Exécution de Saddam Husseïn : Pour qui sonnera le glas ?





La mise à mort expéditive de Saddam Husseïn dégage les relents d’un assassinat politique.
Un assassinat délibéré aux lourdes conséquences sur le cours des événements.

Tunis — Le Quotidien
Terrible charge émotionnelle que celle générée par l’exécution sommaire de l’ancien Raïs irakien Saddam Husseïn. Au moment où l’ensemble du Monde arabo-musulman s’apprêtait à célébrer la fête sacrée de l’Aïd El Idha, la nouvelle est tombée comme un couperet provoquant un choc terrible et un sentiment diffus de colère, de frustration et d’incompréhension auprès de millions de téléspectateurs arabo-musulmans. Les images de cet assassinat politique diffusées en boucle par les chaînes satellitaires ne pouvaient laisser insensibles tous ceux qui les ont vues. Elles montrent un Saddam Husseïn la barbe hirsute mais les traits du visage que ne trahissent aucune crainte ni peur. Un Saddam Husseïn résigné et qui fait face à son destin avec un remarquable courage et une foi à toute épreuve, au moment où ses bourreaux le conduisaient sur l’échafaud. Imperturbable alors qu’il vivait les derniers instants de sa vie, il laisse transparaître une certaine sérénité, comme pour signifier à ceux qui s’impatientaient de le voir pendu au bout de ce grossier nœud coulant de hâter l’accomplissement de leur ignoble besogne et d’abréger l’exécution de la dernière séquence de cette sinistre mise en scène politico-politicarde, fortement médiatisée.
Jamais dans l’histoire un procès et une mise à mort d’un chef d’Etat souverain n’a été aussi expéditive, aussi grotesque, absurde et scandaleuse. Ouvert le 21 août dernier, ce procès, entaché par d’innombrables irrégularités et vices de forme, devait fatalement déboucher sur un verdict connu d’avance. Une simple formalité qui dégage les relents d’une insoutenable indécence.
Manquant vraisemblablement d’inspiration et partisans du moindre effort, ses architectes n’ont même pas daigné lui conférer un soupçon d’objectivité et de crédibilité au mépris du sens commun de la morale et de toutes les valeurs universelles.
En fait, le vice dans cette affaire est éminemment viscéral, insidieux, profond et sournois. Il est même distillé à l’état pur et trahit un sadisme sans nul autre pareil comme le confirme d’ailleurs, le timing délibérément choisi à savoir le premier jour de l’Aïd El Idha, pour l’exécution de la sentence. Délibérément, car on aurait pu au moins ménager les sentiments de plus d’un milliard d’arabo-musulmans qui célébraient en ce jour béni un rituel sacré hautement symbolique. Il n’en fut rien et même que le message livré par les commanditaires de cet assassinat politique à travers cette mise à mort ne souffre d’aucune ambiguïté quant au mépris, les ressentiments voire la répugnance qu’ils éprouvent à l’égard de l’Islam et des Musulmans dans leur ensemble.
Le gouvernement irakien de Maliki qui est directement tenu pour responsable de cette mascarade, ne pouvait de toutes façons qu’appliquer les ordres venus d’ailleurs. Réuni il y a quelques jours avec les hauts gradés de l’armée américaine dans son ranch texan au sujet de l’Irak, le chef de la Maison-Blanche a apparemment balayé d’un revers de main toute éventuelle demande en grâce. La mise à mort de Saddam Husseïn devait avoir lieu. Elle était même nécessaire pour la bonne conduite de la nouvelle stratégie envisagée par Washington en Irak. L’ancien maître de Bagdad devait absolument trépasser dans l’hypothétique espoir, d’abord, de juguler les ardeurs guerrières de la Résistance et porter un coup par ricochet au moral de ses partisans et ses sympathisants. Dans la même foulée, le «sacrifice» de Saddam Husseïn car intervenant le jour de l’Aïd est un passage obligé afin que l’Administration US puisse mieux faire passer la pilule du déploiement de nouveaux renforts, comme cela a été annoncé il y a quelques jours.
