Les jeunes et le sens de l’humour : Attention, ne pas dépasser la dose prescrite…





Les jeunes sont réputés avoir le rire facile. Ils aiment croquer la vie à pleines dents et profiter de chaque instant pour faire la bamboula. Certains ont le sens de l’humour et leur compagnie est très agréable. D’autres en revanche ne savent pas se mettre des limites. Leur surdose d’humour peut aller jusqu’à tourner en dérision les autres. Comment se traduit justement l’humour pour les jeunes ?

Tunis-Le Quotidien
Bon nombre de jeunes apprécient les aspects comiques et insolites de la vie. Il suffit d’un rien pour qu’ils s’éclatent de rire. Certains jouent aux comiques. Ils cherchent à divertir ceux qui les entourent et aiment déclencher l’hilarité au sein du groupe. Leur grande gaieté se manifeste par un esprit gai et des plaisanteries. Généralement le sens de l’humour est apprécié par l’entourage. Les personnes amusantes et farceuses sont d’une agréable compagnie. Toutefois, certains ne le font pas dans les règles de l’art. La plaisanterie pour eux est dénuée de toutes considérations humaines. Il s’agit des adeptes de l’humour noir qui se permettent de rire des malheurs des autres et du caractère triste, tragique et cruel de la réalité. Et ce avec la plus grande froideur. Le rire innocent et les taquineries inoffensives n’apaisent pas leur excès de zèle. Il leur faut un plan complet de dérision et de moquerie mêlée de mépris sarcastique pour qu’ils puissent se sentir soulagés et bien dans leur peau. Enrobés dans un personnage de présumé amuseur, les railleurs s’adonnent volontiers à des ironies incisives empreintes de propos blessants et narquois pour se faire remarquer aux dépens de leurs victimes. Selon les jeunes eux-mêmes, les personnes caustiques et persifleuses sont bourrées de complexes et elles agissent avec beaucoup de méchanceté parce qu’elles portent en horreur d’être critiqués. Le fait de tourner en dérision les autres leur garantit une certaine immunité.
Talel, élève de 17 ans, dit que personne ne peut accepter les critiques avec gaieté de cœur, même si elles sont empreintes d’un aspect plaisant. «Tout ce qui est excessif est mauvais et nocif. C’est ma devise dans la vie. Certes je suis partisan des blagues, des plaisanteries et du sens de l’humour, mais cela ne doit jamais se faire aux dépens des autres. Certains n’éprouvent aucune gêne de tourner les autres en dérision, de rire de leur malheur, soi-disant pour plaisanter. A mon sens, ils n’ont aucun sens de l’humanisme ou de la morale, ils ne le font pas pour rire ou encore pour divertir les autres comme ils le prétendent. Ce sont généralement les personnes de nature médisante et réellement mauvaises qui s’adonnent volontiers à ce genre de comportements et c’est justement parce qu’elles savent qu’elles ont beaucoup trop de choses à se reprocher et qu’elles ont plusieurs complexes à cause d’un physique désagréable, d’une situation sociale ou matérielle défaillante ou encore à cause d’une envie maladive et une nature méprisable. Le fait d’être perçu en tant que quelqu’un qui n’épargne personne et qui raille sans cesse les autres, lui procure une certaine protection d’abord parce que le autres vont ainsi éviter de le critiquer. De plus, il a très peur au fond d’être tourné à son tour en dérision et il a tellement peur de voir ses propres défauts étalés qu’il procède selon l’adage : « la meilleure défense c’est l’attaque». De toute façon, moi je ne peux me permettre de plaisanter qu’avec mes amis proches. Il n’existe aucune susceptibilité entre amis et aucun de nous ne se permet de tourner l’autre en dérision devant une personne étrangère. On le fait entre nous juste pour plaisanter et la bonne intention est prouvée dans tous les cas. Avec les plus rapprochés, je me permets de rire, de plaisanter, de faire le clown, de taquiner… Mais s’agissant de personnes que je connais superficiellememt, je reste sur mes gardes et je fais en sorte de ne jamais dépasser les bornes. En toute chose, il y a une limite à ne pas franchir. Celui qui veut se faire respecter doit d’abord être respectable», dit-il.
Saïf, 18 ans élève, dit aussi que la plaisanterie exagérée tourne toujours au vinaigre et l’ambiance peut selon le cas, se transformer du divertissement à une ambiance complètement envenimée. «Généralement, les persifleurs et les narquois ne supportent aucune critique. Pourtant, ils n’ont pas froid aux yeux de ridiculiser et de blesser les autres. Leur présumé sens de l’humour démontre pourtant de vilaines intentions. Et si quelqu’un leur dit d’arrêter, ils lui reprochent de manquer d’humour, d’être susceptible et ne pas avoir l’esprit sportif. Dans la majorité des cas, ces personnes-là ne savent pas se mettre de limites. Tout pour eux est valable comme sujet de plaisanterie même l’honneur et la dignité des autres. En effet, ce genre de mauvaises plaisanteries finit dans la plupart du temps en désastre. Il arrive que des personnes s’entre-tuent à cause d’une overdose d’humour. Je dis donc que le sens de l’humeur est à consommer avec beaucoup de modération. D’abord l’on doit choisir avec qui plaisanter et surtout quand est-ce qu’il est permis de plaisanter. L’état psychologique du vis-à-vis et sa nature doivent absolument être pris en considération. Si un farceur ne maîtrise pas parfaitement son jeu, il vaut mieux qu’il s’abstienne parce que les conséquences peuvent être vraiment graves. En plus si l’on ne sait pas choisir le moment qu’il faut et les mots qu’il faut pour divertir quelqu’un et lui arracher le sourire, c’est que l’on doit être ou bien un nul en matière de plaisanterie ou encore c’est une preuve que l’intention n’est pas de divertir mais de nuire, de vexer et de blesser», dit-il.
Hamza, 17 ans, partage le même avis. Le jeune trouve révoltant certaines plaisanteries outrées. «Trop, c’est trop ! Je suis totalement pour le sens de l’humour tant que cela s’inscrit dans un cadre inoffensif et innocent. Mais il suffit parfois d’un seul mot en plus pour que la situation dégénère. Le comique est le genre de comédie le plus difficile. C’est tout un art qui ne peut pas être à la portée de tous et celui qui veut se faire admettre en tant que tel même au sein d’un groupe d’amis doit d’abord maîtriser parfaitement son art. Ce sont les personnes idiotes et ayant un quotient intellectuel trop limité qui rigolent à tort et à travers. En tout cas, moi, je ne suis pas facile à épater. Pour m’arracher un sourire et me divertir, il faut être un vrai professionnel sinon j’aurais l’impression qu’on insulte mon intelligence. Cela dit, certains continuent à faire le clown en médisant les uns et en tournant en dérision les autres. C’est vraiment triste, ces personnes-là méritent vraiment la pitié dans la mesure où elles n’ont pas pu s’affirmer ne serait ce que sur un seul plan et tout ce qu’elles possèdent comme armes est un surdosage de méchanceté qu’elles enrobent dans un emballage de plaisanterie. Elles ne récoltent que quelques rires stupides d’une bande d’imbéciles ! Avant de s’aventurer à jouer aux farceurs, il faut d’abord maîtriser son art. Je trouve révoltant qu’un complexé se mette à critiquer les autres et à les ridiculiser alors qu’il se peut qu’ils sont en train de souffrir le martyre ! Je trouve inhumain qu’on puisse rire des malheurs des autres. Déjà avec les plus proches il faut choisir le moment et les mots propices pour plaisanter, que dire alors quand il s’agit de personnes étrangères», dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com