L’éducation répressive : Le bâton dans une «peau de carotte»





• Enquête réalisée par Abir Chemli-Oueslati Comment bien éduquer ses enfants? Les parents se retrouvent généralement devant un grand dilemme pour donner naissance à des enfants sains et capables de réussir. Les uns optent pour la liberté et le dialogue, les autres en revanche utilisent le châtiment et l’agressivité ... La violence verbale et gestuelle est-elle au “menu” éducatif? Quelles en sont les conséquences? Parents et enfants s’expriment sur le sujet. Tunis - Le Quotidien La tâche des parents serait tellement facilitée si l’on pouvait leur fournir toute une série de réponses concrètes à plusieurs questions se rapportant à l’éducation des enfants. Mais il n’y a pas de règles fixes. Les réponses dépendent de beaucoup d’éléments : les circonstances, les causes, le tempérament de l’enfant ... Les parents peuvent aussi se sentir tiraillés entre l’enseignement moderne basé essentiellement sur la liberté et les idées anciennes basées beaucoup plus sur la discipline. La nature a doté l’enfant d’un nombre d’instincts et de capacités. Elle l’a muni de la “charpente” sur laquelle viendront se modeler son intelligence et son comportement pour qu’il soit capable de survivre et de résoudre les problèmes et les difficultés de l’existence. Le devoir des parents est de faire en sorte que les capacités naturelles puissent se développer et croître efficacement. Mais ces capacités doivent être coordonnées et harmonisées pour donner le meilleur d’elles-mêmes. Comment-y parvenir? Certains disent qu’ils veulent élever leur enfant dans la liberté. D’autres déclarent qu’ils croient à la discipline. Les deux principes semblent incompatibles, or si l’on y réfléchit bien, on découvre que la discipline est nécessaire à la vraie liberté et vice versa. En général, c’est seulement dans la mesure où nous comprenons les lois de la nature et où nous lui “obéissons” que nous pouvons les mettre à profit. Ce principe est d’autant plus valable pour les relations sociales de l’enfant. S’il est gâté, indiscipliné et s’il veut imposer sa volonté et faire ce qui lui plaît, il ne réussira pas à vivre en société, il se retrouvera exilé, solitaire et isolé. S’il désire vivre en société, il doit être socialement discipliné. Trouver la juste mesure entre la liberté et la discipline, là est toute la question. Nombre de parents veulent mettre l’enfant sous leur férule. Il gaffe, on le frappe. Il faut qu’il se plie à l’ordre et qu’il ne se croit pas tout permis. Ce sont les parents qui font la loi, quitte à utiliser les corrections les plus sévères. Faten, 28 ans, fonctionnaire, rejoint cette idée. La jeune fille pense qu’une correction est nécessaire pour remettre un enfant à sa place. “Je ne peux pas concevoir qu’un père ou une mère puisse frapper son propre enfant avec violence. Partant de ce constat, des fessées, quelques coups sur les mains peuvent corriger le comportement de l’enfant jusqu’à l’âge de 10 ans. A l’âge de l’enfance, l’on est incapable parfois de comprendre nos erreurs si elles ne sont pas corrigées par un châtiment physique. Cela dit, les parents ne doivent pas frapper sans expliquer à l’enfant pourquoi il a mérité cette punition. Cela aurait un effet contraire ! Un petit qui ne comprend pas qu’il a commis une bêtise, ne comprendra pas pourquoi il a été frappé et il peut même concevoir cet acte de punition comme un acte tyrannique et finira par devenir rancunier et recommencera la même bêtise. Je dirais donc que je suis pour le fait de donner quelques claques, mais sans que cela ne dévie vers l’agression”, dit-elle. Sabrine, 18 ans, ne partage pas cet avis. Selon la jeune fille, toute agression ne peut que donner naissance à des répercussions négatives. “Les parents qui frappent leurs enfants croient à tort que c’est la meilleure manière de leur enseigner la discipline et la correction. C’est faux, c’est archi faux ! La brutalité et l’agressivité sont négatives et ne peuvent aucunement aboutir à des choses positives. D’ailleurs, lorsque ma mère me frappait, je sentais une sorte de haine à son égard et comme je suis incapable de répondre par le même comportement, je continuais à commettre les mêmes bêtises. Une façon pour me venger de son comportement agressif”, dit-elle. Dhikra, 16 ans, croit aussi que la violence ne peut pas donner des fruits. “J’ai reçu quelques coups de la part