Les samedis musicaux : Petite musique de nuit





Samedi dernier. Le Club culturel Tahar Haddad à La Médina a été hautement rythmé. Avec de la bonne musique tirée du répertoire indélébile irakien. Mais aussi de la poésie et de l’improvisation à souhait. Et de l’humour en sus. Les mélomanes les plus exigeants n’ont pas manqué ce deuxième rendez-vous musical qui est en train de devenir une tradition au Club culturel de Tahar Haddad. Il faut dire que le premier samedi signé par Zied Gharsa a laissé bonne impression et le public en redemande. Le fait aussi d’inviter un groupe pour chanter de l’irakien n’est pas une mauvaise décision. Car on n’a pas souvent l’opportunité d’écouter un Nadhem al-Ghazali ou une Salima Mourad. L’idée donc était séduisante et la foule de répondre positivement. Le «takht» était composé de Mohamed Zaki Derwiche, de Ali Limam — tous deux Irakiens, résidant chez nous et enseignant la musique à Sousse —, Najoua Kraïem, une Tunisienne au qanûn, Imad Manaï au sistre et Mohamed Abdelmonêm aux percussions. La musique : après avoir écouté un prélude haut en notes, Mohamed Zaki Derwiche, entouré de son mini orchestre et jouant au Santour (une sorte de quanûn venant de la Perse et la Turquie antiques aux accents un peu hindous) nous a gratifiés d’un bouquet de compositions de musique et de chant du fameux «maqam al iraqi». Qui revient aux années 1920 - 1960 dans la Mésopotamie, une période marquée par une musique authentique qu’on retrouve chez les Salima Mourad, Zouhour Housseïn, Sadika Almalaya, Zakia Georges, Maida Nozhet et plus tard le célèbre Nadhem Ghazali. Avec «Hatha mou insaf menek», «Melyan qualbi haki», «Ya ânid ya yaba» et autres «qualbek sakhr jolmoud» et autres improvisations, le public a vécu des moments de pur tarab. Après chaque morceau chanté ou joué, il y a eu des intermèdes de poésie, très émouvants, à nous donner la chair de poule, nous rappelant la tragédie de l’Irak, de la souffrance et de l’héroïsme de son peuple. Mohamed Zaki Derwiche, avec verve et talent, n’a pas oublié de gratiner le concert avec de l’humour. Des anecdotes délicieusement racontées au gré de la soirée et conjuguées avec des morceaux légers, vifs et hauts en émotions. Le clou de ce samedi soir était Marwane Samer, une jeune star montante qui vit lui aussi dans nos murs. Avec sa voix un brin rauque, un brin grave et aiguë à la fois, il nous a interprété un lot de «mawawil», égrenant les chants comme on égrène un collier de perles. De «Anta al aziz» à «Hayyouli» en passant par «Ach elli sar». Sans oublier des «mawawil» ayant appartenu à Mohamed Qabanji. Lui aussi nous a offert quelques anecdotes au goût purement irakien ne manquant pas de poésie autour de l’amour, de l’amitié, de la nostalgie et l’éloignement. Nous avons apprécié. Nous avons applaudi et surtout nous n’avons pas regretté le déplacement. Nous devons tout de même remercier le nouveau directeur du Club, Hédi Mouhli pour cette initiative. Il compte multiplier les concerts de samedi. Sur son agenda, des rendez-vous notamment avec les Ben Aïcha, Bouâllègue et peut-être même Brahim Bahloul. En attendant, on se demande si avec le budget de dix mille dinars, le directeur peut s’en sortir. Il a mis la barre un peu haut. Et nous sommes encore au début de la saison. Sauf s’il a des promesses. Si c’est le cas, tant mieux. Nous allons être bien servis. Que veut alors le peuple de plus ? Zohra ABID _____________________________ Mémoire musicale irakienne Née à Bagdad en 1912, Salima Mourad ou Salima Bacha a été très tôt remarquée. De 1917 à 1960, elle était comme un emblème de musique et de chant. Devenue célèbre surtout à partir de 1936, date de la fondation de la Radio nationale irakienne. Avec la diva Oum Kalthoum, elle a eu plusieurs rencontres. En 1932 et lors de sa visite en Irak, Oum Kalthoum a voulu rendre hommage à ce pays qui l’a bien accueillie. Alors elle a interprété avec Salima Bacha «Qalbek Sakhr Joulmoud», une des chansons célèbres de l’Irakienne dans le monde arabe. Salima avait à l’époque des rôles dans le cinéma. Elle a incarné le rôle principal dans le film Alya et Issam. En 1952, elle épouse son cadet de 10 ans, Nadhem Al Ghazali, qui a beaucoup appris d’elle et du chant ancien. Après sa mort, son mari ne résista pas très longtemps et rendit l’âme 2 ans après. C’est-à-dire en 1962. Le répertoire de Salima Bacha est aujourd’hui gardé précieusement. Puisqu’il est considéré comme la mémoire musicale de l’Irak. Z.A.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com