Attentat contre un mausolée chiîte, des mosquées sunnites attaquées : Vers une guerre confessionnelle en Irak





Malgré les appels au calme, l’Irak a plongé hier dans la "guerre des mosquées" après la destruction partielle d'un des lieux saints chiîtes à Samarra, au nord de Bagdad suivi de représailles contre des lieux de cultes sunnites à travers le pays. Le Quotidien-Agences Ces débordement ont eu lieu en dépit des appels au calme lancés par les autorités religieuses des deux communautés musulmanes et du gouvernement qui ont appelé à ne pas tomber dans le piège de la guerre civile. La partie droite du mausolée des imams Ali Al-Hadi et Hassan Al-Askari, chef d'œuvre architectural islamique vieux de 1.200 ans, situé au centre de Samarra, ville sunnite, a été ravagée par une double explosion. Le dôme en or a été détruit et le revêtement en mosaïque turquoise a été totalement soufflé. Lieu de pèlerinage, le mausolée abrite les tombes des deux derniers imams visibles des chiîtes duodécimains, Ali al-Hadi (827-868) et Hassan Al-Askari (845- 872). Selon un colonel des forces spéciales du ministère de l'Intérieur, "quatre hommes, le chef habillé en treillis de commando et trois autres vêtus de noir et masqués, sont entrés mardi soir dans le mausolée et ont ligoté les cinq policiers de faction". "Ils ont placé durant la nuit deux charges qui ont explosé peu avant 07H00 (04H00 GMT) avant de s'enfuir", a-t-il ajouté. Trois suspects ont été arrêtés, a affirmé un haut responsable du cabinet du Premier ministre, Ibrahim Jaafari. Dans la journée, en guise de représailles, une trentaine de mosquées sunnites ont été attaquées, certaines brûlées ou occupées, à travers le pays, selon des responsables politiques de cette communauté. Adnane Doulaimi, chef de liste du Front de la Concorde, qui compte 44 députés au Parlement a demandé au gouvernement d'imposer un "couvre-feu général jusqu'à ce que la situation se calme". "Qu'ont fait les sunnites pour que leurs mosquées soient attaquées? Il faut que le gouvernement et la Marjaiya (la plus haute référence religieuse chiîte) prennent position pour faire cesser ces actes", a-t-il dit. Pour sa part, Tarek al-Hachémi, chef du parti islamique a fait état de 29 attaques. "Notre parti dénonce ces agressions et nous demandons à la Marjaïya d'intervenir avant qu'il ne soit trop tard". Une source du ministère de l'Intérieur a indiqué que huit mosquées sunnites avaient été attaquées à l'arme automatique et une brûlée à Bagdad. Une permanence du Parti islamique (sunnite) a été incendiée dans le sud du Bagdad, a indiqué la police. * Appels au calme Par ailleurs, des manifestants ont saccagé la mosquée Abbassiyah dans la ville sainte chiîte de Kerbala, à 110 km au sud de Bagdad, alors qu'à Bassorah, à 550 km au sud de la capitale, des hommes armés ont tiré des rafales sur un lieu de culte sunnite. Lors d'une attaque d'un siège du Parti islamique une personne a été tuée et 14 autres blessées, selon des sources hospitalières sans qu'il soit possible de savoir s'il s'agit d'assaillants ou de gardes. Lors de ces manifestations six sunnites, dont trois imams, ont été tués. La plus haute autorité chiîte a aussitôt appelé au calme. "L'ayatollah Ali Sistani a édicté une série de recommandations dont l'interdiction de s'attaquer aux mosquées (...) et de protester par des moyens pacifiques". Le chef chiîte Moqtada Sadr a lancé un appel dans le même sens à ses partisans. Les dirigeants politiques ont également appelé au calme. Le chef de l'Etat Jalal Talabani a appelé "au sang froid et à l'unité pour mettre en échec les plans ignobles des takfiris" (extrémistes sunnites). Le Premier ministre Ibrahim Jaafari a annoncé un deuil national de trois jours et exhorté la population "à empêcher les terroristes de briser l'unité nationale". Le conseiller à la sécurité nationale, Mouaffak al-Roubaï, a vu pour sa part "la marque d'Al-Qaïda" dans l'attentat de Samarra, et estimé que les auteurs cherchaient à "provoquer une guerre civile". Il a exhorté les Irakiens, "sunnites et chiites, à ne pas se laisser entraîner par leurs passions". Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans les régions chiîtes. A Bagdad, ce sont les quartiers chiites de Sadr City et de Kazimiyah qui se sont enflammés tôt le matin, les muezzins des mosquées appelant la population à descendre dans la rue pour dénoncer "cet acte criminel". _____________________________ Condamnations La Maison Blanche a condamné hier l’attentat et a offert l’aide des Etats-Unis pour retrouver les coupables. «Les Etats-Unis condamnent cet acte lâche dans les termes les plus forts», a déclaré le porte parole de Président Bush. Auparavant,le roi Abdallah II de Jordanie a exprimé sa "colère" hier après l'attentat, a indiqué le palais royal.Cet attentat "vise à porter atteinte aux efforts déployés pour renforcer l'unité nationale" en Irak, a-t-il estimé. Londres a pour sa part condamné l’attentat qu’elle qualifie « d’acte criminel visant des Irakiens innocent. Dans les mêmes termes, la France a condamné "avec la plus grande fermeté" l'attentat et appelé les Irakiens à mettre un terme aux violences intercommunautaires pour "définir ensemble l'avenir de leur pays". "La République islamique d'Iran condamne fermement l'acte criminel, sauvage, anti-islamique et inhumain commis par les groupes terroristes", a par ailleurs déclaré le porte-parole du gouvernement Hamid Reza Assefi.Il a rejeté la responsabilité de "l'insécurité actuelle" en Irak sur "la présence des forces d'occupation", tout en jugeant que "l'acte inhumain a été perpétré afin d'inciter à des confrontations religieuses et de troubler l'unité irakienne". _____________________________ Bagdad : Quatre morts, dont deux policiers Le Quotidien-Agences Quatre Irakiens, dont deux policiers, ont été tués par des hommes armés qui ont ouvert le feu sur leur voiture dans la région de Baaqouba, au nord-est de Bagdad, a indiqué la police. Des hommes armés ont tiré sur le véhicule du juge Abdel Reda Hussein, officiant au tribunal de Baaqouba, le blessant légèrement et tuant deux de ses gardes du corps. Il s'agit de la deuxième attaque contre un magistrat dans cette région en 48 heures. Par ailleurs, deux frères, tous deux policiers, ont été tués par balle à Baaqouba. Ahmad Midjoual Abdallah travaillait à la direction de la police de la ville. Mohammad Midjoual Abadallah, lui, était employé au tribunal de Baaqouba. _____________________________ Près de cent morts dans les prisons américaines Le Quotidien-Agences Près de cent prisonniers sont morts dans les prisons américaines en Irak depuis août 2002, a affirmé l'organisation Human Rights First dans une émission de la chaîne de télévision britannique BBC. Parmi les 98 morts, 34 ont été ou sont supposés avoir été victimes d'un homicide, volontaire ou involontaire, selon ce groupe de juristes américains. Le dossier relève également 11 cas de décès suspects et entre 8 et 12 cas de prisonniers torturés à mort.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com