Journée de la santé de la reproduction : Les grossesses non désirées sous la loupe des spécialistes





Il n’est plus temps de cacher la vérité ou d’ignorer la réalité. Les jeunes qui ont une sexualité précoce sont exposés à plusieurs risques souvent très graves. Une information en santé de la reproduction et une culture sexuelle leur font défaut. La journée de la santé de la reproduction organisée hier par l’Association Tunisienne de la Santé de la Reproduction (ATSR) appelle à une prise de conscience générale. Tunis - Le Quotidien La santé de la reproduction notamment chez les jeunes est actuellement le cheval de bataille des différentes structures concernées. Prémunir les jeunes contre les différents fléaux qui les guettent en particulier pendant l’adolescence, c’est protéger la société de la plupart des maux qui la rongent. La neuvième journée de la santé de la reproduction qui s’est tenue hier à Tunis, a en effet, appelé les participants à relever ce défi et d’en faire une cause. Car, des jeunes, beaucoup de jeunes Tunisiens ignorent toujours les risques qui les menacent. Organisée par l’Association Tunisienne de la Santé de la Reproduction (ATSR) en collaboration avec le Bureau régional de la Fédération Internationale de la Planification Familiale (IPPF) pour le monde arabe, cette journée a choisi de mobiliser des spécialistes tunisiens autour de la contraception, les grossesses non désirées chez les adolescentes, les infections sexuellement transmissibles (IST) et le dépistage du cancer du col de l’utérus. * Grossesses non désirées Il est un fait aujourd’hui que la culture sexuelle et reproductive fait défaut à des jeunes qui ont une sexualité précoce et qui se marient tard. Pendant une quinzaine d’années d’activités sexuelles non protégées et totalement dans l’ignorance, seuls les dégâts et les accidents peuvent survenir. C’est ce qui explique que les grossesses non désirées soient encore répandues. Pourtant, elles sont pourvoyeuses de mortalité et de morbidité maternelles de par l’incapacité physique de ces adolescentes à assumer une grossesse ou un accouchement. Le comble c’est que ces grossesses souvent à risques peuvent engendrer la délinquance ou encore le suicide qui est fréquent dans le milieu jeune. Le docteur Moncef Ben Brahim, président de l’ATSR attire l’attention également sur le recours à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IGV) comme moyen de contraception. Nombreuses sont les jeunes filles qui considèrent l’IVG effectivement comme une solution contraceptive. Or, elle est plutôt l’échec de la contraception. Mais cet accès légal à l’IVG résout un problème d’une part et en complique un deuxième d’autre part puisque la contraception n’est toujours pas digérée par les jeunes. Ils s’adonnent certes à la sexualité, mais ils redoutent les moyens contraceptifs. Ils ne recourent qu’à la contraception d’urgence, la pilule du lendemain en l’occurrence : “l’utilisation d’un moyen contraceptif chez les jeunes varie selon le niveau d’instauration et l’accès aux services. D’autant que les rapports sont souvent occasionnels. C'est pourquoi on a introduit cette contraception d’urgence. Ce sont les pilules du lendemain qu’il faut prendre au maximum dans les soixante douze heures qui suivent le rapport présumé fécondant. Mais ce n’est pas pour autant un moyen de contraception. Ces pilules sont fortement dosées”, ajoute le président de l’ATSR. A ce niveau, le Dr. Ben Brahim pense qu’il est nécessaire en ce moment de faire une étude sur l’affluence des jeunes sur la contraception d’urgence. * Mortalité et morbidité Par ailleurs, la mortalité maternelle et infantile révèle un autre problème. Malgré la régression du nombre de ces morts, on constate que des accouchements se font encore en dehors des structures hospitalières. Ce point qui a été relevé par le rapport du Fonds des Nations Unies pour l’Aide aux Populations (FNUAP), montre que ces accouchements constituent un danger et pour la vie de la mère et pour celle de l’enfant. A l’heure actuelle, la Tunisie compte cinquante morts maternelles pour cent mille naissances vivantes. L’objectif est de faire baisser ce chiffre jusqu’à dix : “Ce sera grâce à l’accès aux services de la santé reproductive, aux consultations prénatales, à l’accouchement dans les structures hospitalières et à la prise en charge des grossesses à risque”, affirme le Dr Ben Brahim. Et de préciser qu’il faut surtout lutter contre les hémorragies obstétricales graves qui sont les grands responsables de cette mortalité. Ces différents drames qui ne cessent d’avoir lieu et de condamner la vie de centaines de jeunes peuvent être évités grâces à l’information. Le malheur des jeunes actuellement c’est leur ignorance. Beaucoup de parents n’avouent pas ou ne connaissent pas cette réalité qui est pourtant frappante et flagrante. Le Dr. Ben Brahim appelle à la sensibilisation et l’information des jeunes et des adolescents : “il faut changer de fusil d’épaule. Au lieu de créer un cadre, il faut plutôt créer un milieu “, précise-t-il. Il s’avère que les jeunes ne veulent avoir affaire ni à une sage femme ou un médecin public ni à un spécialiste de leur région de peur d’être dénoncés. Ils réclament leur désir de discuter à bâtons rompus sans qu’on les juge. D’où le lancement du projet de double protection c’est-à-dire contre la grossesse non désirée et contre les IST. Cette protection se fait dans les foyers universitaires par le biais de treize centres : “il faut consacrer la confidentialité et la convivialité”, souligne le président de l’ATSR. D’ailleurs, l’association est sur deux grands projets. Le premier est déjà fonctionnel. Ce sont deux centres d’information pour les jeunes par les TIC à Médenine et à Gabès. Quant au deuxième projet, il va démarrer prochainement. Il s’agit de deux centres modèles spécialisés dans l’information des non-voyants. Ils sont uniques et équipés par des moyens récents permettant ainsi à des jeunes d’accéder à l’information nécessaire notamment grâce à des manuels en Braille. Cela n’empêche que les jeunes eux-mêmes doivent prendre conscience de leur santé et de leur bien-être. C’est à eux de demander l’information et de se protéger des risques loin de l’hypocrisie qui est en train d’aveugler la plupart. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com