Sur les traces de Farhat Oueld El Kahya (3/6) : Mieux vaut mourir…





Le mois de juin est arrivé depuis quelques jours. Les hommes et les femmes ont quitté les champs. Blé et orge ont été extraits des épis. Place maintenant à la joie et à la fête.

Ici, à Bahra, la famille de Mbarka s’apprête à recevoir l’autre belle famille. Ils devaient ramener le Mlek (trousseau offert par le fiancé à sa future femme) et tout de suite après, les adouls (Cheikh religieux chargé des contrats de mariage) procéderont à la signature de l’acte de l’union.

Néanmoins, jusqu’ici personne ne savait qu’un malheur allait s’abattre sur les deux familles. Farhat Oueld El Kahya en avait décidé ainsi...

La tradition voulait que dans la même semaine, fiançailles, Fatiha, Mlek et contrat de mariage soient accomplis. Le samedi, on ignore d’ailleurs pourquoi le samedi, la jeune mariée fut conduite à son futur foyer conjugal. Le soir, tout le monde devait retenu son souffle. C’est l’heure, en effet, de la vérité. Ou que la jeune mariée honore les siens ou qu’elle les humilie à jamais. Seule, cette fameuse chemise de nuit tâchée du sang de la dignité peut convaincre l’assistance de la chasteté de la jeune mariée. Un véritable cauchemar auquel toutes les filles de cette époque étaient exposées.

Toujours est-il qu’avec Farhat rodant dans les passages, Mbarka n’aura pas à subir cette épreuve. Mais, le destin lui réservait un autre sort.

Le trousseau offert à Mbarka témoignait, par ailleurs, du grand amour que lui vouait son fiancé. Les étoffes de soie, les bijoux et les habits étaient dédiés à la jeune mariée non seulement par amour mais également par respect à ses origines. La tribu de Mbarka était des plus célèbres et des plus reconnus.

Le contrat de mariage signé, la belle famille de Mbarka avait rebroussé chemin à Sidi Khiar. Au même moment, maquilleuses et habilleuses ont pris en charge la belle et jeune mariée. A cette époque, chaque jour précédant la nuit des noces était réservée à une tâche bien déterminée. Le henné devait par exemple, trouver un ton noirâtre sur les deux mains et les deux pieds de la jeune mariée.

Alors pour y arriver, il fallait passer cette lotion faite à partir de feuilles moulues d’une plante assez connue dans la région de Gabès. Trois jours durant le henné est en effet passé sur les mains et les pieds jusqu’à ce qu’on obtienne cette fameuse couleur noirâtre.

Les autres jours sont destinés à l’épilation et aux tatouages. Le jour J la jeune mariée est habillée et parée avec les bijoux offerts par son futur époux. Force est dire qu’après ces longues séances de maquillage, Mbarka a retrouvé toute sa grâce. En plus, de sa beauté naturelle ses habilleuses et ses maquilleuses ont réussi à faire d’elle l’une des plus belles jeunes mariées de la région au grand bonheur de Farhat qui ne s’attendait pas à une telle surprise.

Farhat et sa bande ont bien préparé leur coup. Ils ont, en effet, campé derrière les arbres longeant l’Oued d’El Marja» (la plaine) et au moment où le cortège s’apprêtait à traverser le cours d’eau, ils se sont manifestés en exigeant qu’on lui remette la jeune mariée.

Mieux vaut mourir...
La panique s’empara rapidement du cortège. Les femmes commencèrent à crier. Les hommes désarmés tentèrent vainement de négocier avec les assaillants. Au bout du compte, Farhat brandit son épée et menaça de perpétrer un massacre.

Conjointement l’un de ses lieutenants se rapprocha et d’un tour de main très habile, il s’empara de la corde du cheval transportant Mbarka et s’éclipsa dans la nature. Il fut suivi par les autres membres de la bande.

Un peu plus tard, Mbarka ayant perdu connaissance entre-temps, se réveilla et constata qu’elle se trouvait dans une caverne. Il s’agit du quartier général de Farhat qui a choisi cet endroit pour s’adonner à ses fantasmes et ses caprices. Seuls au fond de la caverne, Farhat dévoila le visage de Mbarka. Grande fut sa surprise en découvrant qu’il ne s’agit pas d’une femme ordinaire, mais plutôt d’une véritable déesse.

Du coup les démons de l’amour se sont emparés de lui. Il se mit alors à se déshabiller avant de se jeter comme un loup sur sa proie.
Mbarka riposta et repoussa l’assaillant... Dans la mêlée, son couteau tomba par terre. Mbarka s’empara de l’arme et le pointa contre sa poitrine.
(A suivre)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com