de ma mère lorsque j'étais enfant. Certes, lorsqu’elle me frappait pour une raison, je ne refaisais plus jamais la même bêtise. Toutefois au fond de moi, je me sentais réprimée, agressée et pas assez aimée. Cela n’a rien à avoir avec le niveau d’instruction. Ma mère est une femme instruite. Mais il suffit qu’elle soit sur ses nerfs et que par exemple je rate un examen pour qu’elle se mette à me frapper. Je trouve que ce genre de comportement ne peut que dégrader la relation entre parents et progéniture”, dit-elle. Khalil, 18 ans, pense autrement. Selon le jeune homme, l’agression rend l’enfant encore plus obstiné à commettre des bêtises. “Lorsque j'étais petit, ma mère me frappait pour un oui ou pour un non. Certes, je n’étais pas du genre sage, mais ces coups me rendaient encore plus obstiné à collectionner les bêtises. Je me suis habitué à ces claques et je me vengeais d’elle justement en recommençant à chaque fois la même bêtise”, dit-il. Slim 18 ans, pense que l’éducation ne peut pas être bonne si elle est basée sur la violence. “Les parents doivent nous faire comprendre la gravité de nos bêtises. Ils sont redevables de nous corriger, de nous encadrer et de nous orienter, mais ils n’ont pas le droit de nous ... battre! A moins qu’il ne s’agisse d’une très grave erreur, que nous soyons conscients de ce que nous faisons et que nous le faisons avec préméditation. Mais il faut que les coups et les claques restent le dernier recours, au cas où toutes les autres punitions n’aboutissent pas à un résultat”, dit-il. Yassine 16, ans, pense que les gifles, les claques et les coups font partie de l’éducation. “Ma mère me frappe et utilise la férule pour me remettre à l’ordre. Cela ne veut pas dire qu’elle ne m’aime pas, au contraire. Je suis certain qu’elle m’aime et qu’elle cherche mon bien. J’en suis conscient et c’est pour cette raison que je ne prends pas mal ses actes. Toutefois, il y a des coups et il y a des actes inhumains. Lorsque la correction devient féroce, là il y a vraiment un problème et c’est le parent qui a besoin d’aide et non pas son enfant”, dit-il. __________________________ Dr Imed Regaïeg (Psychiatre) : Il faut punir, être ferme et instaurer les lois sans faire usage du bras de fer Les psychologues restent partagés quant à la méthode idéale à adopter pour l’éducation des enfants. L’ancienne école demeure toutefois fidèle à l’importance du caractère social dont le projet éducatif qui vise à construire une société constituée d’individus équilibrés et sains. En revanche, la psychologie moderne est beaucoup plus sensible aux capacités de réception chez les enfants qui sont traités désormais cas par cas. Car chaque enfant a besoin d’un genre éducatif bien précis. Ces deux courants ne cachent pas toutefois certaines failles lesquelles constituent le talon d’Achille dont il est difficile de trouver des solutions définitives. A ce sujet, Dr Imed Regaïeg insiste sur le fait que toute approche en matière de l’éducation de l’enfant demeure relative. Il faut, selon notre psychologue, tirer les bons côtés de chaque méthode. «Frapper, en effet, l’enfant peut être bénéfique à condition qu’il soit conscient que cette solution est imposée par le soucis de son encadrement. Car il est inimaginable que des parents normalement conçus frappent leurs enfants sans que cela ne soit une preuve d’amour et de bienveillance. Toutefois, le rôle des parents est également de prévoir les dérives et veiller à la bonne conduite des enfants pour éviter de recourir aux méthodes extrêmes. L’on constate cependant, que la démission des parents est à l’origine des écarts de conduite de leurs progénitures. A mon sens, d’autres comportements pourraient constituer éventuellement un véritable danger sur l’équilibre des enfants comme le fait de les gâter ou de les laisser-faire sans aucun contrôle. Il faut que l’enfant apprenne à respecter les lois. Et c’est aux adultes d’instaurer ces lois, de se faire entendre. Les parents doivent jouer pleinement leur rôle et apprendre aux enfants de respecter les règles, les lois et la discipline sans pour autant faire usage d’une «main de fer». Car la violence ne peut pas être efficace. Il faut que les parents disent non lorsqu’il le faut et ne pas se montrer totalement complices avec leurs petits. Toutefois, un parent peut punir sans jamais frapper». A.C.O.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com