Sur les traces de Farhat Oueld El Kahya (2/6) : Mbarka Bent Laârouch





Farhat Oueld El Kahya Salah naquit au milieu du 18ème siècle. Il fut le seul garçon parmi sept autres filles qui constituent la progéniture d’un père assez autoritaire. Les sœurs de Farhat furent traitées et élevées durement. On leur interdit tout contact avec le monde extérieur. Et lorsque l’aînée avait atteint l’âge du mariage, on lui avait choisi un jeune soldat dont la laideur était inégalable.

Tunis - Le Quotidien
Alors, la nuit de ses noces, la jeune mariée avec encore sa hennée fraîche sur les deux mains, trompa la vigilance de ses habilleuses et s’envola avec son prince charmant qui n’est autre qu’un serviteur dans le palais de son père.
Ce fut un tournant dans la vie de Farhat. Son père fit circuler dans toute El Mhalla que sa fille aînée est morte mais, il n’oublia pas, de préparer Farhat à la vengeance. Il lui présenta les femmes, toutes les femmes comme des êtres immorales, des pécheresses tout juste utiles pour satisfaire les désirs des hommes. Ainsi, Farhat grandit avec une haine démesurée à l’encontre des femmes et surtout des jeunes mariées, celles par qui le scandale est arrivée...
Alors qu’il n’avait encore que vingt ans, Farhat passait la plupart de son temps dans les écuries, et particulièrement avec les soldats relevant de l’unité de la cavalerie. Et comme ces hommes avaient pour mission de sillonner la région soit à la recherche d’insurgés, soit pour collecter les impôts, Farhat a trouvé rapidement sa vocation.
Il découvrit ainsi que le «royaume» de son père s’étendait sur une grande surface. Il découvrit, également que loin du palais, une autre vie existait déjà. Des tribus qui se comptent par dizaines peuplent montagnes, oueds et vastes champs. Malgré la pauvreté et la misère, les gens arrivaient à oublier un tant soit peu l’amère réalité pour s’adonner à la poésie et aux chants.
Chaque tribu avait son poète et son interprète. Les rassemblements autour d’un grand feu sont fréquents ici. Ce spectacle appelé: «Ennajma» (L’étoile) est dédié à l’amour, à la pureté et à la sensualité.
Alors, en découvrant cet autre monde, Farhat Oueld El Kahya décida de ne plus le quitter. Pis encore, il allait en faire une obsession et l’objet de tous ses caprices.
Rapidement, il s’entoura de truands et de bandits. Il faut dire ces gens là connaissent la région mieux que personne. En un laps de temps très court, il réussit à monter sur pied une véritable bande qui avait pris pour quartier général, la montagne d’Eddir. Toujours est-il que Farhat Oueld Kahya avait passé un contrat avec les membres de son groupe selon lequel il se désistera de ses parts dans les butins contre toute femme ou jeune fille enlevée...
Mbarka Ben Laârech
A cette époque, les mariages duraient sept nuits et sept jours. Pour éviter que ces épouses ne donnent pas d’enfants et qu’aucun mariage n’ait lieu, Farhat a décidé de s’emparer des jeunes mariées avant qu’elles n’atteignent leur futur foyer.
C’est une longue série d’enlèvements et de braquages dont la première victime est une ravissante créature, originaire de Bahra, une bourgade située à 13 kilomètres de la ville du Kef.
La jeune fille s’appelait «Mbarka». Elle était fiancée à un cousin qui habite la localité de Sidi Khiar située sur la route reliant l’actuel Jendouba à la ville du Kef.
Les traditions veulent qu’au printemps, on célèbre les fiançailles et l’été suivant on convole en justes noces. C’est ainsi que le mois de mai s’est écoulé et Mbarka savait que le grand moment était pour bientôt. A la mi-juin, Hamma, son fiancé viendra la chercher et la conduire dans un grand cortège vers le domicile conjugal.
Force est de dire que la beauté de Mbarka a traversé les frontières. Même en Algérie, les hommes et les femmes ne cessaient de parler et d’évoquer la grâce de Mbarka. Et lorsque Farhat prit part de la nouvelle du mariage de Mbarka, il décida d’intervenir. Il n’avait qu’une seule idée en tête: abuser d’elle, avant Hamma, son futur mari. Il pensait qu’en enlevant et violant la plus belle fille de la région, il se vengeait pour l’honneur bafoué par sa sœur aînée.
De toutes les marnières, le seul homme qui se réjouissait à chaque fois que Farhat enlevé et viole une jeune mariée, était son père si bien qu’il fournit à son fils les armes et les munitions pour mener à bien sa mission.
Lorsque le cortège de Mbarka bougea à destination de Sidi Khiar, Farhat et ses acolytes avaient déjà pris position sur les collines. Dès que le convoi était apparu, Farhat donna l’ordre afin de mener l’assaut en encerclant le cortège.
L’attaque ne dura que quelques minutes. Le temps de réaliser l’ampleur du drame et Farhat était déjà si loin... trop loin pour que Mbarka puisse lui échapper. Elle passera sa première nuit dans la montagne et à la place de son fiancé Hamma, c’est Farhat qui allait lui faire découvrir les secrets de la nuit des noces.
(A suivre)

Habib MISSAOUI




Articles Similaires:



Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com