La banlieue madrilène sous tension xénophobe : L’Espagne en émoi





Alcorcon, banlieue sud de Madrid, vit sous tension depuis que le week-end dernier des centaines de jeunes Espagnols ont lancé une violente chasse aux adolescents sud-américains. une flambée xénophobe qui a mis l'Espagne en émoi.

Le Quotidien-Agences
"J e suis prêt à recommencer", affirme Israël. Cet adolescent âgé de 17 ans a participé aux rixes censées venger l'agression d'un jeune Espagnol dans cette cité dortoir de 160.000 habitants, dont 21.000 émigrés, située à une quinzaine de kilomètres de la capitale.
Bilan de ces attaques, auxquelles ont répondu des groupes d'adolescents
latino-américains : sept blessés, dont un atteint de six coups de couteau, neuf arrestations, saisie de couteaux, de battes de base-ball, de machettes, etc.
Toute la semaine, médias et classe politique espagnols se sont demandés si ces incidents étaient isolés ou témoignaient d'un malaise plus profond en gestation, d'un défaut d'intégration que l'on croyait être l'apanage de pays comme la France et la Grande-Bretagne.
La surprise a été totale dans une Espagne en plein boom économique, fière d'avoir absorbé sans problème notable quelque trois millions d'immigrants ces dix dernières années.
Depuis le week-end, les parents des enfants d'Alcorcon sont inquiets.
Malgré une forte présence policière, certains jeunes Espagnols ont encore soif de revanche.
"Je ne suis pas raciste, mais on en a marre d'eux", explique Israël, jogging, piercings et casquette vissée sur la tête, en désignant une première
génération de jeunes immigrants latino-américains jugés parfois envahissants.
"Ils rackettent les plus petits, ils accaparent nos terrains de sport, alors qu'on est chez nous", renchérit Alberto, un lycéen âgé de 17 ans. "Il y avait déjà eu des bagarres cet été", explique Pilar, 16 ans.
Les parents des adolecents espagnols sont inquiets, mais certains
n'hésitent pas à défendre la révolte de leurs enfants.
"Leur réaction a été normale, ils en ont marre", explique Elena, venue chercher sa fille de 13 ans à la sortie du Collège, alors qu'elle rentrait seule d'habitude.
Alcorcon semble pourtant tout faire pour l'épanouissement de ses jeunes : squares tous les 100 mètres, dizaines de terrains de sport, parcs verdoyants, etc.

«Simple incident»
La mairie a tenté de minimiser l'importance des rixes du week-end, évoquant de simples "incidents ponctuels" et niant l'existence de groupes violents à Alcorcon.
Mais une étude rendue publique jeudi évoque la présence de huit bandes de jeunes violentes dans la commune, "Latin kings" sud-américains, "néonazis", redskins "antifascistes", groupes de Marocains, etc..
"La mairie est aveugle, il suffit de regarder dans la rue pour voir qu'il y a des problèmes", affirme Pilar, devant les grilles de son lycée privé.
Quant aux jeunes Latino-américains, ils ont pratiquement déserté dès lundi les rues de la cité, préférant rester chez eux de crainte de représailles.
"J'ai peur que les gens ne généralisent, mes parents veulent que je rentre plus tôt chez moi", explique Diego, un Colombien de 15 ans ne voulant pas être assimilé à ceux qui ont participé aux bagarres.
"C'est vraiment dommage pour tous les Latino-américains d'Alcorcon, qui
font déjà beaucoup d'efforts pour s'intégrer et trouver du travail", déplore Macario Villalon, président de l'Association d'aide aux immigrés Alba.
La présence policière a été nettement renforcée aux alentours des lycées et des terrains de basket où avaient commencé les disputes, près de la Maison de jeunes.
Le calme semble revenu. Mais des SMS circulent depuis lundi pour convoquer de nouveaux rassemblements samedi.
Beaucoup craignent que ces incidents ne soient récupérés par des groupes d'extrême droite qui battent le rappel auprès de jeunes des communes voisines.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com