Saddam Hussein Al Majîd : L’Arabe qui a dit “Non’’… et qui l’a payé de sa vie !!





Pourquoi celui qui était le “chouchou’’ incontesté des Américains et des Occidentaux lors de la première guerre du Golfe est-il devenu leur Ennemi Public n°1 ? Simplement parce qu’il a dit “Non’’.
Non, je ne suis le vassal de personne !
Non, je ne ferai pas cadeau du pétrole irakien !
Non, je refuse d’abandonner les ambitions irakiennes de prospérité ! Non, je n’accepterai jamais la sauvagerie israélienne !...

Tunis-Le Quotidien
Ne nous voilons pas la face car nous savions tous, et depuis des années, que le sort de Saddam Hussein était scellé dès alors qu’il avait affirmé son autorité sur le pétrole irakien et qu’il avait ‘’osé’’ s’attaquer à Israël.
Mais, par delà la spécificité des événements, c’est sans le moindre doute le caractère entier de Saddam qui avait rendu ses ennemis de plus en plus fous de rage. Ils n’ont jamais accepté la longue suite d’épisodes où il les avait défiés sans vergogne, affirmant encore et toujours la chose qui était la plus chère à son cœur : la souveraineté de l’Irak. Un ‘’blasphème’’, puisqu’il ne pouvait en être ainsi pour les Maîtres-du-Monde qui conçoivent le pétrole en particulier, et ce où qu’il se trouve sur le planète, comme leur propriété exclusive, obéissant à leur bon vouloir et leurs intérêts car chacun sait pertinemment que tout ce joli monde est actionnaire dans toutes sortes d’entreprises pétrolières de stature mondiale.
Dans ces conditions, il leur était impossible d’accepter que Saddam reste à la tête de l’Irak, tout spécialement après qu’ils l’aient soutenu sans réserves dans la guerre Irak-Iran. A leur goût, il était devenu trop enclin au défi, trop porté à leur tenir tête. Et cela donnait le ‘’mauvais exemple’’ à tous ceux qui en avaient par-dessus la tête de l’interventionnisme US, par exemple au Sud-même des Etats-Unis.
Saddam Hussein ne le voyait pas de cet œil ; il était simplement convaincu qu’il était dans son droit et que les ressources de l’Irak ne devaient aller qu’aux Irakiens. Toute sa vie avait mené à cette conviction.
Saddam Houssein al Majîd est Né le 28 avril 1937 dans une famille très pauvre de paysans du village d'al-Auja, non loin de Tikrit. Son père était mort peu avant ou peu après sa naissance. Son enfance fut assez rude et, dès l'âge de six ans, il commence à travailler. À l'âge de huit ans, il quitta le domicile familial et fut recueilli à Bagdad par un oncle maternel, Khairallah Talfah, ancien officier qui avait soutenu la révolution de Rachid Ali Gaylani et qui est devenu maître d'école. Il le scolarise dans l'école municipale et Saddam était alors l'élève le plus âgé de sa classe. Khairallah part ensuite pour Bagdad avec le jeune Saddam, où en plus d'aller à l'école il exerçait de petits métiers. Son oncle lui apprend également le maniement des armes, l'instruit sur l'histoire de l'Irak ; Nabuchodonosor pour l'histoire antique et Saladin pour l'histoire médiévale.
Il donne sa fille en mariage à Saddam. Il rentre ainsi de plain-pied dans la tribu des Albou Nasser. En 1981, on disait que ce même oncle lui écrivait encore de ne pas oublier « Trois choses que Dieu n'aurait pas dû créer : les Perses, les Juifs et les mouches. ». Admiratif de son oncle, il décide de devenir comme lui, officier. Mais, après la fin de ses études secondaires, le jeune Saddam rejoint une cellule clandestine du parti Baath (le parti socialiste de la Renaissance arabe). Ce parti, fondé par un Syrien chrétien, Michel Aflaq et par un musulman Salah al-Din al-Bitar, prônait en fait un arabisme laïc mélangé de références socialistes.
Membre du parti Baath, il milite dès le début des années 1950, pour l'unité arabe. Quelques années plus tard, il est condamné avec son oncle à six mois de prison pour avoir tué un informateur de la police. Il participe en 1956 à un coup d'Etat avorté contre le roi d'Irak, soutenu et imposé par la Grande-Bretagne. En 1958, un autre groupe, sous la direction du général Kassem, un officier nationaliste très à gauche, parvient à détrôner le roi.
