La famille tunisienne : Grandes mutations, profonds bouleversements





Durant les dernières décennies, la société tunisienne a connu des mutations profondes. La famille aussi. L’entraide et la solidarité familiales se sont alors transformées mais n’ont pas disparu. La deuxième rencontre de la population et de la santé de la reproduction tenue récemment a porté sur ce thème. Tunis — Le Quotidien La deuxième rencontre de la population et de la santé de la reproduction qui s’est tenue récemment a ouvert le débat sur les dynamiques familiales et les solidarités intergénérationnelles. Il se trouve que l’institution de la famille est aujourd’hui sujette à plusieurs changements. Une décennie durant, la famille en Tunisie ou ailleurs dans le monde, bénéficie d’un intérêt tout à fait autre que celui qu'on lui portait auparavant. Il y va maintenant de sa capacité à offrir à ses membres la protection nécessaire face aux aléas économiques, à la précarité et au chômage et à l’aggravation des inégalités dans la répartition des revenus. C’est ce qui a été exposé par Dorra Mahfoudh, sociologue universitaire. * Mutations sociales Les mutations survenues dans la société tunisienne sont traitées par l’enquête tunisienne sur la santé de la famille dont les résultats ont été publiés en septembre 2002. Réalisé par l’Office National de la Famille et de la Population (ONFP) dans le cadre du Projet panarabe de la santé de la famille, cette enquête a consacré tout un chapitre aux mutations sociales. A cet effet, la majorité de la population tunisienne, qui était essentiellement rurale, il y a plus de quarante ans, vit aujourd’hui dans les zones urbaines. D’ailleurs, les ménages récents changent fréquemment de lieu de résidence. Car 74% d’entre eux habitent seuls, séparés de la grande famille. Quoique le ménage tunisien compte au début sur la famille pour lui assurer le logement avant d’aspirer à l’autonomie. Les résultats de cette enquête effectuée auprès d’un échantillon de femmes de 1960 à 2001 ont fait ressortir une régression du rôle de la grande famille et du pouvoir paternel. Cela s’illustre par l’augmentation constante du taux des mariages sans liens consanguins. Cette forme d’unions où la décision revenait le plus souvent à la famille, a perdu de sa superbe. Ce qui explique la nouvelle tendance qui fait que la génération de la décennie précédente s’affirme dans la prise de décision. Cette tendance s’étend sur les femmes également contrairement à ce qui prédominait avant les années soixante dix. * L’entraide se transforme Dorra Mahfoudh confirme cette mouvance sociale. Celle-ci a été dégagée des rares recherches disponibles sur la société tunisienne : «L’entraide familiale se transforme mais ne disparaît pas», relève la sociologue. De ce fait, la cohabitation est perçue de nos jours comme étant une nécessité subie et non pas choisie. Pourtant, elle a constitué la norme dans la société traditionnelle. La nouvelle perception donne lieu à des tensions voire des ruptures. C’est plutôt un provisoire qui aboutit à une décohabitation. La sociologue est formelle à ce sujet : «ce sont les jeunes (20-35 ans) qui ont plus besoin de la solidarité du groupe familial. Mais ce sont aussi ceux qui la refusent (...) on l’acceptent sans la reconnaître car la dépendance fait difficilement bon ménage avec aspiration à l’autonomie». Il est clair que la transformation de l’entraide familiale privilégie les intérêts financiers. C’est-à-dire que la dépendance, et son acceptation, sont dues à des raisons purement matérielles : «les jeunes, qui en raison des difficultés d’insertion sur le marché du travail, dépendent de la famille jusqu’à un âge avancé», conclut Dorra Mahfoudh. Maryem KADA ----------------------------------------------------------------------------- La femme a changé La société tunisienne a nettement changé entre les années soixante et 2000. En témoigne le comportement de la femme et sa façon de concevoir certaines attitudes. Concernant le divorce, il émane en 2001 d’une demande presque égale entre l’homme et la femme toutes formes de séparations confondues. Ce qui n’était pas le cas au début des quatre dernières décennies. A cette époque, une bonne occasion de mariage ne se ratait pas. D’autant que l’école n’était pas évidente pour le sexe féminin. A partir des années 2000, les femmes analphabètes et instruites rêvent de voir la jeune fille atteindre un haut niveau d’instruction et lui conseillent de continuer les études même si l’occasion d’un bon mariage se présente. Presque la moitié des femmes de cet échantillon ne s’opposent plus à la sortie de la fille en compagnie des garçons. C’est valable au sujet du voyage de la fille célibataire toute seule. Néanmoins, les femmes, évaluant leur situation, pensent encore que les stériles ont une valeur sociale moins importante que celles fécondes. Ce jugement de valeur demeure le même d’une génération à une autre. Cependant, 45% de ces femmes pensent que leurs rapports avec leur mari sont meilleurs que ceux vécus par leurs aînés. M.K.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com