Fethi Ben Zakour : “La vie rêvée des anges”





En collaboration avec l’Union des Artistes Plasticiens Tunisiens, le Centre culturel de la Ville de Tunis a organisé avant-hier à son siège à la Kasbah la énième rencontre avec des artistes chevronnés. Le maillon fort de ce mois est Fethi Ben Zakour. “L’univers des anges que crée Ben Zakour n’est pas facile à lire. Il est mystère et ressemble à cette cité peuplée par un essaim d’esprits volants. Ils sont des sujets qui n’appartiennent ni à un temps ni à un espace. Des personnages nés d’un imaginaire délirant voire étonnant à la folie et il est difficile de toucher même aux contours si fragiles et croustillants, des fils soyeux et tremblants formant une dialectique insaisissable et mouvementée dans tous les sens. Ces anges attirés par la lumière du ciel sont aussi magnétisés par la terre. Ils sont hors matière. Mais Fethi Ben Zakour leur a donné des couleurs, des parfums et des ailes pour voler…”, a notamment dit l’artiste Habib Bida dans sa présentation de son ami qu’il a connu et côtoyé de près depuis les années folles de la cité internationale des Arts de Paris. Ces mots si poétiques n’ont pas laissé l'heureux invité indifférent et l'assistance imperturbable. Et de réagir tour à tour. “En touchant à tous les supports, dit Ben Zakour, j’évite la lassitude qui habite chaque peintre. J’ai fait des mosaïques sur craft ou papier canson, des sanguines…”. C’est de cette façon que le peintre arrive à communiquer aux autres sa sensibilité et ses émois sans oublier les techniques variées qu’il utilise par période. A ses débuts, l’enfant de Tunis se voyait dans l’expressionnisme avec des portraits désolés, affligés, souffrants, suffocants… Puis de toucher aux autres tendances quand il découvre que “chez la femme, il y a quelque chose de noble qu’on ne trouve pas chez l’homme”. Puis de changer de registre et de butiner des fleurs et les mettre en bouquets. Des natures mortes expressives avec de la lumière et du verdoyant. Et de l’agrémenter accessoirement d’un objet de notre patrimoine pour créer son “sanctuaire” à la fois intimiste et expressionniste. Viennent ensuite ces bédouines non miséreuses mais richement parées de “holi” (bijoux berbères) comme si elles se préparaient à un jour de fête. Plus tard, suit la période des anges et de quête de la lumière à la manière du poète Chabbi ou Khalil Jabrane… Un univers qu’il tire avec bonheur des contes des Mille et une nuits. Dans son intervention, Mohamed ben Meftah a salué le “grand dessinateur mais aussi l’homme d’une rare loyauté”. Pour lui, ben Zakour est un artiste acharné et dans son œuvre une poésie fébrile et tendre qui ne laisse personne insensible. Quant à Zoubeïr Lasram, il n’a pas caché son enthousiasme d’évoquer une sorte d’anecdote à la fois douce et amère remontant aux années 1970 et qui a dessiné le devenir de l’étudiant dans le décor d’intérieur. “Nous étions à Paris à l’occasion d’un grand événement politico-culturel. Le journal Nouvelles littéraires a fait un Spécial Tunisie et a notamment glorifié la peinture du jeune étudiant. Une chose qui, par jalousie, a déplu aux aînés. Les “maîtres” de l’Ecole des Beaux-Arts n’ont pas hésité à lui mettre les bâtons dans les roues”, raconte l’artiste Lasram. Et d’ajouter: “Il n’a finalement pas eu son diplôme. Car il a quitté l’Ecole des Beaux-Arts et s’est consacré définitivement à la peinture”. Brahim Azzabi classe au final Ben Zakour dans la catégorie et la génération des Mlika, Ben Meftah et autres Ben Messaoûd et voit en lui le poète visionnaire avec ses anges. mais il regrette en même temps de voir notre peintre changer de mille et une couleurs et de ne pas se fixer sur un genre bien à lui, car cela ne sert pas à grand chose de “papillonner”. Et cela n’ajoute rien à la facture de l’œuvre zakourienne et de plus, il n’a pas à répondre aux divers goûts du public. Si, pour Bida, Zakour reste ce philosophe soufi à l’instar des frères Assafa’ ou de Ibn Arabi, il est pour Mourad Harbaoui le “maître du crayon, du fusain, de la sanguine. Il compose des visages et des atmosphères même sur du canson granulé et parfois coloré avec un pinceau libre et presque sec. Il trace et frotte et s’exprime et le résultat est là…”. Pour tous les présents, Ben Zakour a le mérite d’être le premier à utiliser le craft et le premier à créer des visages sans identité. “Ils peuvent être des Afghans comme des Indiens, des Grecs comme des Romains… Ils sont seulement des anges baignés dans une lumière intense et noyés dans des couleurs satinées dégageant beaucoup de poésie et sortent de l’ordinaire comme chez tout artiste créateur”, commente Sami Ben Ameur qui a présidé la rencontre comme à l’accoutumée. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com