Last but not least, George W. Bush qui a reconnu tout récemment, en désespoir de cause, que l’Amérique n’était pas en train de gagner sa guerre, avait un besoin urgent ne serait-ce que d’un soupçon de victoire pour doper le tempo de ses troupes lasses et démoralisées et atténuer la terrible pression que fait peser sur lui une opinion publique américaine de plus en plus mécontente.
Deux en un, le chef de l’Exécutif US «gratifie» ainsi aussi bien les Chrétiens que les Musulmans en guise de cadeau pour les fêtes de l’Aïd et de fin d’année, de la tête Saddam, son ennemi juré qui a défrayé la chronique américaine par ses «frasques arrogantes» et celui de sa famille. Un scalp qui pendille sur le Totem de l’injustice et un homme sacrifié, manu militari, sur l’autel d’un nouveau désordre mondial triomphant, inique, et qui se veut le parangon d’une prétendue liberté sur fond d’un «illuminisme» messianique.
A regarder de près, l’exécution de Saddam qui prend à l’évidence des allures d’une vindicte personnelle est un acte hautement prémédité. L’objectif recherché à travers cette liquidation politique est de briser le mythe qu’incarnait aux yeux des masses arabes le défunt président irakien et partant toute velléité arabe de résistance à l’hégémonie US et son diktat.
Non habituée aux actes désintéressés, Washington cherche-t-elle à travers son «laisser faire, laisser passer» et son feu vert explicite à torpiller toute perspective de réconciliation nationale en Irak ?
Les Sunnites irakiens, l’ethnie d’origine de Saddam Husseïn, n’accepteront pas en effet cette brimade des Chiîtes qui sont finalement tombés tête baissée dans un piège vicieux aux conséquences très incertaines sur l’unité en déliquescence de l’Irak. La fin justifiant les moyens, tout coule ainsi de source pour légitimer une présence étrangère à durée indéterminée dans l’ancienne Mésopotamie, qui se retrouve par la force des choses au cœur d’incommensurables enjeux et qui fait l’objet de convoitises insatiables qui n’échappent à personne.
De fil en aiguille, s’agit-il, dans la même foulée d’une tentative de remettre à flot par la force le fameux projet du “Grand Moyen-Orient” qui prend, depuis quelque temps, eau de toute part? Il y a lieu de le croire surtout que le dernier “sommet du futur” qui a eu lieu récemment à Amman et consacré à cette même question s’est achevé selon les observateurs avertis en queue de poisson pour les Américains. La guerre du Liban, la situation exécrable en Irak et les exactions israéliennes dans les Territoires palestiniens ont volé la vedette aux “réformes démocratiques dans le Monde arabe” à l’ordre du jour de cette réunion. “Voilà ce qui advient à ceux qui tiennent tête”… Tel est le message invisible livré par les commanditaires de cet assassinat politique sur la pancarte virtuelle qui trône sur le corps inanimé de l'ancien raïs irakien. La terreur est une méthode vieille comme le temps pour imposer un diktat et faire plier les peuples.
L’ennui, c’est que l’exécution de Saddam Husseïn ne sera point d’un grand secours pour ses artisans.
Quand bien même certaines étapes de son règne seraient discutables, Saddam Husseïn, pour l’écrasante majorité des masses arabo-musulmanes, est mort en martyr. Son procès qui intervient sous occupation n’a aucune légitimité. Un procès politique et non point juridique en somme et une mise à mort expéditive qui a valeur d’assassinat d’un prisonnier de guerre.
Ainsi s'éteignent les lampions sur une nouvelle injustice dans l’histoire tourmentée de l’humanité. Une Histoire qui ne pardonne pas et qui retiendra certainement les noms de ses fossoyeurs et ceux qui l’ont souillée.
Saddam Husseïn est bel et bien mort, mais son mythe restera intact et pour longtemps dans la mémoire collective arabe.
Sa disparition se répercutera, il est à craindre, de manière funeste sur le cours des événements. Ses bourreaux auront certainement l’occasion de mesurer ses effets pervers sur le terrain de la réalité…

Chokri BACCOUCHE


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com