Sur les traces de Farhat Oueld El Kahya (5/6) : El Hajja Khadija…





...Mbarka fut la première victime de Farhat Oueld El Kahya. Cette femme est considérée jusqu’à nos jours comme étant une sainte parmi les saintes tant par son courage que son dévouement à son bien-aimé. Néanmoins, rien ne contraindra Farhat à multiplier les conquêtes et à enlever les jeunes mariées.

Au total, Farhat et ses acolytes ont kidnappé cent-vingt trois jeunes filles. Du coup, ce sont deux cent quarante six familles qui ont vécu dans l’humiliation. Un peu plus loin, nous verrons comment ces dérapages allaient provoquer un soulèvement sans précédent. Les tribus ont déclaré, en effet, la guerre à Farhat et à son père sauf une, celle des «Chern» qui ont préféré soutenir El Kahya Salah et son fils. Cause perdue, d’ailleurs...
En 1977, la troupe permanente du théâtre du Kef avait assuré l’ouverture du Festival international de Hammamet par une pièce intitulée «Farhat Oueld El Kahya». L’œuvre mise en scène par Kamel El Yaâlaoui avait présenté ce personnage diabolique comme un héros de la tragédie grecque.
Incarné par le grand Mohamed Ben Othmane, Farhat est décrit comme un homme fort, beau et quelque part artiste diseur, de poèmes. Or, les historiens s’accordent à dire qu’il s’agit d’un presque nain, l’œil droit éternellement rempli de larmes avec une petite bosse qui fait de lui, un être très proche de l’image du démon. Et un démon, Farhat il l’était.
Sitôt Mbarka et son mari Hamma enterrés, Farhat organisa une grande sortie dans les montagnes de «Ouergha», l’actuel «Touireff», cette petite ville tirera un peu plus tard sa réputation de ville minière lorsqu’en 1895, une compagnie française découvrait un grand et important gisement de zinc.
La ville de Touireff est située à mi-chemin entre l’actuel Jendouba et Sakiet Sidi Youssef.L’Algérie ou plutôt la première ville algérienne de Souk Ahras n’est qu’à une heure de marche.
A cette époque, la région était envahie par les animaux sauvages. Les malheureux paysans désarmés ont abandonné leurs champs préférant rester chez eux et ne sortir que pour aller chercher de l’eau dans la source de Jbel El Jebs. Nous sommes toujours au beau milieu du dix-huitièmes siècle et les gens sont livrés à leur propre sort. Aucune assistance et aucune aide du pouvoir central du Bey.
Et même cette source d’eau n’est plus accessible. On dit qu’un énorme serpent s’y est réfugié interdisant l’accès aux gens du village.
Des mois durant les paysans avaient souffert de la faim et de la soif... Cette vague de famine avait emporté enfants et vieillards. Donc, il n’y avait rien d’intéressant qui pouvait attirer Farhat dans cette bourgade qui apparemment subissait la colère de Dieu. Et pourtant, le Kidnappeur des jeunes mariées décida d’y aller...

El Hajja Khadija de retour...
Il y avait une époque où le voyage à la Mecque durait des années et des années. On y allait justement à pieds et à cheval. Avant de partir les pèlerins faisaient leurs derniers adieux. Il se peut qu’ils ne reviennent plus.
Toujours est-il que le village gardait toujours espoir quant au retour de l’une des leurs, saine et sauve. Il s’agit d’une femme très respectée qui, à quarante ans, avait décidé de partir à la Mecque. Khadija de son nom ne s’est pas mariée consacrant toute sa vie à la prière et à servir Allah. Cela faisait trois ans qu’elle avait quitté le village cas de force majeure. Sauf, elle devait être de retour dans les prochains jours.
Justement, El Hajja Khadija avait finalement débarqué à Touireff par un beau jour de printemps. On célébra son retour par une grande fête. Mais, on ne pouvait lui cacher l’amère réalité...
Et voilà que le miracle allait se réaliser. Tôt le matin et alors que tous les villageois étaient endormis El Hajja Khadija s’est rendue à la source. On ignore comment elle avait fait, mais le serpent est maintenant dompté. Mieux encore la bête s’est transformée en serviteur d’El Hajja Khadija. Le plus étonnant est que le reste des animaux sauvages ont suivi obéissant à El Hajja.
La Baraka ... dira-t-on. Et cette baraka allait justement recouvrir tout le village qui allait bientôt retrouver son rayonnement. Les récoltes sont, désormais, abondantes et les gens ont retrouvé un certaine joie de vivre.
Force est de dire que nous sommes en pleine saison des amours. Les jeunes filles ne rêvaient que de convoler en justes noces. Bientôt, en effet, les cérémonies du mariage allaient se multiplier au grand bonheur de Farhat Oueld El Kahya.
Durant cet été là, il allait se déplacer de village en village et de bourgade en bourgade semant la terreur et enlevant des jeunes mariées. Il commit cependant l’irréparable en s’attaquant à Halima, la nièce d’El Hajja Khadija.
La jeune fille conduite au domicile de son futur époux fut enlevée par Farhat et ses acolytes. Cet enlèvement porte le numéro 123 dans une longue série de kidnappings. Il est par ailleurs le dernier... Terminus pour Farhat qui subira la colère d’El Hajja Khadija d’autant que sa nièce a été, en plus, tuée...
(A suivre)

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com