Bilan 2006, perspectives 2007





Du four au purgatoire...

Le cru 2006 est le moins qu’on puisse dire frelaté. Miroir d’un monde en débandade, il dégage les miasmes putrides de conflits à répétition et d’événements particulièrement sanglants. Chronique d’une année de braise.

2006 s’apprête à nous quitter sur la pointe des pieds en fanfare et au son des canons. Elle aura été une année éminemment morose et riche en événements affligeants. L’état des lieux dans le monde, tout au long de ce millésime finissant, trahit une situation catastrophique et chaotique cristallisée à travers une montée vertigineuse des foyers de tension, de l’intolérance, de la xénophobie et du rejet de l’autre.
La guerre du Liban constitue à cet effet l’un des événements les plus marquants de l’année 2006. Cette guerre sordide et génocidaire menée par Israël sous des prétextes fallacieux nous a donné à voir l’horreur dans sa dimension perverse et insoutenable avec la complicité tendancieuse et outrancière des grandes puissances, les Etats-Unis en tête. Jamais dans l’histoire un crime aussi abject qui a fait des centaines de victimes civiles et occasionné des dégâts matériels considérables n’a bénéficié d’autant de connivences fétides.
Fait remarquable et nouveau: certains pays arabes qui ont tenu ouvertement pour responsable de cette guerre le mouvement chiîte libanais de Hassan Nasrallah ont cautionné implicitement ce crime. Il était question pour Israël de liquider le Hezbollah quel qu’en soit le prix pour préparer le terrain à une nouvelle reconfiguration géostratégique de la région. Mal lui a pris, car non seulement cette offensive militaire s’est traduite par la dislocation du mythe d’invulnérabilité de l’Etat hébreu et d’invincibilité de Tsahal mais également elle a sonné le glas du projet américain de «Grand Moyen-Orient».
L’année 2006 n’aura pas été porteuse de bonnes nouvelles pour l’Irak. Loin s’en faut, le pays de l’Euphrate, trois années après la chute du régime de Saddam Husseïn, a définitivement plongé dans les abîmes du chaos. La violence inouïe prévalant dans ce pays et qui gagne d’intensité chaque jour un peu plus, prend désormais les allures funestes d’une guerre civile aux conséquences désastreuses. Comble d’ironie et de paradoxes, même les Etats-Unis les maîtres d’œuvre de ce bourbier ont fini par admettre, en désespoir de cause, qu’ils ne pouvaient plus gagner leur guerre, encore moins «pacifier» un Irak livré plus que jamais aux affres de l’incertitude.
Sur le front afghan, la situation est tout aussi apocalyptique. Le pays de Karzaï donne l’amère impression d’évoluer dans un marécage: sitôt il retire un pied que l’autre s’embourbe davantage. Dans cette contrée extrême-orientale, le syndrome irakien y fait des émules et les attentats à la voiture piégée y sont devenus monnaie courante. Les Talibans, chassés manu militari du pouvoir il y a trois ans, reprennent du tonus et donnent le tournis à la coalition américano-britannique et aux forces de l’OTAN dépêchées en catastrophe pour rétablir la situation. Un chiffre qui ne trompe pas: au 15 décembre 2006, 3278 GI’S ont perdu la vie en Irak et en Afghanistan.
Une situation exécrable qui se vérifie également du côté des Territoires palestiniens où l’armée israélienne a ratissé large tout au long de l’année 2006.
Sans doute frustré par la fin en queue de poisson de son aventure hasardeuse au pays du Cèdre, Israël a laissé libre cours à sa folie meurtrière et dévastatrice en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza. La politique de la terre brûlée et de strangulation systématique privilégiée par l’Etat hébreu à dessein d’étouffer le gouvernement du Hamas d’Ismaïl Haniyeh a accru le drame du peuple palestinien et corsé davantage la situation.
Faute de semer les roses de l’espoir, 2006 nous a gratifiés de la crise des... champignons atomiques iraniens et nord-coréens. Une crise qui n’est pas encore prête à connaître son épilogue et qui risque de déboucher sur un nouveau conflit armé aux conséquences très incertaines. Quand la légalité internationale est violée sans ménagement et à répétition à des fins bassement hégémoniques et stratégiques, et quand le concept de «guerre préventive» est érigé en système, la course aux armements non conventionnels ne peut que couler de source. Pour des considérations logiques et objectives le monopole de la terreur n’est point la chasse-gardée des gardiens du temple atomique.
2006 aura confirmé par ailleurs le fossé béant qui sépare désormais le Monde occidental et le Monde musulman. La nébuleuse affaire des caricatures blasphématiores à l’encontre du Prophète Mohammed et la polémique déclenchée par les propos indélicats du Pape Benoît XVI sur le Coran et la dimension belliqueuse de l’Islam confirment de manière éclatante ce constat. Les partisans d’un affrontement entre l’Occident et l’Orient gagnent ainsi et méthodiquement des points. Même si de nombreuses voix s’élèvent régulièrement pour stigmatiser le concept de la guerre des civilisations, rien n’est fait concrètement pour prévenir cette sombre perspective. Et c’est là où résident le véritable danger et la menace majeure qui pèse sur la stabilité du monde.
Pour toutes ces raisons, 2007 qui prend le relais, hérite d’un legs le moins qu’on puisse dire explosif. Dans l’état actuel des choses, la nouvelle année part plutôt avec les défaveurs des pronostics et les chances qu’elle fasse mieux que celles qui l’ont précédées sont infimes pour ne pas dire inexistantes.
Pourtant, il faut continuer à cultiver l’espoir de voir émerger un nouvel ordre mondial moins sujet aux tensions et marqué par une cohabitation heureuse entre les cultures, les religions, les peuples et les nations. Un espoir qui relève malgré tout du domaine du réel, pour peu que l’humanité consacre la raison, la justice et la solidarité, privilégie la résolution pacifique des conflits et mette bon ordre dans le village planétaire en tirant les enseignements du passé récent.

Chokri BACCOUCHE




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com