«Ahl Al-Hawa» : Investigation dans les arcanes du moi profond





La pièce de Abdelwahab Jomli «Ahl El Hawa» a réussi à tenir en haleine une assistance jeune et assez nombreuse, pendant une heure trente. La pièce parle de trois personnages : un psychiatre (Jamal Madani), doublé d’un «charlatan» qui croit avoir des pouvoirs surnaturels. Celui-ci vit en huis clos avec son unique patiente (Wajiha Jendoubi) sur laquelle il exerce une thérapie loufoque. Les personnages campés par Wajiha Jendoubi, Jamal Madani et Khaled Bouzidi sont en perpétuelle quête d’une vérité, d’un rêve... Ils nous donnent leur vision du monde à travers le regard du psychiatre, de sa secrétaire médicale, sa patiente bercée par le rêve de devenir une star de la chanson et d’un journaliste débutant qui aspire à interviewer le médecin, histoire de voler quelque gloire. La pièce commence par la sortie du personnage du médecin d’un endroit semblable à la fois à un œuf ou encore à une coupole de marabout. Le lieu qui peut être aussi le cabinet du médecin est le lieu où sont abrités les bribes d’espoirs des personnages, leurs rêves et leurs désillusions, etc. Les personnages évoluent en tenues de ville arborées de tabliers blancs immaculés. Une chose est sûre : c’est que tout amène à la confusion: le décor, le mode vestimentaire... La possibilité est ainsi donnée au spectateur de choisir une interprétation des faits. La pièce est écrite par Dhafer Néji qui se lance pour la première fois dans l’écriture théâtrale après s’être longtemps investi dans l’écriture romanesque et celle des scénarios télévisuels. Mais le texte n’aurait pu être transformé en texte théâtral sans la dramaturgie de Abdelwahab Jomli. Diplômé de 3ème cycle à l’ISAD, universitaire ayant sillonné plusieurs contrées du monde pour sa formation théâtrale (Avignon, Belgique...), Jomli possède aujourd’hui des connaissances encyclopédiques dans sa spécialité. Concernant le langage théâtral celui-ci nous parle dans une brève rencontre d’un «écrit qui n’est pas une illustration du texte ni une expérimentation sans fondement. C’est une forme d’investigation avec des outils propres au théâtre pour produire du sens». Et notre interlocuteur d’ajouter : «Cela repose aussi sur les comédiens qui à leur tour ont leur langage théâtral. Tout le reste n’est qu’esthétique». Côté parti-pris esthétique on peut remarquer que la pièce est construite dans un décor minimaliste : une table au centre de la scène qui se transforme à chaque fois selon les besoins du tableau. Concernant l’économie du décor, le metteur en scène nous répond : «C’est un choix esthétique. Le décor traditionnel illustre les lieux de l’action de manière réaliste ne peut traduire le langage esthétique moderne. Aujourd’hui, on joue sur l’illusion et la métaphore. Le dépouillement de la scène est fait dans l’optique de mettre l’artiste en tant que signe dans l’espace. La perception de l’artiste est plastique», conclut-il. Mona BEN GAMRA _______________________ «Espaces» en bref En deux ans, la société «Espaces» (Fadhaet) dirigée par Dhafer Naji et Wajiha Jendoubi a réussi à produire deux spectacles professionnels. «Délaissée» en 2004 et «Ahl El-Hawa» en 2005. A la session 2005 du Festival du Théâtre de Gafsa, cet dernier s’était vu décerner les prix de la meilleure mise en scène, du meilleur texte, de la meilleure interprétation féminine et masculine, ainsi que le prix du jury.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com