La Médina de Tunis : Ramadan de toutes les senteurs





Dans le tumulte heureux de la Médina de Tunis, classée depuis 1981 par l’Unesco comme patrimoine mondial, on s’y fait. Et on s’y plaît dans toutes les couleurs, parfums et murmures d’un temps chargé de tant d’histoires.
Bienvenue au pays de mille et un sens...

Tunis — Le Quotidien
Ici les portes ne se ferment plus comme jadis. Elles sont grandes ouvertes et tout passant peut à son aise sentir le parfum de chaque passage de civilisation qui n’a rien à voir avec la ville moderne toute en buildings, toute en verre et dénuée de tout charme. Comme chaque année et à pareille période ramadanesque, la vieille ville reprend des couleurs plus intenses et s’anime de jour comme de nuit.
Cette ville qui a existé depuis les temps des Berbères a été fondée par des navigateurs puniques, neuf siècles avant la naissance du Christ. Elle a longtemps servi de comptoir pour les Phéniciens et fut détruite à l’ère des Fatimides notamment par le Abou Yazid appelé «l’homme à l’âne» et construite par Soltane El Medina, Sidi Mehrez (949-1022) qui a donné aux juifs de Tunisie le droit de s’installer dans la Hara (Al Hafsia actuellement). On y sent encore le rayonnement religieux datant des 11ème et 12ème siècles avec les Beni Khourasan malgré les dégâts causés par le vandalisme des Beni Hilal (horde de nomades venus d’Egypte). Ici ça fleure encore bon le passage des Mouahidine de Marrakech aux 12ème et 13ème siècles, qui ont eu au moins le mérite d’ériger pas mal de bâtiments gardant encore l’esprit marocain et dont les uns servant de hauts lieux de prière ou de sièges de bâtiments officiels.
Outre les remparts dressés pour la plupart en pierres de taille sur cette colline sise entre Sebkhat Sejoumi et El Bhira, et son aspect militaire, il y a toutes ces maisons, de «taille basse», badigeonnées généralement au lait de chaux. Mais aussi des palais gorgés non seulement de mille et un mystères mais également incrustés de tant de trésors et secrets, et qui jouxtent des mosquées, minarets et collèges comme La Zitouna, le lycée Sadiki et autres fondations... Près de 270 hectares font aujourd’hui la fierté de tout flâneur qui peut déambuler à cœur joie dans ces venelles tentaculaires, bruyantes du matin au soir, offrant au regard tout plaisir.

Au plaisir des yeux
Ici, chacun trouve son compte.A droite comme à gauche, les échoppes se côtoient, l’une à côté de l’autre, ressemblant à une caverne d’Ali Baba. De vrais bazars où se tutoient à foison produits d’artisanat d’Orient et d’Occident et datant de je ne sais quel siècle. Mais depuis un temps récent, les produits chinois, indiens, pakistanais et autres envahissent les lieux. Comme aussi ces boutiques qui vendent de la porcelaine, de la poterie, de la maroquinerie, où il y a le fait-main, l’industriel et le marché de l’imitation de trouver son plein essor.
Ici, les produits de parfum et de maquillage de toutes les griffes sont offerts à un prix doux très avantageux. «Un déo SVP, shampooing de cette marque-là et ajoute-moi ce beau mascara», s’adresse Leïla à ce vendeur heureux. Comme plein d’autres. Car les prix n’ont rien à voir avec ce qu’on propose en dehors de cette Médina. Leïla, était en fait avec nous. On a déjà fait quelques courses à El Hafsia, de la friperie, et nous avons eu droit à quelques plaisirs. Au passage, nous avons profité pour nous payer une gâterie. C’était tout simplement un morceau de tissu. Ce n’était pas de la soie. Pas du lin non plus, mais un beau tissu synthétique et d’une couleur très agréable au toucher. Ça va servir de petit rideau pour la cuisine. «Dix dinars, approchez, messieurs-dames. Dix dinars seulement la pièce», crie un vendeur. Autour de sa brouette, un essaim de jeunes filles très branchées. Avec leur jean taille basse et richement brodé, elles marchandent ces faux bijoux. Apparemment, elles sont fort intéressées et n’ont pas du tout le faible d’aller voir à souk El Berka, tout de parures en or blanc et jaune, bariolées. D’un autre côté de l’artère principale, la rue Jamaâ Ezzitouna, un touriste d’un certain âge négocie le prix d’un bibelot. Ça vient d’Afrique. Une statuette en bois ou en résine. Un art en vogue. Les étudiants du Continent qui suivent leurs études chez nous ramènent souvent des objets de chez eux pour les vendre au prix le plus âpre et il y a toujours de la pêche dans les filets. Des jeunes gens parlant français, italien, russe, allemand, anglais et j’en oublie, ont l’art de vendre. De vrais séducteurs.

Magie
Ils ne vous lâchent qu’après vous avoir collé un achat.En levant la tête, les couleurs marabout vous paraissent généreuses. Dans ces cafés de narguilé. Où les odeurs enivrent tout passant en signe de bon accueil. Et on pénètre heureux à Souk Al Attarine. Les parfums, encens en «qmari», civette, musk et ambre enveloppent les airs. Les couleurs chatoyantes sont de tous les contrastes au bonheur de divers goûts. Au coin, et juste en face de la mosquée Ezzitouna, on a oublié de dire qu’à côté de cette série de boutiques qui vendent «faquiet Laâroussa» (délices pour la mariée), il y a quelques centimètres carrés de plaisir. On vend du savon de toilette à base de fraise, de banane, de melon,... Ça sent bon. Très bon et les couleurs nous rappellent les divers fruits de chez nous ou exotiques. Et pas loin, et à seulement un jet de pierre, une foule de pâtisseries offrent des gâteaux traditionnels. Mais aussi des zlabia et mkharek, qu’on offre sans modération pendant le Mois de Ramadan. Caprices des dieux... Pas trop loin, dans un dédale déroutant, on vend des herbes qu’on connaît et autres pas. On raconte les bienfaits pour la santé de certaines espèces. Ou d’autres qui peuvent être aussi de malédiction et de magie. «Prudence !» nous dit-on. Et ça nous a donné des frissons et la chair de poule avant de trouver une issue débouchant sur Sidi Béchir, l’anarchie de la place est conjuguée avec de la baraka... sans limites. On presse le pas car on est à moins de deux heures de la rupture du jeûne. On n’a pas vu le temps passer et on a oublié qu’on est à notre troisième jour de Ramadan.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com