Le 7 octobre 1959, il fait partie d'un groupe qui tente de tuer le général Kassem, mais ils échouent, et Saddam est blessé lors de cette opération. Il traverse alors l'Euphrate à la nage et, avec l'aide des réseaux syriens, il traverse le désert, il se réfugie parmi des bédouins et réussit à se réfugier d'abord à Damas où il rencontre des baathistes syriens. Il reste à Damas pendant trois mois, c'est pendant ce court séjour qu'il fait la connaissance de Michel Aflaq et devient membre à part entière du parti. Puis il part au Caire, à l'époque de la République arabe unie, et il est condamné par contumace à mort par le gouvernement irakien. Il continue sa scolarité au Caire, où il obtient son diplôme en 1961, puis en 1962 il entame des études de droit. Mais il est contraint d'abandonner ses études pour partir en Irak.
Après la révolution irakienne du 8 février 1963, lors de laquelle le général Kassem est renversé par des groupes baathistes commandés par le général Aref, Saddam Hussein revint en Irak en passant par la Syrie où il rencontre une nouvelle fois Michel Aflaq qui lui transmet un message qu'il devait donner à Bakr. Il se fait l'intermédiaire des baathistes syriens et irakiens. Il participe également à plusieurs conférences panarabes, du parti à Damas, où il expose les mêmes idées qu'Aflaq. Avec son retour en Irak, il travaille au recrutement de nouveaux militants.
En 1964, Saddam prévoit d'assassiner le président Aref. L'attentat qui était prévu pour le 5 septembre est connu de la police la veille et il se fait emprisonner avec un complice. Durant sa détention, sa femme Sajida lui rapporte des livres approfondissant ainsi sa culture nationaliste. Il parvient à s'évader le 23 juillet 1966 au cours d'un transfert entre deux prisons. Il se consacre alors à la constitution d'une branche clandestine du Baath qui implique une centaine de personnes.
Ecarté du pouvoir, pour un temps, le parti Baath revient en force, lors d'un coup d'État, le 17 juillet 1968, et devient le parti le plus puissant et le mieux structuré de la région. Lors de la "révolution blanche" (nom donné parce qu'aucune goutte de sang n'a coulé pendant ce coup d'Etat), Saddam Hussein avait assiégé le palais présidentiel avec un tank. Le 30 juillet 1968, Saddam limoge le premier ministre et le ministre de la défense en personne. Au sein du Baath, Saddam prend la tête des services de sécurité, à l'âge de 31 ans. Il occupe également le poste de vice-président du Bureau révolutionnaire alors que son oncle par alliance, le général Ahmad Hasan al-Bakr, dirigeant baathiste historique, était le nouveau président du pays.
Épaulé par son groupe, sa « tribu », constituée de sa famille proche, de ses nombreux cousins et alliés, et des natifs de sa ville de Tikrit, Saddam Hussein, peu à peu, « élimine » ses rivaux, et réussit à contrôler Bagdad, la capitale. Il devient vice-président de la république en 1971. Cependant pour contrôler le pays, il a besoin d'un parti politique solide (Saddam Hussein se rend aussi en France la même année, le 14 juin). Le Parti Baath, devient rapidement tel qu’il l’a voulu.
Le 1er juin 1972 il commence une vaste nationalisation des compagnies pétrolières monopolistes qui se trouvaient jusque là entre des mains étrangères. L'Irak connaîtra alors un développement industriel et social sans précédent. Saddam Hussein s'est efforcé de moderniser l'économie et l'industrie. En 1979, il remplace à la présidence de l'Irak Ahmad Hasan al-Bakr suite à son renoncement pour raison de santé.
Dans le même temps, d'énormes progrès au niveau social auront été accomplis sous sa présidence. L'Irak s'industrialise rapidement et devient l'un des pays arabes où le niveau de vie est le plus élevé, avec comme résultat l'émergence d'une véritable classe moyenne.
En 1973, Saddam lance la « Campagne nationale pour l'éradication de l'illettrisme » un plan ambitieux visant à lutter contre l'analphabétisme. L'école devient gratuite, obligatoire et séculière pour les garçons et les filles. En moins de dix-huit mois, le nombre d'enseignants atteint le nombre de soixante-deux mille personnes, par ailleurs le nombre de filles scolarisées est multiplié par trois. L'Unicef reconnaît que l'Irak a pratiquement éradiqué l'illettrisme et aura poussé la scolarisation des Irakiens à un niveau encore inédit au Moyen-Orient. En 1982, l'Unesco remet un trophée à l'Irak pour l'effort d'alphabétisation dont avait fait preuve le gouvernement à l'égard des filles. Près de 95% des filles étaient scolarisées. En 1977, 70% des pharmaciens et 46% des dentistes étaient des femmes. Par ailleurs, une élite intellectuelle et scientifique voit rapidement le jour. L'Unesco explique que :
« Le système éducatif en Irak avant 1991 était l’un des plus performants dans la région, avec un taux brut de scolarisation proche de 100 % dans l’enseignement primaire et un niveau élevé d’alphabétisation pour les deux sexes. L'enseignement supérieur était de qualité, particulièrement dans les établissements d’enseignement scientifique et technologique, et le corps enseignant compétent et motivé.»
