la Mosquée El Hanafi édifiée en 1757 et restaurée en 1968. Outre ces monuments, la cité du Malouf regorge d’activités socioéconomiques. Artisans habiles qui introduisirent l’industrie de la «chéchia», celle de la soie et les vers de soie qui étaient élevés dans la région de la Harayriya, près de Tunis, ils exercent encore cette activité dans des ateliers. On trouve aussi sur ce lieu des ateliers de fabrication des Jebbas et des petits commerces de toutes sortes qui s’entassent à la Rue Taieb M’hiri qui traverse la ville. * L’agriculture et le Malouf Les testouriens sont également de braves agriculteurs qui ont inventé de nouveaux instruments d’agriculture et de nouvelles méthodes agricoles comme l’irrigation à travers la «Noria» et les moulins à eau et à vent, voire même de nouvelles espèces des cultures d’arbres fruitiers, légumes, vignes, une culture qui a été également introduite par les Andalous. Aujourd’hui encore, la ville se distingue par la culture d’abricots, des grenades, des oliviers, du blé et d’autres espèces de la culture irriguée. La production des tuiles, briques et faïences, héritée aussi des andalous, continue a être exercée encore au bord de Oued Mejrada par une poignée d’artisans de laquelle ils tirent leur source de revenu. Les premiers habitants ayant exercé aussi le métier fabrication des tuiles dans cette ville avaient aussi la réputation de fins ingénieurs urbains. D’ailleurs, on dit d’eux, qu’après moult études, qu’ils auraient choisi d’édifier Testour, située à 76 Km au Nord Ouest de la capitale Tunis, sur un site élevé qui s’étale sur la rive droite de Oued Medjerda et qui le y met à l’abri de toute inondation. Raison pour laquelle, cette ville a échappé à toutes les inondations qui eurent lieu de par le passé et jusqu’en 2003. «Hiba» le premier des huit quartiers de la cité du Malouf est construite à quelques encablures d’un pont sous lequel les eaux de la ville se déversent dans l’Oued Mejrada. Cette ingéniosité mérite qu’on rende hommage à la créativité des premiers habitants de cette ville qui ont choisi un lieu d’édification pour la ville, la mettant à l’abri des intempéries de ce fleuve qu’un mauvais ingénieur moderne n’y aurait pas pensé. Confirmation de leur ingéniosité dans le choix de ce site, Medjez El Bab, situé à 20 Km de Testour, sur un site plus bas, fait, elle, cruellement face à des inondations permanentes. Il faut noter que l’influence des andalous reste toutefois vivace dans de nombreux domaines notamment la cuisine. Les premiers immigrés andalous ont introduit dans cette région des plats spécifiques comme les «Banadhej» et les «Kisseles». Dans le domaine de la musique, et grâce au Malouf (musique typique aux origines hispano-andalouses), Testour s’est aussi illustré au fil des années dans le domaine de la culture. La ville accueille en effet cette année, comme à l’accoutumée, la 40éme session du festival du Malouf qui a toujours eu une dimension internationale avec la participation de musiciens et troupes du Maroc d’Algérie, de la Libye, d’Espagne. Ousmane WAGUE ____________________________ Repères La ville andalouse de Testour se situe à 76 Km de l’Ouest de la capitale Tunis, au Nord de la Tunisie. Elle s’étale sur la rive droite de Oued Medjerda et se trouve sur la route qui relie Tunis à la frontière algérienne. Reconnue pour être une région abondante en eau, elle représentait un site idéal pour l’installation des immigrés andalous chassés d’Espagne en 1609 et bien accueillis par les autorités turques qui gouvernaient la Tunisie à l’époque. En fait, Othman Day et après lui Youssef Day ont favorisé l’implantation de cette population, jugée active et bien instruite, dans la capitale et dans les régions du Nord tunisien.. La construction de la ville de Testour est due principalement aux Moresques bien que le site soit occupé jadis par un établissement romain appelé “Tichilla” servant de relais sur la route qui reliait Karthago à Theveste. Bref, l'immigration moresque a représenté un facteur d’évolution pour la Tunisie et pour tout le Maghreb. La première vague de la communauté andalouse s’installa tout d’abord à Khirufa, à 12 Km du Nord de Testour, où elle a entrepris une riche activité agricole, surtout dans l’implantation des vignes. Les autorités turques fascinées par la qualité et l’abondance de cette récolte décidèrent d’y imposer de lourds impôts. Testour compte aujourd’hui 12000 habitants et 3200 maisons. Des familles andalouses, il ne reste que quelques familles dans le pays qui sont reconnaissables grâce à leurs noms d’origine espagnole comme Zbiss, Merkikou, Merichkou, Marco, Bantor, Al Hendîlî, Zghounda, Chelbi, etc. Tous ses monuments font actuellement l’objet d’un méga-programme de restauration. O.M.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com