A la galerie Gorgi : Le noir… haut en couleur !





La galerie Gorgi abrite depuis fin décembre et jusqu’à fin janvier une foule de travaux peaufinés par vingt artistes de diverses générations. Mais tous réunis autour d’un seul thème «Le Noir est une couleur», qui valse sur des notes d’arts modernes.
Quand Abdelaziz Gorgi de l’Ecole de Tunis et doyen de nos artistes ouvre les portes de sa galerie incrustée sur les hauteurs prolongées de l’avenue Jugurtha du côté de Mutuelleville, les amoureux de l’art et les curieux ne peuvent pas s’empêcher d’aller jeter un coup d’œil et de voir l’évolution des formes plastiques dans notre pays.
A l’entrée, on est déjà ému par la touche de Si Abdelaziz. Des sculptures séduisantes, de format géant et en acier, chevillées sur une aire gazonnée à côté des tables basses et parasols, qui orientent les visiteurs et les invitent à une promenade un brin singulière.
Destination: une bâtisse, toute de coupoles et arcades vitrées, ouverte pour le public il y a 32 ans (déjà!), et qui nous conduit jusqu’à l’atelier du maître des lieux qui affectionne le travail de bonne heure. C’est son moment d’inspiration et de délire artistique. Sa fougue récente est une tapisserie accrochée royalement sur notre gauche. En bas, une sculpture joyeuse en arabesque. Des motifs qui ressemblent à des danseurs qui s’étirent dans le vide et qui, par la lumière, reflètent leurs ombres de magie sur le mur. Pas loin, encore un Gorgi et un autre. Puis cette autre image en métal qui esquisse un animal heureux. Une gentille bête noire qui penche sa tête sur les échos d’une symphonie venant de nulle part et visse son regard partout et ailleurs.
En face, quatre El Kamel et qui dit El Kamel dit cette griffe d’un monstre sacré de la palette et du pinceau. Ses tableaux ont des lectures qui se multiplient au fil du regard et chaque lecture a ses propres connotations..., déroutantes.
Khaled Ben Slimane a gratifié la galerie de deux tableaux brochés de sa signature calligraphiée qu’il a éparpillée sur la surface de ses toiles au gré de ses humeurs sans fantasme. Abderrazak Sahli, un touche-à-tout qui a préféré ponctuer ses supports noirs avec des formes géométriques diverses faites de couleurs vives et accrochantes.
Mohamed Ben Meftah est toujours égal à lui-même. Entre gravure et papier froissé, il a coché sa présence poétique sur la couleur noire.
Insaf Saâda a mis quatre volets qui s’ouvrent sur du doré vieilli et un éclairage tamisé qui en dit long sur l’attente amoureuse.
Meriem Bouderbala a posé sa dame brune sur une surface interminable, perforée par des triangles minuscules qui sortent de leur cadre.
Fethi Ben Zakkour a mis ses Subtile I et Subtile II crochetés avec du grand art à l’image du maître.
Aïcha Filali nous a tourné la tête sur une autre page, faite de bois et de récupération. Son installation est une théière rouge sur une mida noire bordée de planches. A côté, elle a mis toute son «africanité» avec des fils noirs en ressort ou des tuyaux de marguilé remplaçant la chevelure à la rasta des Antilles et de la Jamaïque.
Wissem Ben Hassine a une autre installation de sobre et de mémorisation. Ce qui n’est pas le cas de Feryel Lakhdar avec ses cinq moyens formats. Sur le fond du thème noir, ses femmes flottent dans leurs rondeurs et gracieusement. Un petit quelque chose s’est ajouté avec bonheur dans le travail de Feryel.
Hédi Turki a balayé de sa tête toute grisaille et préféré ensoleiller le coin par sa journée rayonnante et sa colline rose.
La diptyque de Nebil Sawabni est saisissante. C’est un artiste qu’on doit suivre avec une passion au trait accentué.
Les autres traits se sont promenés avec de l’amusement chez Hamadi Ben Saâd.
Puis il y a les autres. Parmi ces autres, on ne peut pas ne pas voir le pape de la photo Jellel Gasteli. Ses prises de vue ont toujours un plus qui échappe aux plus avertis de l’art de la précision. Pas trop loin de lui, sa cadette d’amour de l’instantané, Marianne Catzaras nous a ébahis. Ses six photographies nous ont vraiment (sincèrement) interpellés.
Ce petit bout de femme est en train d’esquisser une place au soleil de la photographie en Tunisie. Le thème du clair-obscur lui va à merveille et elle y a franchement excellé.
La parade chez Gorgi fait du bien. Avec ce Noir apprivoisé. «C’est un thème fédérateur entre les artistes contemporains. J’aime bien qu’il y ait des mélanges. Le principal c’est l’expression et peu importe le support. C’est une expo de cinq générations et l’important c’est de voir passer le flambeau entre les artistes», nous a dit Aïcha Gorgi.
Qui chapeaute le tout derrière l’ombre de sa serrure artistique. Comme une éditrice qui aime apposer sa ligne. Sa propre ligne.

Zohra ABID


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Source: LeQuotidien: lequotidien-tn.com