Nucléaire iranien : Chirac prend Washington à contre-pied





Le Quotidien-Agences Chirac a demandé aux Six à la fois de renoncer "à saisir le Conseil de sécurité" en vue de sanctions et d'accepter que l'Iran ne renonce que "pendant la durée de la négociation" à l'enrichissement de l'uranium. C'est la première fois qu'un dirigeant européen signifie clairement que la suspension de l'enrichissement de l'uranium n'est plus un "préalable" à l'ouverture de négociations sur le nucléaire iranien. La Maison-Blanche avait de nouveau conditionné jeudi des négociations avec l'Iran à une suspension préalable des activités d'enrichissement. La France, engagée coté européen avec la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour tenter d'empêcher l'Iran d'obtenir l'arme nucléaire, propose désormais que la suspension intervienne "pendant" et non pas "avant" ces négociations et n'exige plus que cette suspension soit "permanente". Le président français estime en outre que la levée de la menace de sanctions est indispensable si l'on veut instaurer un climat de confiance propice à la négociation. "Nous devons d'abord trouver un ordre du jour de la négociation, puis engager une négociation et, pendant cette négociation, je suggère que, d'une part, les Six renoncent à saisir le Conseil de sécurité et que l'Iran renonce pendant la durée de la négociation à l'enrichissement de l'uranium", a dit le chef de l'Etat. Les Six qui mènent les discussions avec Téhéran sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l'Onu et l'Allemagne. "On est en train de vivre un tournant", estime Frédéric Tellier, chercheur et spécialiste de l'Iran. "C'est la recherche de la sortie de crise, sachant que le régime islamique a plusieurs coups d'avance et que sa stratégie s'est révélée payante", ajoute-t-il. Chirac, qui s'exprimait avant de se rendre à New York pour l'Assemblée générale des Nations unies, a assuré que l'on pouvait "trouver des solutions par le dialogue" et qu'il n'était "pas pessimiste" sur ce dossier. * Divergence La politique nucléaire de l'Iran sera au centre de multiples entretiens cette semaine à New York en marge de la réunion de l'Onu, pour obtenir un arrêt de l'enrichissement d'uranium iranien ou, à défaut, trouver un consensus sur d'éventuelles sanctions. Mais les approches divergent au sein des Six. Les Etats-Unis réclament des sanctions, et n'ont jamais exclu une action militaire, tandis que la Chine et la Russie, qui ont d'importants intérêts économiques en Iran, y sont hostiles. Les Européens, à mi-chemin entre ces deux positions, prônent le dialogue et sont inquiets face à la perspective d'une escalade. Chirac a d'ailleurs dit qu'il n'avait "jamais observé que les sanctions étaient très efficaces" et qu'en tout état de cause "rien ne vaut le dialogue". "Les Européens sont en train de considérer que Téhéran a finalement gagné son pari nucléaire et que le programme iranien est en train de devenir irréversible en l'absence de solution miracle et de vraie détermination américaine sur ce dossier", selon Frédéric Tellier. Interrogé sur la possibilité d'une rencontre avec Mahmoud Ahmadinejad,Chirac a répondu que "les conditions n'étaient pas remplies, compte tenu des propos du président iranien à l'égard d'un pays de la région (Israël, ndlr), pour un dialogue personnel". Ce dernier a prôné à plusieurs reprises la destruction d'Israël. * L'Iran veut négocier Les propos de Chirac interviennent alors qu'à Téharan on affirmait hier qu'on était prêt à discuter de toutes les questions concernant son programme nucléaire mais n'acceptera pas la condition préalable d'une suspension de l'enrichissement d'uranium. "Nous pouvons faire avancer toutes les questions durant les négociations, dans un cadre logique et sur la base des principes internationaux. Rien n'est insoluble (...) Mais lorsqu'il y a des menaces et des demandes d'engagement, lorsqu'il y a des pré-conditions, cela fait sortir (les négociations) de leur cour" normal, a déclaré Gholam-Hossein Elham, porte-parole du gouvernement iranien lors de son point de presse hebdomadaire. "C'est la voie que nous avons proposée et que nous suivons. Tout est discutable dans les négociations (...) il n'y a aucune limite", a-t-il ajouté. Interrogé sur des informations de presse selon lesquelles l'Iran serait prêt à accepter une suspension de deux mois, Elham a affirmé : "C'est une mauvaise interprétation. Aucune décision n'a pas été prise. Les négociations continuent". ________________________ ElBaradei espère l'ouverture de négociations Le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) Mohammed ElBaradei a déclaré hier qu'il espérait toujours l'ouverture de négociations entre Iran et l'Union européenne pour résoudre le différend sur les activités nucléaires iraniennes. "J'espère toujours que par l'ouverture du dialogue entre l'Iran et ses partenaires européens on créera les conditions pour engager une négociation qui n'a que trop tardé", a déclaré ElBaradei à Vienne à propos du conflit sur l'enrichissement de l'uranium entre l'Iran et la communauté internationale. Il s'adressait aux délégués de 140 Etats à l'ouverture de l'assemblée générale annuelle de plusieurs jours de l'AIEA. Lors de cette assemblée annuelle, il sera également question du nucléaire en Israël et d'une "banque du combustible nucléaire" civil, avec soutien russo-américain, pour éviter que de nombreux pays n'enrichissent eux-mêmes l'uranium. ________________________ L'Iran a créé “l'arme navale la plus moderne" Les spécialistes de l'industrie iranienne de l'armement ont créé "l'arme navale la plus moderne", a annoncé l'amiral Sajad Kucheki, commandant de la Marine iranienne. "Le canon, baptisé Fajr, est composé de 25.000 pièces environ. Il a été créé par les spécialistes de plus de cent entreprises de l'industrie de la défense et centres de recherches", a annoncé l'agence Fars, citant l'amiral iranien. D'après Sajad Kucheki, "l'Iran est le troisième pays du monde, après les Etats-Unis et l'Italie, à avoir créé une arme navale de cette classe". Le supercanon de 76 mm est capable d'atteindre différents objectifs en mer et dans l'air. Selon le commandant de la Marine iranienne, la nouvelle arme est destinée à équiper les vedettes de fabrication iranienne Joushan qui commenceront bientôt à être livrées aux forces armées iraniennes.


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com