«L’histoire du tigre» : Du pur art…





Il a tiré son épingle du jeu, Anthony Magnier, lui qui s’est prêté à un soliloque truffé de scènes saugrenues, rayées de comédie. C’était avant-hier à l’espace le 4ème art qui a abrité l’une de ces pièces de la Comedia del’Arte. Il n’était pas donné, en fait, de tenir en haleine un public avisé pendant quasiment une heure. C’était le cas de l’invité de l’Institut français de coopération et du Théâtre national tunisien qui a présenté une pièce inspirée de l’œuvre de Dario Fo, prix Nobel de littérature, portant le même titre «L’histoire du tigre». Tout tournait autour d’une histoire loufoque, celle d’un homme qui tisse une relation amicale avec une tigresse. La pièce, a priori comique, renoue en filirane avec une histoire vraie tragique, celle de la marche chinoise de l’armée de Mao fuyant l’arrogance de Tchang Kaï - Check, dans les années 30. C’est ce qui a été exprimé en avant-goût du spectacle par Anthony Magnier, le comédien, lui-même adaptateur et metteur en scène de la pièce. L’artiste s’est mis à épancher son fiel en un monologue mesuré, pour représenter une page de l’histoire et par là-même pour évoquer les travers, les ridicules du comportement humain. Il en ressort aussi une leçon de stoïcisme, celle d’un soldat de la 4ème armée de Mao qui reçoit une balle dans la jambe occasionnant une gangrène insidieuse. Un camarade lui propose d’abréger ses souffrances et de lui mettre une balle dans la tête. Celui-ci refuse et se livre à lui-même dans la nature sauvage de l’Himalaya. L’arrivée d’un ouragon l’amène jusqu’à une grotte qui s’avère la tanière d’une tigresse et de son petit. Pleine de rebondissement, le reste de l’histoire nous parle de la tigresse qui allaite et soigne le soldat. Lui en contrepartie lui fait goûter la viande épicée... Seul le mime et la parole dépourvus d’accessoires, de décors, voire même de jeux de lumière ont pu embarquer le public dans l’aventure et surtout d’en rire. Normal, Anthony Magnier est un spécialiste de la Comedia del’Arte qui, à un certain moment de l’histoire, est venue répondre à la souffrance humaine par le théâtre critique et hilare. Du pur art. Mona BEN GAMRA __________________________ Dario Fo en bref Enfant terrible du théâtre, mélange de Coluche et de Grotowsky, l’incontournable Dario Fo est l’auteur le plus vivant et le plus pertinent de ce siècle. Censuré en Italie, indépendant, anticonformiste, son sens civique et sa soif de vérité l’entraînent dans d’innombrables procès contre l’Etat, la police, la censure, la télévision, voire le Vatican, suite à des spectacles comme «Faut pas payer», «Mystero Bouffo», «Mort accidentelle d’un anarchiste»... En 1997, Fo obtient le prix Nobel de littérature, pour avoir, «dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé les pouvoirs et restauré la dignité des humiliés». C’est la première fois qu’un homme de théâtre acteur-auteur-metteur en scène reçoit une telle distinction.


Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com