Les jeunes et le matérialisme : Tirs croisés sur les relations dénaturées





Nous évoluons dans un contexte où la matière règne en maître. La majorité des êtres humains sont soucieux de vivre à l’abri du besoin. Mais chez certains, le matérialisme est parfois poussé à son extrême au point de devenir le principe de toute chose et la base même de leurs relations humaines et interpersonnelles. Les jeunes sont-ils justement partisans du matérialisme ? Sont-ils soucieux des satisfactions matérielles ? Et sont-ils prêts à tous les excès pour parvenir à leurs fins ?

Tunis - Le Quotidien
Autrefois, nombre de choses ne faisaient pas partie des priorités humaines. Avec le mode de vie moderne, les choses qui étaient considérées auparavant comme subsidiaires sont devenues à présent essentielles. La frime et l’ostentation deviennent monnaie courante par ces temps où l’artifice prime. Bon nombre de personnes dont notamment les jeunes recherchent exclusivement les plaisirs matériels même si pour y parvenir, ils doivent saper les valeurs et les principes humains. Soucieux des satisfactions matérielles, certains jeunes utilisent toute une stratégie pour servir leurs intérêts et ce sans aucune considération de la morale. Ils peuvent même aller jusqu’à sortir des normes acceptables et commettre des excès. L’on voit de plus en plus de relations amicales et affectives basées primordialement sur l’intérêt et le calcul. Dès lors, les sentiments sont faussés et les relations dénaturées. Aujourd’hui, avant de choisir un ou une amie, les jeunes se font d’abord une idée sur sa situation matérielle et calculent minutieusement la rentabilité de la relation. S’ils cherchent un partenaire, nombre de jeunes passent également sa situation financière au peigne fin pour cerner «au centime près» ce que cela peut leur rapporter comme…bénéfice ! Toutefois, certains continuent d’être à cheval sur les principes et refusent de faire profil bas. Ils sont contre les vils intérêts et refusent de se montrer artificiels et impurs.
Mohamed Amine, 22 ans, étudiant, dit qu’il ne peut pas nier le règne du matérialisme. Le jeune homme trouve naturel que l’on accorde un intérêt à l’aspect matériel d’autant plus que la matière et l’argent sont vitaux. Toutefois, il n’admet pas que cette tendance matérialiste soit poussée à son extrême. «Je ne peux pas me comporter avec tout le monde pareillement. Certains de mes proches font preuve de calcul et de matérialisme, je dois donc agir en conséquence. En revanche, je trouve très vilain de me montrer calculateur si mon vis-à-vis possède de hautes qualités humaines. Cela dit, nul ne peut nier que la majorité des relations interpersonnelles, surtout chez la jeune génération sont empreintes de calcul et de matérialisme. Les intérêts mobilisent les gens et je vois que cela est essentiellement dû à l’éducation. Autrefois, la mère était beaucoup plus disponible pour ses enfants et elle leur accorde plus d’attention et d’affection. Or de nos jours, la majorité des mères travaillent et pour compenser leur absence, elle leur donne de l’argent et ce tout en étant incapables de combler le vide affectif. La matière règne en partant du premier noyau social qu’est la famille. La majorité des pères sont également démissionnaires et leur rôle parental est rarement joué convenablement. La relation parents -enfants est basée sur la matière. L’enfant acquiert donc de mauvais réflexes et il mêle l’affectif avec le matériel. De plus la société toute entière a tendance à passer en avant de la scène les personnes qui jouissent d’une bonne situation financière et cela ne peut qu’encourager les enfants à devenir calculateurs et matérialistes. Mais cela ne légitime pas certains comportements matérialistes poussés à leur extrême. Parce que les relations humaines ont tendance à se dégrader et faussées. Nous sommes de plus en plus incapables de cerner l’intention exacte de nos amis et de nos partenaires. Il est vrai qu’il m’arrive de faire un calcul de rentabilité avec certains. Eux aussi procèdent selon le principe du donnant-donnant. Ainsi chacun trouve son compte. Mais je fais en sorte de combattre l’amour de la matière et d’agir naturellement avec ceux qui considèrent beaucoup plus la morale qu’autre chose», dit-il.
Badii Jouini, étudiant, 22 ans, dit qu’il est incapable de se montrer calculateur surtout s’agissant de relation de couple. «La matière et les intérêts sont très courants de nos jours et nul ne peut le nier. Cela dit, je ne me sens pas capable de baser une relation sur l’intérêt. Cela est encore plus vrai s’il s’agit d’une relation de couple. Je digère mal qu’un homme digne accepte qu’une femme le prenne en charge. Je ne peux pas non plus jouer aux hypocrites avec quelqu’un que je n’apprécie pas même s’il jouit d’une situation socio-économique très favorisée. Je suis un homme de principe et je choisis mes partenaires suivant des critères moraux. L’aspect humain prime pour moi et ma nature ne me permet pas de faire profil bas devant une personne bien «calée» ou bien «friquée». D’ailleurs rien ne vaut les réussites et les gains que l’on acquiert avec nos propres efforts. Il est facile de suivre la tendance et de railler les principes et la morale, en revanche il est difficile de rester ancré et de résister aux tentations. Certes, si l’on joue aux calculateurs et aux hypocrites, on peut arriver très vite à faire fortune mais l’on va perdre notre amour-propre et l’estime de soi. Toutefois, il m’arrive de faire des calculs de rentabilité avec les personnes dénuées de principes», dit-il.
Inès Zoghlami, étudiante, 20 ans, est une fille à principes. Elle semble ne jamais avoir fait de calculs de rentabilité de toute sa vie. «Sans argent, personne ne peut vivre ! Il est évident que l’argent fait partie de nos soucis. Mais que la matière devienne la raison de vivre, je trouve cela inadmissible ! L’argent est un moyen pour vivre et il ne peut aucunement être un but. Lorsque je choisis mes amis et mes fréquentations, je ne prends jamais en considération leur situation matérielle et je ne fais jamais de calcul de rentabilité. Ce qui m’importe, c’est que l’on soit sur la même longueur d’ondes, qu’on s’entend et qu’ils soient des personnes de confiance et jouissant d’une bonne réputation. En revanche, je ne peux pas opter pour un futur mari qui a une situation financière critique. Cela n’est pas lié au matérialisme, mais un homme doit avoir de quoi faire vivre sa famille. Je ne chercherai pas un homme spécialement riche, mais quelqu’un qui sera capable d’assumer ses responsabilités de chef de famille et avec qui je serai à l’abri du besoin», dit-elle.
Ramzi, 22 ans, étudiant, dit qu’il a toujours eu affaire à des êtres calculateurs. «C’est fou ce que les gens peuvent être hypocrites et calculateurs. La morale ne compte presque plus et j’ai du mal à distinguer les vraies bonnes personnes de celles qui jouent la comédie ! J’ai une apparence soignée et mes parents jouissent d’une situation socio-économique plutôt bonne. Tous ceux qui l’apprennent se mettent à me coller. Ils considèrent la matière comme le principe de toute chose et cela me révolte ! Je ne sais plus à qui me fier et qui me veut vraiment du bien. Cette tendance est encore plus frappante chez les filles. Il suffit qu’elles détectent l’odeur de l’argent pour qu’elles se mettent à te courir après et je trouve cela très avilissant. De toute façon, l’argent est le dernier de mes soucis et je trouve désolant de voir les êtres humains se mobiliser entièrement pour la matière aux dépens des sentiments et des qualités humaines qui semblent en voie de disparition», dit-il.

Abir CHEMLI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com