Fondation Témimi : Les élections parlementaires de 1981 sous la loupe des historiens





Tunis-Le Quotidien Le 19ème Congrès du forum de la pensée contemporaine sur «l’Etat de droit et la prise de décision politique au Maghreb (1955-2005)» qu’organise la Fondation Témimi pour la recherche scientifique et l’information, depuis mardi, à Tunis, en collaboration avec la Fondation Konrad Adenauer, a braqué, hier, un coup de projecteur sur les dessous de la falsification des élections parlementaires de 1981 en Tunisie. De l’avis de nombreux historiens, les élections parlementaires pluralistes de 1981 ont révélé les limites de l’expérience démocratique tunisienne sous le règne de Bourguiba. Témoignant, hier, sur la tribune de la Fondation Témimi, M. Alaya Allani, professeur d’histoire contemporaine à l’Université de La Manouba et membre du Bureau politique du Mouvement des Démocrates Socialistes (MDS), a versé dans cette même optique. «La fraude électorale de 1981 a provoqué une des plus graves crises qui ont marqué l’histoire de la Tunisie indépendante. D’autant plus qu’elle a brisé les rêves des élites politiques démocratiques», a-t-il souligné. La première étincelle remonte, toutefois, à 1971 quand le Congrès du Parti Socialiste Destourien (PSD) a été marqué par l’apparition d’un courant libéral dont le chef de file était Ahmed Mestiri, membre du premier gouvernement tunisien après l’indépendance. Ce courant exigeait davantage d’«ouverture politique» parallèlement à l’action de modernisation de l’Etat. Mais la rupture entre Bourguiba et Mestiri n’a été totalement consommée que lors du Congrès du PSD tenu en 1974. L’une des recommandations de ce Congrès portait sur l’instauration de la présidence à vie. La situation s’est corsée davantage quand la recommandation controversée a abouti à la promulgation stipulant la présidence à vie en 1975. Pour Ahmed Mestiri et ses compagnons, c’était la goutte qui a fait déborder le vase. Du coup, ils ont commencé à publier des communiqués dans lesquels, ils ont appelé à l’instauration du multipartisme. Le communiqué le plus «audacieux» a été publié le 20 mars 1976. Plusieurs signataires de ce communiqué étaient membres du gouvernement de Bourguiba tels MM. Mahmoud Messaâdi, Béji Caïd Essebsi et Sadok Ben Jemaâ. * Divergences Entre-temps, le courant libéral du PSD a participé activement à la création, en 1977, du Conseil des libertés et de la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH). A l’issue d’une tumultueuse réunion tenue le 10 juin 1978, ce courant a décidé de créer un nouveau parti baptisé «Mouvement des Démocrates Socialistes». M. Allani a indiqué également que de nombreux événements ont contribué à l’instauration du multipartisme en 1981. Il s’agit essentiellement de l’«ouverture médiatique», consacrée par l’apparition de plusieurs journaux et l’adoption d’un ton plus «frondeur» par d’autres et des divergences sur l’ouverture politique au sein du PSD. Et c’est d’ailleurs cette effervescence qui a acculé Bourguiba à annoncer, dans son discours prononcé le 10 avril 1981, l’instauration du pluralisme. L’opposition et notamment le Mouvement des Démocrates Socialistes s’est très vite engouffré par la brèche. Ainsi, trois partis d’opposition (MDS, PCT, MUP) ont pu participer aux élections parlementaires anticipées de 1981. Toujours est-il que la campagne électorale a été marquée par de fortes pressions sur l’opposition. Le jour du scrutin, Wassila Bourguiba, Driss Guiga (ministre de l’Intérieur), M’haddeb Rouissi (gouverneur de Tunis) et Amor Chachia (directeur des institutions carcérales) ont été, selon les témoignages de plusieurs anciens ministres, les auteurs de la fraude électorale qui a tenu en haleine tout le pays. «Cette expérience douloureuse a montré que Bourguiba est devenu très influençable par des candidats à sa succession», conclut l’historien. Walid KHEFIFI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com