Exposition : Questionnement sur l’Orient





L’image révèle-t-elle notre véritable identité ? Peut-on la réduire au simple cliché des représentations identitaires ? A ces interrogations tentent de répondre une pléiade de peintres à travers une exposition collective autour du thème : «L’image révélée» qu’abrite le Musée de la ville de Tunis.

Dans «L’imagination, Jean-Paul Sartre réduisait l’image à : «une certaine façon que se donne la conscience de l’objet». Mais, à dire vrai, la photographie, en tant que cadre où s’élabore l’image et l’imagination, est loin d’être le seul élément qui révèle l’identité, dont le cliché trahit et travestit parfois la réalité. Ainsi, la véritable tâche de l’image ne se réduit plus à révéler le cliché vrai ou faux, mais plutôt à décrypter la véritable identité. Celle sur laquelle, tout amateur de la peinture peut s’interroger. L’exposition : «L’image révélée» n’est pas une simple proposition d’œuvres, mais un questionnement sur les véritables images des identités telles qu’elles ont été conçues, à travers les œuvres de Rudolf Lehnert, cet artiste qui avait découvert la Tunisie en 1903 et qui en était ébloui.

Pour mieux expliciter l’image à travers les œuvres de Lehnert, Adel Abdessamed, Zoulikha Bouabdallah, Meriem Bouderbala, Mounir Fatmi, Jallel Gastelli, Meriem Jegham, Mouna Karray, Amel Kenawy, se sont partagé, les deux grandes pistes picturales privilégiées dans les œuvres de cet artiste. Il s’agit de l’Orientalisme et de l’Art contemporain. Dans ces deux pistes, tout est concocté autour de différents thèmes.

Moataz Nasr, Zoulikha Bouabdallah et Meriem Bouderbala ont mis l’accent dans leurs œuvres sur le style «Narcissique». Les sujets des photographies présentées ont un rapport avec le Moyen-Orient dont les photos sont reflétées dans l’eau, avec des portraits des gens et de la société. Cette démarche a plutôt inspiré Moataz Nasr, dont les œuvres expriment un douloureux déroulement à travers l’image. L’artiste évoque l’insécurité, l’instabilité humaine et l’impossibilité de nous reconnaître, nous-mêmes. Tels étaient aussi les thèmes qui ont été au centre des interrogations de Rudolf Lehnert dont les œuvres étaient une interrogation sur l’orientalisme et son image.

La peinture de Mille et une nuits

Dans ce questionnement sur l’image, Zoulikha Bouabdallah a tenté de lever le voile sur le flou qui masque l’identité réelle de l’image elle-même. C’est ainsi que l’artiste a fait revivre à travers ses œuvres des tendances d’images en clair-obscur. Jeux d’ombres et de lumières, un trompe-l’œil sur un cliché, tels sont quelques-uns des pistes orientales que Zoulikha développe, encore à travers ses œuvres. Quant à Meriem Bouderbala, elle nous fait évader à travers une peinture de Mille et une nuits, où on peut contempler des créatures fantastiques, des figures déformées mi-humaines, mi-déistes. Il s’agit, en effet, de la femme où l’artiste restitue le corps, tel un objet à moitié couvert, déformé, pour tout dire, nu. Elle est sudimensionnée, ses membres déformés, bref sortent de l’ordinaire. Son image travestit la réalité de la femme orientale et ne montre que sa face cachée.

Mais au-delà des représentations orientales de l’identité de l’image, de ses clichés, et des créatures et formes déformés, de multiples aspects d’art contemporain, inspirés des œuvres de Lehnert font bonne figure dans les œuvres qui égayent le Musée de la ville de Tunis. Car en dehors des représentations «imagées» de Lehnert qui remontent au tout début du siècle passé, les peintres s’interrogent, à travers leurs œuvres, sur la façon dont ont été reproduites les images orientales contemporaines. C’est d’ailleurs ce qui explique une imbrication systématique entre les représentations imagées à connotation purement ancienne et celles d’art contemporain, comme en témoigne le titre de l’exposition. Dans cette orientation, Amel Kenawy et Jallel Gastelli se sont évertués à décortiquer une image verrouillée. Une image qu’on présente comme «une mauvaise apparence». A travers cette mauvaise apparence, Amel Kenawy présente ses œuvres comme le corps volumineux d’une femme sur lequel est dessiné un avion. Cette femme se tient debout face à la ville. La lumière décline de telle sorte qu’elle ne peut voir que le reflet de son visage à travers le hublot. Mais au dehors on observe l’obscurité. Pour sa part, Jallel Gasteli restitue, dans un style photographique très contemporain, plusieurs clichés du paysage du désert et des routes qui y mènent. Dans ces clichés, l’artiste a choisi d’arpenter le territoire imaginaire de Lehnert, pour faire décrypter les marques décrites par l’artiste, dans son voyage dans le désert. Mais à contempler ces œuvres de très près, l’amateur de l’art, découvre la vraie mutation de l’identité du désert. Une identité mue par le changement des hommes, de la terre et du territoire où «l’essence des choses est dérobée par l’altération ou le changement» telle semble aussi la devise des peintres contemporains et que de nombreux artistes-peintres exposant actuellement, veulent véhiculer à travers leurs œuvres.

Ousmane WAGUÉ




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com