«L’image révélée : Orientalisme – Art contemporain» Regards croisés sur le passé présent





En partenariat avec la mairie de Tunis, l’Institut français de coopération (IFC) estampille de son empreinte la rentrée artistique 2006 - 2007 et propose l'Image révélée, une exposition tunisienne de photographies qu’abritera le Palais Kheireddine dans la Médina du 20 septembre au 4 octobre, où l’image suscite un réel débat. L’idée était tout d’abord d’aller fouiner de chez les privés (comme Iadh Bahi, Samama Chikli et autres...) des collections de photos et clichés datant depuis l’orée du siècle écoulé. Et bien sûr quand on évoque cette période, on revient aux premières photos prises par les Frères Lumière sur la Tunisie de la fin du 19ème siècle. Quelque trente années plus tard, il y a eu d’autres photographes ayant trouvé un réel plaisir pour nous laisser des traces. Mais des traces empreintes de préjugés, peut-être même d’une certaine idéologie de domination. Le cas par exemple de Rudolf Lehnert qui a découvert la Tunisie du début du 20ème siècle avec son compagnon de route Ernst Landrock en est l’exemple vivant du regard de l'autre sur nous. Nous en tant qu’objet et non sujet. Un regard qu’on qualifie d’Orientaliste. Les photos de l’un et de l’autre prises pendant la colonisation répondent donc à leur propre logique et qui agitent des fantasmes où il y a la propre identité de l’homme blanc qu’il révèle à partir des images réalisées sur des portraits des gens du sud dégageant la soumission et la dépendance. Notre Orient dans l’art orientaliste n’est finalement que le reflet de l’Occident. Par là, il met en valeur, suggère et exprime une véritable domination. Ici, l’Orient est un objet de désir, de curiosité, enveloppé de poésie, de simplicité et d’élégance au naturel, mais quelque part on sent un certain malaise qui s’installe dans les ombres et lumières de l’image et l’aventure coloniale de s’exhiber au grand jour avec tous les symboles. D’où cette vision exogène de notre Tunisie et du Sud en général et de tous les Sudistes peuplant cette région lors d’une époque noire due au déclic de la révolution industrielle et des relations Nord/Sud. A l’inverse, d’où l’intérêt de cette exposition automnale, le Musée Kheireddine va abriter outre la collection des Lehnert et Landrock, l’œuvre d’artistes contemporains, nés soixante-dix ans et plus après la réalisation des œuvres de ces deux photographes orientalistes. Au total, onze artistes du Sud nous donneront à voir leurs travaux au premier étage de cette belle bâtisse incrustée au cœur de la vieille ville. Six tunisiens (Nicène Kossentini, Jellel Gasteli, Meriem Bouderbala, Dalel Tangour, Meriem Jegham, Mouna Karray) et cinq autres originaires du monde arabe (Algérie, Egypte, Maroc) vont nous donner autre chose à voir qui diffère des deux photographes européens cités ci-dessus. Tous sont partis de cette expérience de représentation de l’autre pour développer une autre expérience de soi. Ils présentent des travaux à base de photographie, installation et vidéo. Et «expriment leurs angoisses et leurs questionnements face à un monde dans lequel il ne leur est pas toujours donné d’être entendus comme ils le souhaiteraient, victimes expiatoires d’une époque qui néglige l’individu au profit de la masse. Un monde globalisé dans lequel nous devrions tous nous conformer à la dictature d’une image unique qui serait sensée les renfermer toutes...», lit-on dans le texte de Simon Njami, commissaire de l’exposition avec Meriem Bouderbala et Alain Fleig. Ces jeunes photographes du sud essaient de se représenter eux-mêmes et d’exprimer leur identité avec intériorité, donc au regard exogène des photographes du Nord en opposant une autre regard endogène. A travers cette démarche, l’Orient n’est plus un objet mais un sujet autonome, indépendant, dynamique et qui s’exprime avec ses propres signes. L’exposition sera couronnée par des journées de réflexion sur le thème «Image et Identité» animées par les trois commissaires, des chercheurs, des sociologues, des psychanalystes, des esthètes. Plusieurs thèmes seront donc traités en profondeur sur l’individu, la société et la construction de l’identité. Ces rencontres auront lieu du 2 au 4 octobre à El Teatro des Jebali à El Mechtel. L’événement est de taille et à ne pas louper. Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com