Les jeunes et le traditionnel : Une cohabitation «mi-fugue, mi-raison»…





Les jeunes semblent très à cheval sur le modernisme. Ils s’imprègnent de la tendance du jour et semblent cultiver l’art du «branché». Est-ce que les jeunes ont justement rompu avec le traditionnel ou gardent-ils encore certaines choses? Trouvent-ils l’art d’antan à leur goût ou le jugent-ils dépassé et rétro? Tunis-Le Quotidien Les jeunes gens marchent dans le sens du courant actuel. Ils adoptent un mode de vie très occidentalisé et très moderne. De nos jours, plusieurs mariées refusent de porter la «Keswa» traditionnelle ou de mettre du henné. La majorité des jeunes aiment manger des plats rapides. Les pizzas, les crêpes et les hamburgers seraient leurs plats favoris. La littérature et la poésie arabe ne suscitent pas vraiment l’intérêt des jeunes. Il est par ailleurs presque impossible de rencontrer un jeune qui porte la «jebba» ou la «chéchia» s’il ne s’agit pas d’une tendance. Ils s’habillent de manière moderne, leur lexique est tout nouveau et leurs chansons préférées sont celles qui ne durent que quelques petites minutes. Quant au cinéma, leur genre favori est apparemment l’action. D’ailleurs, certains noms d’artiste d’antan, qui autrefois étaient au summum de leur art, ne leur disent absolument rien. Il paraît que la tendance des jeunes est liée à tout ce qui ressort des années 2000 et de l’ère numérique. Le hip-hop et le rap prennent le relais sur le «malouf» et les «takassims» et les films d’action et de suspense remplacent les grands classiques. Amira, 18 ans, reconnaît qu’elle adopte un mode de vie moderne. Elle aime voir les nouveaux films et écouter la musique orientale actuelle… «Mis à part les quelques astuces de grand-mère en matière de beauté, je peux dire que je suis tout ce qui relève de la tendance actuelle. Bien que je sois esthéticienne, certains astuces à l’ancienne sont vraiment infaillibles. Pour tout le reste, je suis les choses en vogue.Toutefois, il m’arrive de me sentir nostalgique aux chansons d’antan. J’aime écouter Oum Kalthoum et Abdelhalim, à mon sens, ils resteront éternellement les meilleurs chanteurs arabes. Lorsque j’ai un coup de blues, ces deux chanteurs m’aident à dépasser mon état de déprime. Je les ai découverts toute seule en les écoutant à la radio. Et puis, mes parents semblent envoûtés lorsqu’ils les écoutent. J’ai donc fini par les apprécier. En revanche, je n’aime pas du tout les films d’autrefois. Ils parlent d’une époque que je n’ai pas vécue et qui ne séduit aucunement. Cela ne veut pas dire par ailleurs que je suis déracinée. Mon mode de vivre n’a rien à voir avec mes principes. Je respecte toutes nos traditions et je tiens à les garder et à les inculquer à mes futurs enfants. Les traditions font notre identité et pour rien au monde je ne peux vivre sans repères» dit-elle. Tout comme Amira, Halima, 20 ans, est une fan des chansons orientales. Elle adore «Alissa». Pour Halima, le romantisme d’antan est dépassé et Alissa incarne le romantisme moderne. «J’aime écouter les nouvelles chansons et voir les clips vidéo. Cela n’empêche que j’écoute de temps à autre Abdelhalim, Oum Kalthoum et Warda. Ces trois chanteurs ont de très belles voix et leur musique est très bien faite. Mais en dehors de ces trois chanteurs, je ne retiens aucun autre nom de ceux d’antan. Mais j’adore écouter les nouvelles chansons orientales et libanaises. Par contre, j’adore le cinéma d’autrefois. C’était beaucoup plus véridique. A présent, le cinéma ne traite plus les problèmes sociaux et ne reflète plus l’image réelle de ce que l’on vit. C’est plein de fiction, de mensonge et de trucage. Ce n’est plus un art, cela ressemble à une industrie de commerce. En outre, je tiens à toutes nos traditions. Je suis une Tunisienne et fière de l’être et je garderai toujours cette touche typiquement tunisienne qui me rappellera toujours qui je suis réellement. J’aime nos anciens plats épicés et les vieilles recettes de grand-mère et j’aime porter des habits qui marient parfaitement le traditionnel et le moderne», dit-elle. Nizar 21 ans, étudiant, n’écoute aucune chanson arabe, à part «Lessa faker» d’Oum Kalthoum. «Je n’aime pas la musique arabe. J’aime le house-music, le rap français, les chansons italiennes et le hip-hop. Il m’est arrivé une fois d’écouter un ami chanter «Lessa Faker» d’Oum Kalthoum et depuis, j’ai commencé à apprécier cette chanson. Les chansons d’autrefois ont un goût dur à «avaler». Je préfère la musique rythmée et moderne qui est de la tendance actuelle. Idem pour le cinéma, j’aime l’action et le suspense et les films d’autrefois ne me plaisent pas du tout. Ils peuvent être appréciés par mes grand-parents ou du moins à mes parents, mais pas à moi. Je peux dire que la seule chose traditionnelle qui me plaît vraiment, concerne la bouffe. J’aime le «couscous», le «Osben», la «Mloukhia»… les repas vite faits ne me rassasient pas», dit-il. Mohamed Hakim, étudiant, 22 ans dit qu’il écoute des chansons anciennes à raison de 15%. «Certaines chansons me rappellent l’enfance et quelques souvenirs du bon vieux temps. A les écouter je me sens nostalgique. D’ailleurs, je ne retiens même pas le nom des chanteurs, mais le fait de les écouter me procure du bien. C’est comme si je regardais dans un album-photos familial pour remémoriser des moments joyeux du passé. Mais ce que j’aime écouter ce sont les chansons des dix dernières années. Celles qui sont en vogue maintenant n’ont rien à voir avec l’art de la musique c’est juste beaucoup de… «noise». Mais je n’aime pas les films d’antan. Le cinéma actuel est très sophistiqué et cela est captivant. Mais je dirai qu’en général, je ne tiens pas trop aux traditions. Parfois l’on se met moult obstacles, juste pour que l’on ait l’air comme les autres. Les traditions accablent et compliquent les choses. Je crois à la liberté individuelle; à la liberté de penser. Cela ne pas pas à l’encontre des principes. Les traditions ne sont pas toutes à retenir, certaines ne peuvent plus faire bon mariage avec notre époque», dit-il. Abir CHEMLI


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com