«L’Oiseau de Minerve» : Grandeur et décadence





Donnée en première vendredi 22 septembre, L’Oiseau de Minerve a plu aux friands du théâtre et on a dû reprogrammer cette pièce trois jours après. Au bonheur des fidèles du théâtre municipal de Tunis, qui redemandent encore et encore de ce genre…

Un genre qui ne court plus les rues d’aujourd’hui. Et tout un cycle de représentations serait bien accueilli. Car d’après nos impressions, L’Oiseau de Minerve vole de ses propres ailes et assez haut et la pièce est défendable sur plus d’un plan. En somme, dans le travail de Sabah Bouzouita et son époux Slim Sanhaji il y a du sérieux avant tout et le résultat est souvent là…, louable à souhait. Comme dans tous leurs précédents travaux.
Après Safar (1999), Une Heure d’Amour (Tanit d’or aux JTC 2001), Danse des morts (2003), La Queue (2004), les Sabah Bouzouita (de la première production des femmes diplômées de l’ISAD) pour le texte et interprétation et Slim Sanhaji- pour la mise en scène, tous deux de Artis Production, ouvrent l’année théâtrale 2006-2007 avec L’Oiseau de Minerve. Une pièce tirée de la Cerisaie qu’a écrite en 1904 l’auteur de La Mouette et Les Trois sœurs, le Russe Tchekhov qui a souvent peint le noir et le blanc de la vie tout en accentuant les couleurs qu’il faut sur l’enlisement de la société et sur tout un monde d’illusions.
Que raconte l’histoire? Tout et rien et toujours s’agissant d’amour et d’argent. De chagrin et de bonheur. Histoire de grandeur et de décadence débouchant soit sur un gouffre sans fond, soit sur une lueur d’espoir ponctuée de délire ou de sagesse. Ecrite il y a un siècle et quelques années, L’Oiseau de Minerve demeure encore d’actualité. Au contraire, nous ne pouvons que féliciter le couple Bouzomita-Sanhaji pour ce choix et nous n’avons rien (ou presque) à leur reprocher.
Quant à la forme, les divers tableaux magnifiquement orchestrés par Sanhaji nous en disent long sur la maîtrise de la mise en scène (un petit merci en passant est bien mérité). Lumières et ombres traversées par des couleurs chatoyantes où pétales floraux, bulles d'air et autres effets ont donné de l’épaisseur au décor. Certes, minimaliste mais qui reflète l’image bariolée de la société. Une société construite sur une variété de bric et de broc de générations. A chacune son objectif, à chacune son destin. Ce qui a retenu l’attention, c’est que le travail de Bouzouita repose sur un texte difficile, mais elle a pu l’alléger et à sa manière. Primo, quand elle l’a déplacé de la langue de Molière à celle de chez nous, le parler tunisien. Un parler qui se respecte. Pas l’odeur d’un mot grossier mais des mots polis, même si, dans certains cas, la scène s’enveloppe d’un air torride. Tout se passe dans le calme et l’ordre. Même les amours et sentiments. Sauf quelques notes âpres et autres moins âpres et montées sur des variétés musicales, où la guitare est présente. La danse classique aussi. Quelques pas ont esquissé un brin de talent sur le plateau. Un grand merci pour les interprètes aussi, qui étaient à la hauteur des attentes. Ils sont les Sabra Hmissi, Nabila Gouider, Manal Taktak, Eya Ben Nfissa, Nada Mansouri, Yosra Ben Fadhl, Ali Bennour (égal à lui-même comme toujours) Younès Farhi, Mohamed Ali Dammak, Moncef Mhenni, Fathi Dhibi, Bahram Aloui et bien sûr Sabah Bouzouita -qui a encadré tout ce beau monde depuis au moins trois mois- et telle mère telle fille et tel fils, Yosra et Youssef (Sanhaji juniors), qui ont fait un passage de générations, filant mais bourré de symboles. «Grâce à la subvention du ministère de la Culture, nous avons pu effectuer ce travail», nous a confié le metteur en scène en affichant satisfaction et sourire. Le ministre de la Culture qui était présent dans une salle à moitié pleine devait lui aussi s’enorgueillir de ce que la subvention n’était pas partie dans le vide.

Zohra ABID




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com