Petits métiers ramadanesques : «Mlawi» et «Malsouka» superstars…





Ramadan est un mois spécial. Son ambiance unique favorise l’émergence de petits métiers qui aident les uns et les autres à arrondir leurs fins de journées.

Tunis - Le Quotidien
Il sont nombreux aux environs du marché Sidi El Bahri. Leur capital se résume en une petite chaise sur laquelle ils s’assoient sinon ils s’installent à même le trottoir ou restent carrément debout, proposant une petite marchandise aux clients de Ramadan. Car ils sont là justement en réponse à une demande spécifique durant le mois saint.
Les petits métiers font, en fait, florès chaque Ramadan. Ils font également le charme de ce mois exceptionnel. Chacun de ces vendeurs vante à qui mieux mieux qui sa malsouka, qui son pois-chiche, son pain ou encore ses ustensiles de cuisine pour arrondir ses fins de journées. Les uns sont vieux. Les autres sont au contraire des enfants ou des adolescents. Ces derniers, après l’école, aident leurs parents à profiter de cette rentrée d’argent supplémentaire, souvent juteuse en l’espace d’un mois.
Am Mokhtar plaisante avec le marchand de volailles. Il a élu domicile du côté du marché Sidi El Bahri depuis de longues années. Son kif c’est de vendre les pois-chiches et les haricots blancs exclusivement pendant Ramadan: «Le reste de l’année, j’ai une modeste retraite des chemins de fer qui me fait vivre avec mon épouse. Mon fils nous aide aussi. Mais malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de retrouver chaque année l’ambiance unique du marché. Ramadan est un mois sacré très spécial et il en vaut tous les efforts. Certains s’étonnent et me demandent ce que peuvent me rapporter ces petits verres de pois-chiches et d’haricots blancs. Je leur dis toujours que c’est le mois de la Baraka», explique Am Mokhtar, septuagénaire avec un sourire éternel comme le disent ses voisins du marché.

Fatigue
Ses mains sont rêches. Elle ajuste son foulard et pousse un soupir. Son visage est pâle. Mais elle essaie quand même de garder son sourire qui l’aide à supporter la fatigue: «Je suis obligée de vendre la malsouka. D’habitude, je le fais chez moi. Mais avec Ramadan, c’est plus rentable de m’installer à côté du marché», avoue Khalti Sahbia, d’un air épuisé.
La femme a plus de cinquante ans. Son fils ne travaille pas. Son mari, non plus parce qu’il est malade.Sa fille est mariée à un chauffeur de louage et ne peut pas l’aider régulièrement.
Elle prépare alors la malsouka chez elle. Mais aussi les hlalem, nouasser, n’jara et autres pains melawi: «Je me lève à la prière du Fejr.C’est à ce moment-là que je prépare la malsouka pour être au marché à partir de 10h. Ensuite, je lève l’ancre vers 15h. Heureusement que j’habite à Halfaouine», ajoute la femme. Sa proximité du marché lui facilite beaucoup son déplacement et l’encourage à respecter cette tradition. D’ailleurs, Khalti Sahbia a un nombre important de clients fidèles. Ce qui lui sauve ses journées les plus souvent difficiles.
Elle finit par ajouter un nœud à son foulard qui se défait à chaque fois qu’elle l’ajuste et continue à parler: «Certes, je vis de ce petit métier. Mais c’est aussi mon seul plaisir. Ce que je gagne préserve ma dignité et m’évite depuis des années de tendre la main. Il m’arrive également d’aller faire du ménage chez des gens que je connais. Hamdullah, je m’en sors», raconte Khalti Sahbia.

Dignité
A l’aube, comme elle le dit, elle prépare la malsouka et les mlawi. Quant aux différentes autres pâtes, elle s’en occupe tout au long de la soirée. Ce que ce petit commerce lui rapporte, elle le dépense pour les besoins de sa famille. Son fils accepte quelquefois de la relayer au marché lorsque le mari est très fatigué. Sinon, c’est Khalti Sahbia qui joue à l’homme et la femme du foyer: «J’espère que ce garçon trouvera un petit boulot. Cela m’enlèvera une épuise du pied», souhaite-t-elle.
Mehdi vient d’arriver. Il est encore en train de prendre place. Il met son sac à côté et prépare le seau qui fait office d’étal de fortune. Car le jeune garçon vend du pain tabouna: «Je suis rentré des cours pour prendre le sac de pain et venir rapidement au marché» dit-il. Il a seize ans et s’est inscrit cette année dans un centre de formation. Il fait de l’électricité. Il vit avec son père retraité et sa mère qui travaille dans le ménage à travers une société de services: «Elle a pris l’habitude de préparer du pain chaque Ramadan. Elle le faisait surtout avant de se faire embaucher par cette société. Et chaque année, c’est moi qui lui assure le plus souvent la vente devant le marché. Je lui épargne au moins ce problème. On a une tabouna à la maison et elle prépare alors le pain tous les matins. Elle a le temps jusqu’à midi», ajoute Mehdi sur le parcours quotidien de sa brave mère.
Tous ces vendeurs apprécient les effluves de Ramadan. Le parfum de ce mois est exceptionnel. Il les dope au point qu’ils reviennent chaque année. Certes, c’est avec une poignée de dinars qu’ils se retrouvent en fin de journée. Mais cet argent leur tient tellement à cœur et leur permet de sourire malgré les difficultés de la vie. Cet argent fait qu’il y aura toujours ces petits métiers du mois sacré.

M.KADA




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com