Cinéma : Tunisie d’hier et d’aujourd’hui, Tunisie de la tolérance





Le Centre Culturel International de Hammamet a abrité samedi dernier la projection de trois courts-métrages documentaires du réalisateur tunisien Taïeb Jellouli «Chrétiens en Tunisie», «Tunisie fille du siècle» et «Khemaïes», ont plongé les cinéphiles, dans le passé nostalgique, le dialogue, la tolérance et les mœurs de la société tunisienne. Programmée en marge de l’atelier «Workcenter of Jerzy Grotowski», qui se tient actuellement dans ce centre, cette séance a été une occasion pour les cinéphiles de redécouvrir la Tunisie d’antan, l’esprit du dialogue et de tolérance qui y prévalait, entre la communauté chrétienne et les Tunisiens autochtones. «Tunisie, fille du siècle», titre du premier court-métrage projeté, a embarqué les cinéphiles dans les spécificités du décor urbain, l’architecture des maisons coloniales du début du XXème siècle, et l’ambiance qui y régnait. Le scénario de ce court métrage est percutant. Il met en relief deux phénomènes nouveaux qui ont vu le jour en Tunisie, sous l’ère coloniale. Il s’agit du cinéma et «l’Art nouveau» dans ses multiples facettes. Ces deux éléments ont des aspirations communes : l’image et le mouvement. Le rythme du changement des mœurs a été accéléré par le cinéma, tandis que le mode de vie et le décor dans les foyers ont connu des transformations avec l’instauration d’une architecture urbaine nouvelle et des maisons d’un décor nouveau. Mais une question s’impose : pourquoi un documentaire sur cette architecture coloniale et le décor dans les foyers ? La question est d’une importance capitale. En effet, Tunis, comme les autres capitales du monde, a été séduite par cet art en mouvement au début du XXème siècle. Quelques maisons gardent encore le cachet de cette ancienne architecture. Conscient de l’importance de ce patrimoine architectural, le jeune Férid, en fin dessinateur, et étudiant de son état, préparant une thèse, a tenté de mener une enquête sur les vieilles maisons disposant de ce cachet. Dans son enquête, il arrive à retracer l’histoire de cette architecture et tente d’établir un parallélisme entre celle-ci et le décor des maisons comme à Bruxelles, Barcelone. Grâce au concours de Salvatore, un vieux Italien, il réussit aussi à décrypter l’ambiance qui prévalait dans ces maisons somptueusement décorées. * Dialogue et tolérance Dans un autre style cinématographique, beaucoup plus nuancé, mais basé sur la technique d’interviews et de reportages, sur le terrain, Taïeb Jellouli, a embarqué les cinéphiles dans une ambiance de dialogue et de tolérance, entre la communauté chrétienne et les musulmans à travers son film : «Chrétiens en Tunisie». Le réalisateur a démontré à travers ce court-métrage que les rapports entre l’Islam et le christianisme se sont souvent traduits de par le passé par des conflits armés. Une des caractéristiques principales de cette hostilité était l’ignorance de l’autre. Pour éclaircir cette hypothèse, le réalisateur a préféré choisir l’exemple des chrétiens en Tunisie. L’idée a germé, chez Taïeb Jellouli, après le massacre des sept frères trappistes en Algérie, en 1996. Partant de ce constat, il a pris l’initiative de réaliser ce documentaire, en s’appuyant sur l’interrogation suivante : «Ne dit-on pas en arabe que l’on est l’ennemi de celui qu’on ignore ?». L’idée à laquelle est arrivé le réalisateur est que les musulmans en Tunisie connaissent bien les chrétiens. Raison pour laquelle, ils sont devenus tolérants vis-à-vis de cette communauté. Le but du réalisateur à travers ce documentaire est de faire décrypter aux Tunisiens et à toutes les personnes obnubilées par la cohabitation et le dialogue, entre les communautés musulmanes et chrétiennes, que seule la connaissance de l’autre permet de cultiver la tolérance, la cohabitation durant une période où le choc des religions bat son plein et où l’affaire des caricatures controversées du Prophète Mohammed est sous les feux de rampe de l’actualité. Etoffé par des témoignages, ce documentaire est, en quelque sorte, une rétrospective basée sur des interviews des personnes qui ont vécu en parfaite harmonie avec d’autres, d’une autre confession. * Khemaïs, l’amoureux virtuel A travers «Khemaïs», un court-métrage d’un genre particulier, réalisé en 2005, Taïeb Jellouli a tenté de reconstituer une vie affectueuse en s’appuyant sur la passion pour les oiseaux. Volet d’une culture populaire très diffusée dans les villes, la passion pour les oiseaux a inspiré le réalisateur qui, dans le magasin d’un bouquiniste, a reconstruit, parallèlement à cette passion, une vie amoureuse virtuelle entre Shangar, dit Khemaïs et une autre fille tous deux férus d’oiseaux. Comme son plus beau chardonneret, attaqué par un chat qui prend son envol, et qui disparaît, l’amour de Shangar disparaît à son tour. Peiné, il part à la recherche de cet oiseau, qu’il ne trouvera pas. Mais il a jugé opportun de rependre sa vie, non sans tristesse. Une autre ambiguïté est de retour car l’oiseau réapparaît. A travers Khemaïs, le réalisateur a fait plonger l’assistance dans les transformations sociales et leurs répercussions sur les relations entre les personnes amoureuses. Ousmane WAGUE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com