Hommage à Sacha Guitry : Toa: un coup de cœur théâtral





A l’occasion du 50ème anniversaire de la mort de Sacha Guitry, l’Atelier Théâtre de Tunis a donné à la Bonbonnière les 30 et 31 décembre 2006 la pièce Toa, écrite par le diable du verbe entre 1948 - 1951. Elle pétille encore cette merveille.
Samedi 30 décembre, il n’y a pas eu vraiment foule devant (et dans) le Théâtre municipal. Et pour cause: tout le monde est en vacances (scolaires, de la fête de l’Aïd et de fin d’année administrative). Toa, en coproduction avec la municipalité de la capitale, a été tout de même donnée par l’Atelier Théâtre de Tunis, fondé depuis 1977 et qui nous a fidélisés depuis par au moins une création tous les ans et avec des pièces cultes.
Le lendemain, il n’y a pas eu autant de sièges vides. Il y a ceux qui affectionnent la langue de Molière et qui ont préféré clôturer l’année avec du théâtre avant de se partager le gâteau du nouvel an et l’espace de se remplir à moitié.
Ce n’était donc pas une mauvaise idée pour programmer du théâtre la veille de la Saint Sylvestre. Car regarder une pièce signée par Sacha Guitry reste toujours un moment de bonheur. Et quand le théâtre est savamment monté, il ne risque pas de prendre des rides ou ridules.
Ceux qui ont raté les deux rendez-vous n’ont pas à disposer totalement. Puisqu’il en reste un troisième au Théâtre municipal le 11 janvier 2007 et un autre au centre culturel de la ville de Tunis (CCVT) de la Kasbah. Une représentation est aussi prévue en janvier du côté de Bizerte.
Ceci nous reste à dire qu’à chaque fois que les hommes de théâtre reprennent et revisitent le classique, qui plus est l’œuvre de Guitry, les mordus du 4ème Art ne s’en lassent jamais, affichent leur intérêt et répondent souvent présents à l’invitation d’une œuvre pas comme les autres et qui traverse le temps et la géographie sans visa. Mais elle prend avec elle, toujours et toujours en otage un thème familier. Celui de l’homme et de sa complice, la femme. Dans la plus intime des relations.
La plus vieille aussi. L’éphémère et l’éternelle. La plus alimentée et pimentée et la plus inépuisable. Dans l’ineptie et l’intelligence à la fois. Le sujet est fait de cette gourmandise qui côtoie l’humanité dans son cercle de vie. Un cercle naturellement vicieux, qui tourne, qui tourne et tourne sans s’arrêter. Jamais.
Sacha Guitry, fils du comédien Lucien qui a vu le jour à Saint-Pétersbourg et qui a terminé toute sa vie en France, a acquis l’esprit des salons parisiens de la première moitié du 20ème siècle. Un esprit un brin mordant mais d’une rare finesse et qui lui a valu l’emprisonnement à Fresnes par les officiers allemands. Chez Sacha, c’est donc le style et le vrai. Le caustique. Car chez lui, il y a ce don d’une langue si fluide et si fertile, frappée par le naturel, la transparence, l’extrême sensibilité qu’on trouve et retrouve à souhait dans les jeux de mots et la précision des sens.
Toa, comme toutes les précédentes sur scène ou dans des films, incarne les mêmes manières de «Le nouveau Testament», «Le diable boiteux», «La Poison» ou autres. «Si Versailles m’était conté...». Elle est tirée du matelas conjugal, surpiquée par le quotidien des Bourgeois. Loin donc cet auteur de la bourgeoisie d’être le bourgeois gentilhomme. Sacha en a fait de cette arène de confusions son combat et son contrat perpétuel avec la scène. C’est avec l’humour grinçant et le verbe aidant que l’autre des plus fougueux a balayé les traditions d’une classe constipée dans son mode de vie et s’est moqué royalement de tout ce qui voile ou dévoile son rythme de vie. Non de fortune mais de courtisée.
Toa, nous a paru cinquante ans ou plus après son écriture, parée de magie. Mise en scène par Alberto Canova et interprétée par Christiane Halioui, Dany Tomasso, Jean-Claude Vernaz, Danielle Farza, Néjib Fahem, Denise Martin et Ceryne Fahem, la pièce dans sa peau neuve et toujours son décor rustique a été noyée dans un bain de fraîcheur.
Au total, quatre actes qui en disent long sur les fracas de la vie conjugale et les retrouvailles du couple. Qui finit bien et le pot aux roses de mettre à nu secrets et affaires conclues. Un théâtre dans le théâtre: une sorte d’abyme, une inspiration qui va et qui revient de ce Sacha qui connaît bien, farouchement bien son monde de femmes, des arcanes de toutes les ruses. N’a-t-il pas été cet homme à femmes qui s’est marié une fois, et deux, et trois... et quatre sans qu’on lui compte maîtresses et concubines? N’a-t-il pas été cet homme qui a fait de sa vie un théâtre et tout autour de lui une scène, un acte de théâtre. C’est ça ou rien le Sacha Guitry qui a donné de l’étoffe au théâtre des temps anciens et modernes.
L’atelier théâtre de Tunis a noblement rendu hommage à son aîné. Qui l’a nourri par un genre classique et novateur à la fois et qui continue à plaire aux jeunes et aux moins jeunes.

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com