Des intellectuels et des hommes politiques analysent la mise à mort de l’ancien Rais irakien





* Ahmed Inoubli : (Secrétaire général de l’Union Démocratique Unioniste) : Une mort auréolée de gloire...

Précisons de prime abord qu’au moment de sa capture Saddam Husseïn était le président d’un pays membre de l’ONU et le chef d’état-major d’un pays qui luttait contre l’occupation. Cela lui donne automatiquement le statut de prisonnier de guerre. Les forces de l’occupation ont d’ailleurs fini par l’avouer du bout des lèvres. Si l’on se réfère aux principes de base du droit international et à toutes les conventions internationales, le Raïs irakien ne peut en aucun cas être traduit devant une juridiction mise en place par les occupants pour être inculpé de soi-disant crimes qui relèvent de la souveraineté nationale. En un mot, le procès de Saddam Husseïn est dénué de toute légalité. Il résulte de ce qui précède que l’exécution du président irakien est un assassinat d’un homme politique planifié par l’occupant américain et exécuté par des pions irakiens et des agents à la solde de l’Iran.
L’objectif à peine voilé du crime est d’anéantir toute velléité de résistance et de lutte contre l’hégémonie américaine en s’attaquant à un symbole de la lutte contre l’impérialisme US.
N’en déplaise à ses détracteurs, Saddam Husseïn a fait preuve lors de son exécution d’un courage hors pair et a défié ses bourreaux. Il n’avait pas besoin de se voiler la face à l’inverse de ses bourreaux qui avaient arboré des masques noirs pour cacher leur trahison. Ces masques noirs rappellent d’ailleurs ceux utilisés par les bandes de criminels lors des hold-up. La loyauté du Raïs envers la nation arabe et la Palestine meurtrie est un message à tous les militants pour la liberté. Cela sonnait comme un appel ou encore un passage de témoin à des militants sincères qui devraient continuer la lutte contre l’occupation des territoires arabes.
La mort auréolée de gloire de Saddam Husseïn fait de lui un symbole. Et c’est ainsi que ses bourreaux lui ont rendu, sans le vouloir, un grand service.

W.K.

* Moncef Ezzahi (Secrétaire général adjoint de l’UGTT) : Un acte prémédité

Il va sans dire que le timing choisi pour exécuter le Président irakien déchu constitue une véritable humiliation pour des centaines de millions d’arabes et de musulmans, autant dire le fruit d’une préméditation diabolique. Il ne faut pas être un analyste rompu aux motivations de l'équipe va-t-en guerre de l’administration Bush pour savoir qu’il ne s’agit pas d’un hasard de calendrier. Beaucoup de signes qui ne trompent pas laissent croire que les faucons de la Maison-Blanche mènent une nouvelle croisade contre le monde musulman bien que les Américains - les gouvernements cela s’entend — n’en sont pas à leur premier assassinat du leader d’un pays souverain. En témoigne l’affaire Noriega de sinistre mémoire.
Toujours est-il que Saddam Hussein restera un héros aux yeux de la nation arabe. Reste que les pays arabes et musulmans devraient tirer les enseignements de cet acte barbare.
La plus importante leçon à retenir consiste à résoudre les conflits interarabes loin de toute immixtion étrangère dans nos affaires. En d’autres termes, nous sommes appelés à laver notre linge sale en famille. Il faut en quelque sorte barrer la route aux interférences étrangères sous le couvert de la liberté et de la démocratie.
Les régimes arabes devraient, d’autre part, faire preuve de plus d’ouverture sur le plan de la démocratie et des libertés.
Des richesses naturelles à la superficie en passant par le capital humain et les compétences, le monde arabe dispose de tous les atouts pour avoir un poids géostratégique plus important.
Malheureusement ces atouts continuent à être mal exploités, voire marginalisés et c’est là que le bât blesse.

W.K.

