Sur les traces de Farhat Ould El Kahya : Le kidnappeur des jeunes mariées





Tout au long des deux derniers siècles, des hommes «hors du commun» ont marqué l’histoire de la Tunisie.Des hommes qui ont préféré vivre en marge de la société faisant régner terreur et horreur là où ils passaient.

Et si la mémoire populaire garde toujours les traces de ces hommes, c’est parcequ’ils nourrissent toujours les contes populaires qui, au fil des années, se sont enrichis par de nouveaux éléments lesquels sont la plupart du temps le simple fruit de l’imaginaire.
Néanmoins et à croire les historiens, ces hommes ont bel et bien, existé. Pis encore, leur existence a été marquée par une longue série de crimes dont l’ampleur et la gravité ont dépassé toute logique.
Du Nord au Sud du pays, les gens se rappellent encore de ces hors-la loi qui ont pour noms, Farhat Oueld El Kahia, Jarbou, Lazrag ou l’incontournable Ben Zaïd...
Les uns et les autres ont défié le pouvoir beylical et les autorités françaises semant la terreur parmi la population civile...
Alors pour se rapprocher davantage de ces personnages sanguinaires, nous vous proposons ce voyage au cœur de l’histoire dont la première escale nous emmener Farhat Oueld El Kahia, plus connu sous le surnom de «Khattaf Laârayess» ou «Kidnappeur des jeunes mariées».
Les Husseinites ont repris le pouvoir. La Iyala tunisienne est depuis 1705 gouvernée d’une main de fer par les différents beys descendant de Husseïn Ben Ali.
Un nouvel ordre régnait. Une organisation administrative irréprochable. Les représentants du pouvoir central sont appelés à faire valoir l’autorité du Bey dans les régions, quitte à user de la force pour contrôler les tribus et éradiquer les foyers de tension dans des zones dites sensibles comme El Mhalla du Kef ou celle de Gafsa ainsi que Bled Jlass et surtout la région des plateaux où vivent des tribus des Frachiches Hmamma, Jlass, Ouled Ghilane, Ouled Moussa et Méjer.
Alors des «Kahias», représentant militaire et administratif du Bey dans les Mhallas, sont triés sur le volet et envoyés dans ces régions sensibles avec un seul mot d’ordre à savoir remettre justement de l’ordre et étouffer toute voix opposante.
Dans ce conditions et ces circonstances assez particulières, les dérapages sont devenus monnaie courante. Les abus de pouvoir se multipliaient et peu à peu ces dignitaires ont instauré un régime plus autoritaire que celui du Bey.
Le dix-septième et le dix-huitième siècles ont été marqués ainsi par l’expropriation des terres et la liquidation pure et simple de tous ceux qui osaient s’opposer aux Caïds des Mhalla et autres Kahias...
Sur un coup de tête, le sort d’un paysan est scellé et le destin de n’importe quel citoyen du Royaume pouvait basculer dans le néant.
Il faut dire que ces dignitaires opéraient dans des régions très éloignées. Rarement les échos de ces drames parvenaient jusqu’au palais du Bardo.
Et même lorsqu’on est informé de ces dérapages, le pouvoir central préférait fermer les yeux... Car un seul souci primait à cette époque dans l’esprit des beys, en l’occurrence protéger leur trône de toute tentative de soulèvement ou encore la possibilité d’une invasion étrangère.
Bien évidemment, il y avait des régions plus touchées que d’autres et des populations plus réprimées que d’autres.
Par sa position géographique et son histoire, le Nord-Ouest et en particulier la ville du Kef a subi une oppression inégalable.
Les différents beys husseinites considéraient, cette région comme un maillon faible dans la géographie de la Iyala. Une zone par qui les ennuis arrivent toujours. Car, les différents envahisseurs étrangers, ceux qui ont tenté par l’occupation de la Iyala, sont tous passés par là.
Ainsi, il fallait durement contrôler cette zone qui s’est vue doter d’une caserne de l’armée beylicale.
Les hommes qui constituaient ces unités sont des plus sanguinaires.
Il va sans dire que cette caserne est mise sous le contrôle d’un caïd lequel est placé sous l’autorité du Kahya. Alors à cette époque le Kahya du Kef n’était autre qu’un certain Salah qui, tout au long de longues années, allait mettre la population à genoux détruisant les biens et les vies humaines sous prétexte de protéger la Iyala.
Jamais, cette ville du Nord-Ouest n’a été aussi meurtrie, aussi pauvre et aussi laissée-pour-compte. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le Kahya Salah a donné naissance à un enfant, Farhat de son nom et dont le destin allait se croiser avec le sang, le vice e la barbarie.
Farhat Ouled El Kahya Salah se faisait un malin plaisir à intercepter les jeunes mariées alors qu’elles étaient encore dans leurs cortèges pour regagner le futur foyer conjugal... Jusqu’à nos jours de «Khattaf Laârayess» ou «kidnappeur des jeunes épouses».
(A suivre)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com