Mongi Braham (Gérant du groupe «Le Cavalier») : «Tout le monde doit être conscient de la crise du textile»





Un des premiers exportateurs du textile tunisien, M. Mongi Braham analyse au Quotidien les vrais maux du secteur, avec un regard un peu plus pessimiste. D’abord comment évaluez-vous les résultats de la première année du Plan National Textile? Cette première année du PNT a été dans l’ensemble positive et satisfaisante. Ses résultats montrent, bel et bien, que le textile tunisien a pu résister dans des circonstances internationales difficiles. Cependant, je pense qu’il existe encore certaines défaillances, qui pourraient créer des problèmes plus graves dans l’avenir, notamment concernant la sensibilisation des différents intervenants dans le secteur. Je crois, en effet, que les patrons sont en train de subir, à eux seuls, les conséquences lourdes de cette conjoncture difficile. Pouvez-vous nous expliquer plus clairement? Actuellement, on sent une certaine négligence du personnel de plusieurs entreprises tunisiennes du secteur qui semble inconscient de la gravité de la situation. En effet, notre personnel ne cesse de demander, à travers l’UGTT, une augmentation des salaires, alors que la rentabilité est peu satisfaisante avec un taux d’absentéisme trop élevé. Ce dernier nuit beaucoup à l’industrie du textile tunisien puisqu’il est à l’origine des retards de la livraison des commandes et par la suite la perte des parts de marché. Outre l’absentéisme, notre personnel manque d’un encadrement, et de qualification. La main-d’œuvre du textile est composée en majorité de la gente féminine qui, dans la plupart des cas, n’essaient pas de se développer et s’adapter avec les nouvelles technologies de cette industrie. Nous sommes en pleine crise, aujourd’hui, et il faut que tout le monde soit conscient de la gravité de la situation, et faire de son mieux pour la dépasser. Si on a bien compris, vous pensez que la main-d’œuvre, considérée toujours comme un point fort du textile tunisien, est devenue aujourd’hui un de ses points faibles? Tout à fait. Le textile tunisien dispose de peu d’atouts par rapport à ses concurrents. Il s’agit surtout de la position géographique de la Tunisie très proche de l’Europe, un savoir-faire important et une main-d’œuvre moins chères que les concurrents. En l’absence de l'un de ces atouts, le textile tunisien ne pourrait plus avancer et résister face à la concurrence. A vrai dire, si notre main-d’œuvre devient plus chère et moins rentable que nos concurrents, l’industrie du textile tunisien sera handicapée, d’autant plus qu’elle souffre également d’autres problèmes, notamment, la faiblesse voire l’absence du taux d’intégration. L’année 2005 a été marquée par certaines fermetures restées, généralement, limitées à des petites entreprises, mais plus récemment, on a enregistré la fermeture de certaines usines de grande taille à l’instar des jeans «Nous-mêmes». Comment expliquez-vous ce fait ? Et bien c’est tout fait normal. Avec des charges qui ne cessent de s’alourdir, je pense qu’on ne pourrait pas résister pour plus longtemps. Je suis certain qu’il y aura plusieurs autres fermetures au cours de cette année et les années prochaines. N’êtes-vous pas là trop pessimiste? Oui, mais c’est la réalité. Je crois que j’ai tout de même, acquis une certaine expérience qui me permet d’évaluer la gravité de la situation. D’ailleurs, c’est pour ça que j’ai dit que nous sommes en pleine crise et que tout le monde doit être conscient de cette réalité difficile. Comment voyez-vous les perspectives du textile au cours de cette année? Je pense que l’année 2006 serait difficile. On a très mal commencé cette année, avec un retard de deux mois. Je souhaite qu’on réussisse à s’en sortir, tel était le cas l’année dernière quand on a pu récupérer le retard enregistré à son début, et atteindre des résultats fort remarquables. Propos recueillis par Mohamed ZGHAL


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com