Sur les traces de Farhat Oueld El Kahia (6/6) : La fin tragique d’un démon…





... Multipliant les conquêtes et semant la terreur là où il passait, Farhat est devenu synonyme du mal. Prononcer son nom était suffisant pour faire peur et semer la panique parmi la population. Le nombre de jeunes mariées kidnappées et violées par Farhat ne cessait de grandir et ces enlèvements tournaient la plupart du temps au drame.

Tunis - Le Quotidien
Il est, en effet, rare que l’une de ses victimes s’en sorte vivante. Ou qu’elle se suicide ou qu’on la tue. Les acolytes de Farhat se chargeaient de mutiler son corps, question d’intimider les siens et les autres tribus en général... Seulement le destin avait voulu que toutes ces malheureuses jeunes mariées soient vengées par une femme. Il est vrai que toutes les tentatives des hommes avaient échoué... Il est dit quelque part que seule une femme pouvait vaincre un homme aussi méchant et violent comme ce Farhat Oueld El Kahya...
Retranché avec les membres de sa bande dans la caverne, Farhat commençait à avoir soif... Cela fait un bon bout de temps qu’il n’avait pas vu de gouttes de sang couler sur l’étoffe de soie qu’il réservait à ses proies.
Cela fait, également, une bonne période qu’il n’avait pas ôté l’innocence d’une jeune fille. Dépuceler ces jeunes mariées à la place de leurs époux légitimes était en effet la seule raison d’être de Farhat. C’est l’image de sa sœur aînée qu’il voulait détruire et à ces malheureuses filles d’en payer les frais.
Dans la foulée, Farhat ayant eu vent du mariage de Halima, la nièce d’El Hajja Khadija décida d’envahir «Ouergha», l’actuelle ville de Touireff. Il faut dire que Farhat avait sa petite idée en tête. Il imaginait mal, justement qu’une femme pouvait être le symbole de la pureté et de la chasteté... Or El Hajja Khadija et depuis son retour de la Mecque n’incarnait que cette image. Alors, aller jusqu’à son fief et enlever sa nièce qui s’apprête à convoler en juste noces, était pour Farhat une urgence. En aucun cas, il ne pouvait laisser, la situation lui échapper et laisser une femme détruire son mythe...
Ainsi, il donna l’ordre à ses sbires de bouger vers les montagnes de «Ouergha». Farhat et ses compagnons atteignèrent «El Mallaha» (les salines) la veille du mariage de Halima.Et contre toute attente, il ordonna à ses hommes d’attaquer le soir-même.
La jeune mariée recevait les derniers conseils et les autres femmes qui l’entouraient lui expliquaient comment elle devait se comporter au cours de cette fameuse nuit de noces lorsque la porte fut défoncée. Des hommes armés jusqu’aux dents envahirent la pièce et ne trouvèrent aucune difficulté à s’emparer de la jeune mariée. Après trois jours de recherche, on retrouvera le corps de Halima mutilé et abandonné au pied d’un arbre.

Ôh tourtelle, dis-moi où est ma belle ?..

«Tir El Hamam Oueld El Borni, Hezz Enniba wa Rjaâ laya... Taâdite Ala Gbarha Ninched... Bellahi, Ritouch bnaya...» (Ôh tourterelle, fille de la colombe...va leur annoncer la triste nouvelle... Je suis passé tout près de sa tombe, demandez si on a aperçu ma belle...)
Comme l’avait fait Hamma, le fiancé de Mbarka, El Hajja Kadija, sitôt informée de la mort de sa nièce, s’est isolée pleurant la défunte. Elle noya son chagrin en disant, un poème devenu depuis un véritable hymne d’amour...
Néanmoins, El Hajja Khadija n’allait pas tarder à se réveiller de cauchemar. Sa décision était déjà prise. Il faut mettre fin à ces longues années d’humiliation. Il faut tuer ce démon. Elle envoya des émissaires un peu partout. Elle demande de l’aide à toutes les tribus.
Seule, la tribu de «Chern» manquera à l’appel... Rapidement, El Hajja Khadija réussit à rassembler une véritable petite armée.
Force est de dire que tous les hommes qui allaient participer à cette opération étaient nourris de la même haine... Chacun d’entre eux avait vécu l’humiliation en perdant une fille, une sœur, une cousine ou une nièce. La motivation était si grande que lorsque El Hajja Khadija donna l’ordre, l’assaut ne dura qu’une brève demi-journée.
Farhat fut capturé et conduit à «Ouergha» là où il fut jugé. El Hajja Khadija décida que tout son corps soit recouvert de graisse. Il fut ensuite exposé nu au beau milieu des «Mellaha» (Les salines) sous un soleil de plomb.
Les animaux sauvages achèveront Farhat lentement jusqu’à ce qu’il succombe aux morsures et aux blessures. Son père, Salah alerté, décida de punir El Hajja Khadija. Il envoya une unité de son armée à «Ouergha». Et voilà qu’une fois encore, le ciel allait venir en aide à El Hajja Khadija. C’est qu’en traversant Oued Mellague, les hommes d’El Kahya Salah furent emportés par des pluies torrentielles qui se sont abattues transformant la région en un véritable déluge...

Habib MISSAOUI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com