«Les Poupées de sucre de Nabeul» : Le sucre, ce n’est pas du cinéma





Il est une coutume immuable du côté de Nabeul qui fait rassembler les membres de la famille autour d’un bon plat de couscous évasé et coloré accompagné de viande séchée, de fruits secs... et surmonté des fameuses et non moins mystérieuses poupées de sucre. L’occasion ? C’est l’arrivée du Nouvel An musulman et le cortège des rituels ancestraux qui ont amené Anis Lassoued à réaliser «Les poupées de sucre de Nabeul». Cette fois c’est du cinéma. Une aventure haletante a amené le réalisateur Anis Lassoued jusqu’en Sicile, là où il a découvert, surpris, que l’origine du rituel musulman, celui des poupées de sucre, puise ses origines dans une pratique païenne bien avant l’époque carthaginoise. Une longue et heureuse recherche lui amenant à traduire le sens de ce rituel dans un documentaire qui en 2004 reçoit la «Mention spéciale du jury» des JTC. L’idée lui est venue, en fait, lors d’une discussion avec un docteur en sociologie de la connaissance, chercheur à l’Université de Sousse, lui aussi natif de Nabeul. Ces jolies figurines de sucre fondu peuvent avoir la forme d’une poupée, d’un coq, d’un lionceau ou encore d’un cavalier avec lesquelles les parents gâtent leurs progénitures : Un petit péché sucré permis le jour du Nouvel An musulman, aux petits... et aux grands. «Ces figurines m’ont toujours fasciné et l’origine de cette tradition originale et quasi exclusive de la ville de Nabeul m’a toujours intrigué mais je n’ai jamais reçu de réponse satisfaisante à mes questions à ce sujet, il serait donc grand temps d’essayer d’élucider ce mystère, ne serait-ce qu’en partie» nous confie Anis Lassoued. Pour ce faire, le réalisateur fait appel à Taoufik Haouet en co-auteur du scénario en langue française et Mohamed Bouden, en arabe. La voix off est prêtée pour le commentaire français à Habib Belaïd et celui arabe à Adel Youssef. Un travail colossal qui n’aurait pas vu le jour sans les témoignages de plusieurs familles nabeuliennes dont celles portant les noms : Chelli, Gastli, Kort, Kouch, Lassoued, Haouet, Ben Othman, Ameur, Elfeleh et Saïd.. Avec la participation de l’Institut français de coopération IFC, le réalisateur s’est lancé à la quête d’éléments d’information sur l’origine de ces poupées de sucre, les procédures de leur fabrication et commercialisaiton. Le documentaire de 34 mn est émaillé de témoignages de Nabeuliens musulmans, chrétiens et juifs de la cité de Néapolis. On souligne ainsi les caractéristiques de la recette de cette friandise et du rituel qui accompagne la venue du Nouvel An. On en cite la scrutation du ciel crépusculaire pour le guet du lever de croissant de lune annonçant la naissance du Nouvel An musulman, ou encore celui du marquage à la chaux liquide la cour des maisons, prenant la forme d’un quadrillage impressionnant. On apprend que cela a une signification, qui dit que par là la maîtresse de la maison semble invoquer la clémence du ciel... L’échappée se fait belle à travers les arcanes de l’histoire d’une poupée ...qui se fait ici sucrée. Mona BEN GAMRA


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com