De par sa jeunesse difficile, il souhaitait que tout le pays sache lire et écrire, car pour lui l'éducation gratuite était un pas de plus vers l'égalité. Dans son esprit, l'éducation gratuite concerne aussi bien l'accès à l'école en elle-même, que l'obtention de livres scolaires et la gratuité des moyens de transport. C'est pour cette raison que dans les années 1970 et 1980, le ministère de l'éducation irakien distribue tous les outils nécessaires à une bonne éducation. Les élèves pouvaient se rendre à l'école grâce à des bus qui étaient gratuits, et à la fin de leur année scolaire, tous les élèves recevaient un cadeau, comme des montres pour les collégiens et les lycéens.
Les frais d'hospitalisation sont dorénavant pris en charge par l'État et des subventions sont accordées aux fermiers. Le système de santé irakien devient l'un des plus modernes et efficaces de tout le monde arabe ; les services publics ne sont pas en reste, car le recrutement se fait dorénavant sur le mérite.
L'Irak dépendant grandement du pétrole, Saddam tenta de diversifier l'économie en menant un plan d'industrialisation. L'Irak devient donc le premier État arabe à avoir utilisé sa rente pétrolière pour procéder à son industrialisation. Il entreprend la construction de routes, de grands axes autoroutiers et des bâtiments ainsi que le développement d'industrie. Il lance une révolution énergétique, amenant l'électrification de presque toutes les villes d'Irak (même les villes se situant dans les campagnes ou difficile d'accès). Près de dix mille villages ont été électrifiés en même temps. Par ailleurs, il fait distribuer gratuitement aux irakiens des réfrigérateurs et des téléviseurs.
Avant les années 1970, l'Irak était un pays largement rural ; suite aux différentes réformes, l'urbanisation s'étend. Saddam redistribue les terres aux paysans, qui étaient auparavant dans les mains d'une minorité de personnes. Il lance une réforme agraire devant permettre aux fermiers de maximiser le profit de leur exploitation. L'agriculture est donc mécanisée, et les paysans ne sachant pas utiliser les nouvelles machines sont formés par le gouvernement. Cette réforme avait également comme but de mettre fin au féodalisme.
Il lance également une véritable politique culturelle, il réhabilite et entretient les anciens palais datant de l'Empire Abbasside, l'ancienne cité de Babylone, les palais de Nabuchodonosor, la triple enceinte ainsi que la porte d'Ishtar à Babylone. Il fonde plusieurs musées à Baghdad en vue de rassembler et de conserver le patrimoine historique irakien.
En 1980, l'Irak était le seul pays arabe en passe d'atteindre l'autosuffisance alimentaire. Mais sa politique de modernisation ne s'arrêtait pas à l'Irak, car voulant la modernisation du monde arabe il lance le "Fonds national pour le développement extérieur". Il propose que l'augmentation du prix du brut, soit, en partie, consacrée à aider les États arabes les plus pauvres par l'intermédiaire d'un fonds de répartition. Cette proposition est saluée par les citoyens des pays arabes, mais elle est immédiatement rejetée par les émirs du Golfe.
Saddam Hussein avait comme rêve de restaurer le vieil empire babylonien, la grandeur de l'antique Mésopotamie et le rayonnement de l'empire abbasside. Il revendiquait un destin prestigieux pour l'Irak, voulant faire de son pays un Etat fort, première puissance militaire et technologique de la grande « nation arabe ». Il se réclamait d'ailleurs une descendance directe avec Saladin.
Sous la direction de Saddam Hussein, l'Irak devient ainsi une puissance régionale, en partie grâce aux revenus du pétrole et au soutien à la fois des pays occidentaux et du Bloc de l'Est, mais bénéficiera également du support idéologique des partis socialistes. Après la révolution islamique d'Iran qui isole diplomatiquement ce pays, l'Irak est perçu par l'Occident comme une force stabilisatrice pour la région, un barrage territorial et humain qui peut et sera utilisé pour barrer la route aux islamistes vers les richesses de la « corne arabique ».
L'Irak bénéficie alors d'un large soutien international et des pays comme la France et les Etats-Unis (qui espéraient affaiblir le régime islamiste iranien et ainsi favoriser sa chute) lui fournissent en grande quantité armes et technologies, l'URSS restant toutefois le premier fournisseur d'armement. Le Raïs est sacré champion de l'Occident.

M. A.




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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com