Harbaoui et les autres : Les couleurs du désir





Des ocres, des rouges, des verts, des bleus, des ombres et des lumières pour chanter la vie dans de l’abstrait le plus figuratif et le figuratif le plus abstrait. Et sans écorcher aucune des expressions. Ca se passe chez Harbaoui et compagnie. Elles sont quatre à nous inviter dans leur univers plastique à la galerie Caliga d’El Menzah du 17 au 31 mars. Les Malika Manaï-Ghozzi (l’aînée), Houda Lajili, Pascale Philippon et Ouiem Karray ont préféré être côte-à-côte avec leur «parrain» spirituel, Mourad Harbaoui, un des représentants de la jeune peinture tunisienne. Si Melika Manaï-Ghozzi, une autodidacte qui affectionne le dessin depuis sa tendre enfance, se plaît dans le figuratif, l’abstrait et toute autre technique pour nous raconter la mémoire dans un café chantant, dans un souk de la ville des Aghlabides ou encore à partir des atmosphères jazzy tout en folie et en arrosant le tout avec du parfum floral, dédié aux A. Farhat et J. Lellouche, Pascale Philippon prend autre support et sa matière est une couleur. «Pour travailler sur ces masses humaines, je n’ai dans mes affaires que trois tubes de couleurs chaudes, je les mélange selon mon humeur pour tirer ce qui me va le mieux, afin de m’exprimer à l’aise», nous a dit l’architecte marseillaise, diplômée de l’Ecole française de dessin d’art et d’ameublement. Vous résidez à Tunis? «Oui, je suis avec mon mari, qui est historien et travaille au sein de l’IRMC de l’Institut français de coopération», nous a répondu Pascale avec un petit sourire. Elle nous a paru heureuse dans les couleurs de la Tunisie et elle persiste et signe ses deux tableaux. Mais pas avec du blanc ou du noir. Même pas l’odeur d’une pointe fine. Mais la sensualité, elle est à souhait et ça dépasse tous les pourtours. La jeune maîtrisarde de la session 2005 de l’Ecole des Beaux-Arts, Ouiem Karray qui ambitionne l’ouverture d’une école, comme Founoun où elle donne avec bonheur des cours de dessin, participe avec «La Foule» et «Nature morte», qui sont à croquer. Un brin de Matisse, un brin de Picasso croisés avec l’esprit de Hédi Turki. Le tout balayé avec son être qui se repose sur les couleurs de la terre entrecoupées par un orangé fauviste et entrebâillées d’une lumière intense. Quand on s’éloigne un petit peu des cinq tableaux de la Beaux-ariste Houda Lajili, on est épris et pris en otage par l’ambiance de l’installation théâtrale. Qui se compose et se décompose au gré des lumières, et les couleurs de cabotiner entre l’agressif, le trouble, l’étonnant pour ne pas sombrer. Une sorte de fuite en avant et une plongée recherchée dans les profondeurs de la nature morte. «J’ai voulu être cette fois-ci en harmonie avec l’exposition des filles (toutes confirmées). Les sujets sont variés. C’est pour me reposer un petit peu de l’abstrait», nous a expliqué Mourad Harbaoui. Dans ses seize toiles (nature morte, jeux d’ombre, fête, portrait...), il y a une sorte d’un tumulte heureux dans des couleurs qui tirent vers l’impressionnisme. Nous retrouvons le vrai Harbaoui même pendant sa courte sieste. Avec des couleurs vives et regorgées de sensualité, le jeu d’ombre et de lumière prend de l’ampleur et la scène offerte de devenir de plus en plus animée. Et le délire «audacieux» s’incruste au final et après une longue poursuite acharnée sur un fond de vérité, ou d’un réel ne manquant pas de sincérité voire de générosité. Ainsi sont faits les tableaux des cinq artistes. Avec une symphonie débordante de partout et les couleurs bavent avec jubilation sur les côtés vers un infini, vers un inconnu. Des œuvres «follement» peuplées qui nous touchent par des rythmes et des couleurs constantes et qui nous demandent avec insistance de les «domestiquer». Une chose est faite. Nous sommes sous le charme de la musicalité devant la rage et le vouloir de la création ou de la re-création du monde. Pour saisir l’insaisissable désir. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com