Grippe aviaire : Les rumeurs assomment les marchands de poulet





Pour relancer la consommation du poulet, la Chambre régionale des marchands de volailles au détail a organisé, hier, une séance de dégustation de poulet au marché central. La foule a investi les lieux pour manger les abats grillés et le poulet rôti. Tunis — Le Quotidien «On n’en peut plus ! Notre commerce s’écroule. La consommation est au point mort malgré la baisse du prix des volailles», crie Brahim Nefzaoui d’un air à la fois révolté et démoralisé par la succession des rumeurs infondées sur la grippe aviaire. Brahim Nefzaoui est le président de la Chambre régionale des marchands de volailles au détail. Il essaie de voir le bout du tunnel car la crise de la grippe aviaire persiste. Ce matin, il organise une séance de dégustation dans son magasin au marché central. Il est onze heures. Une foule se bouscule. Chacun tend sa main pour être servi. Beaucoup de fumée rend la respiration difficile. Mais personne ne s’y intéresse. On vient pour manger du poulet. Tant que c’est gratuit, pourquoi râter une occasion de déguster des abats grillés ou du poulet rôti : «y a pas un autre morceau de poulet gratuit pour qu’on en mange encore ?» demande une vieille femme pour la énième fois, un morceau de volaille à la main. Son safsari est attaché à sa taille. Son foulard est défait et elle s’essuie la bouche avec son autre main. * La foule... La plupart des gens qui mangent ce matin le poulet ne sont pas au courant de cette séance de dégustation. Ils sont en train de faire leurs courses ou de se promener au marché central et ils apprennent par hasard qu’ils peuvent casser la croûte avec de la volaille grillée et rôtie : «Je suis venue au marché pour faire mes courses. J’ai vu tout ce monde et j’ai compris qu’ils attendent leur tour pour goûter du poulet. Je me joins à eux», explique Fatma sur un ton d’étonnement. Elle tient un sachet et tente de résister à la bousculade. Son écharpe tombe quand même. Elle l’ignore et s’interroge : «est-ce qu’on peut maintenant acheter du poulet pour nos enfants ?». Après avoir terminé son assiette, Fatma s’éloigne sans s’arrêter devant les magasins de poulet. A l’intérieur de ce commerce qui organise la séance de dégustation, Brahim Nefzaoui s’évertue à transmettre son inquiétude quant à l’évolution de la crise : «beaucoup de restaurants auxquels on vendait du poulet n’achètent plus de volailles. La consommation a baissé au-delà de 50% depuis que les rumeurs sur la grippe aviaire ont éclaté», dénonce-t-il. Derrière lui, on aperçoit deux caisses en plastique sur lesquelles sont jetées une blouse sale et plein d’objets divers. Pour accéder ici, il faut passer sur des estrades en bois noircies par la crasse. Sous les présentoirs, un chat sort sa tête pour deviner ce qui se passe autour de lui. * Qu’est-ce qu’ils font? «La télévision s’occupe de Star Academy et des boîtes d’argent au lieu de nous aider à sortir de ce gouffre», s’insurge le président de la Chambre régionale. Il continue entre-temps d’inviter les gens à manger. Des hommes en blouses blanches tâchées remplissent les assiettes des clients. Le poulet rôti est préservé dans une bassine en plastique. Les abats sont épicés et conservés sur une table à côté d’une poubelle. Bientôt, ils sont tous grillés et prêts à être servis. «Qu’est-ce qu’ils font ?», s’étonne une femme : «On m’a déchiré mon sachet» se plaint un passant devant ce rassemblement à la limite d’une émeute : «va manger, tu es malade !», conseille une autre femme à sa copine. Tout cela se passe devant les yeux d’un policier qui remet de l’ordre dans la foule... Mais les gens ne bougent pas avant qu’ils ne soient servis. Dans cette aire du marché central, réservée aux commerçants de volailles, Najet attend de payer ses achats. Elle est devant un magasin de poulet : «Je n’ai jamais arrêté de manger du poulet. J’estime que je suis avertie et je ne vais pas me laisser influencer par les rumeurs», souligne-t-elle d’un air sûr et rassuré : «C’est une cliente fidèle !», renchérit le marchand avec un sourire. A ce moment, Hamadi, un passant, s’arrête et commence à donner son point de vue lorsqu’il entend Noureddine expliquer que «les Tunisiens tombent très souvent dans l’exagération» : «il s’agit d’un problème de communication. Il faut informer les consommateurs et éviter de donner des explications à dormir debout», estime Hamadi. Mais la solution, Ali Mlaouhi, Chef de laboratoire au ministère de l’Agriculture et des Ressources hydrauliques en a plusieurs : «des experts d’élevages devraient être chargés de vulgariser la question et la simplifier auprès des citoyens. En même temps, ce genre de campagnes doit être généralisé sur tous les marchés régionaux. Comme il faut penser à créer un budget spécial pour aider les petits agriculteurs et les revendeurs», propose Ali Mlaouhi. Malgré ces initiatives de relance du secteur des volailles, beaucoup de consommateurs campent sur leur boycottage et préfèrent éviter les risques. Les rumeurs font à chaque reprise tomber cet effort à l’eau au moment où le H5N1 n’a toujours pas été détecté en Tunisie. Maryem KADA


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com