* Mohamed Bouchiha (Secrétaire général du Parti de l’Unité Populaire) : Une provocation pure et dure…

L’exécution du Président légitime de l’Irak qui a coïncidé avec les fêtes religieuses musulmanes et chrétiennes constitue une provocation pure et dure. Cet acte barbare met à nu une tendance qui puise son existence et sa force des conflits entre les peuples et les civilisations. Cette mentalité nourrit les sentiments de la haine et les conflits confessionnels.
A cela s’ajoute la mise en place d’une juridiction illégale pour juger Saddam Husseïn. Bref, tout concourt à faire de l’exécution de Saddam une décision américaine avant tout.
Le gouvernement irakien est de l’avis de tous les observateurs incapable de fluidifier le trafic dans une rue de Bagdad. Comment peut-il dès lors prendre une décision aussi importante que l’exécution du Raïs? Quoi qu’il en soit, l’administration US semble incapable de retenir les leçons de l’histoire. Elle continue en effet à faire le marketing de son projet du nouveau Moyen-Orient à l’heure où sa cote est au plus bas.
D’autre part, Saddam Husseïn est devenu un symbole de la lutte contre l’occupation.
Les Irakiens, eux, sont par contre appelés à retenir la leçon et à œuvrer pour cristalliser l’unité nationale qui était une réalité palpable du temps de l’ancien président. Cette unité est une conditions sine qua non de la lutte contre l’occupation.

W.K.

* Abdallah Labidi (Consultant en politique internationale) : Exécution d’un symbole

L’exécution de Saddam Hussein est sans aucun doute un événement d’importance qui a constitué un électrochoc pour le monde arabo-musulman. Il apparaît clairement que tout a été minutieusement calculé pour exécuter le symbole de la nation arabe. Nous avons découvert à travers les images transmises par les différentes chaînes satellitaires que les commanditaires de cette mise en scène vouent une haine indescriptible à la personne de Saddam. On a longtemps parlé de la politique de deux poids et deux mesures à l’encontre des pays arabo-musulmans et en particulier dans le conflit qui secoue le Proche-Orient.
Ce qu’on a oublié de dire, c’est qu’il s’agit bel et bien d’une philosophie occidentale viscéralement ancrée dans les esprits et minutieusement orchestrée par des ténors à visage découvert. Nous oublions également qu’il existe derrière ce comportement un chauvinisme religieux indiscutable.
D’aucuns se rappellent les visions «prémonitoires» de Bush quand il affirmait avoir rencontré Dieu. Les attaques contre le monde arabo-musulman fusent de partout. L’exécution de Saddam Hussein constitue ainsi une étape importante de l’histoire qui va sans aucun doute secouer les esprits et permettre à beaucoup de revoir leurs positions et de saisir les véritables enjeux.
Malheureusement nous ne sommes plus aujourd’hui dans la logique des Etats mais plutôt dans une autre logique où chacun applique son propre agenda pour défendre des intérêts spécifiques.

Prospos recueillis par L.T.

* Ezzeddine Zaâtour (Secrétaire général de l’Union Générale des Etudiants de Tunisie) : Le visage laid et inhumain de l’impérialisme américain

L’éviction de Saddam Husseïn, sa capture, son procès et son exécution ont révélé d’une façon on ne peut plus claire le vrai visage de l’impérialisme américain drapé de fausses vertus et de prétextes fallacieux.
Le monde entier sait désormais que la liberté promise aux Irakiens n’est qu’un miroir aux alouettes. En voulant humilier le Raïs déchu, les Américains et leurs alliés chiîtes lui ont rendu un service inestimable. Ils ont fait de lui un martyr et un symbole de la lutte contre l’impérialisme. Son nom sera inscrit en lettres d’or dans les annales de l’histoire en tant que combattant pour l’indépendance de son pays et pour la liberté.
Sur le terrain, son exécution ne peut que donner de l’eau au moulin de la résistance.
Le visage de l’impérialisme américain apparaît aujourd’hui très laid, inhumain et barbare. Et c’est tant mieux car les peuples ne vont plus croire à la démocratie des missiles et aux recettes importées des droits de l’homme. Pourquoi les Américains n’avaient-ils pas cherché à apporter la démocratie et la liberté à de nombreux peuples des pays lointains et de bleds perdus aux fins fonds de l’Afrique ou ailleurs? Cela dit, les régimes arabes ne devraient plus recourir à la politique de l’autruche. Ils sont appelés à regarder la vérité en face et à ouvrir la vanne des réformes dans tous les domaines afin de consolider le front interne, lequel constitue le meilleur rempart contre les dangers extérieurs.

Walid KHÉFIFI




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com